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11 décembre 2006 1 11 /12 /décembre /2006 05:41

Une amie m’invita l’autre jour à son anniversaire, chez un ami d’ami, entre une rue dont j’ai oublié le nom et une rue dont je n’avais jamais entendu parler, dans un quartier que tout le monde connaissait sauf moi.

Les rares Chinoises ressemblaient aussi bien à des Japonaises, et elles quittèrent la soirée avant minuit, comme d’habitude.

Pour le reste, je ne vis que des compatriotes. C’est rare, pour moi, et c’est un vrai plaisir, car mes compatriotes ne sont pas moins intéressants que les compatriotes des autres. Je pus surtout admirer quelques femmes françaises. Je me suis dit, encore une fois, qu’elles étaient diantrement séduisantes, les Françaises. Je m’en ouvris à un ami, qui haussa les épaules.

Une brune et une blonde captèrent, peut-être injustement, mon attention. La blonde me rappelait une ancienne amoureuse, dont le charme consistait en une sensualité fragile recouverte sous un air sérieux. Je dus lui parler car de jeunes soûlographes criaient des obscénités la concernant et que son visage se voilait sous les manifestations de ces grossièretés. Mes paroles ne furent pas très distinguées non plus et elle rejoignit son petit ami qu’elle ne quitta plus de la soirée.

La brune était une petite femme qui aimait danser, ce qui est souvent le propre des gens petits. Tout le monde la regardait car elle était comme un poisson dans l’eau. Que les enceintes diffusassent de la techno, de la jungle, de la drum and bass ou du hip hop, elle savait comment remuer, et chaque mouvement du bras et de la main était justifié, calibré, et reflétait visuellement, soulignait la musique. La danse n’est pas faite pour être pratiquée par tous ; ceux qui ne sont pas doués pour cela ne devraient peut-être pas se forcer à le faire, sauf s’ils y prennent du plaisir, à l’image de ces mauvais chanteurs qui adorent pousser la chansonnette. La danse, comme la chanson, est aussi une pratique de représentation, elle est aussi faite pour être appréciée par des spectateurs. Cette fille le savait et dansait pour nous. Elle ne faisait même pas semblant d’être dans sa bulle, elle nous jetait des coups d’oeil, à tour de rôle, et ainsi ne dansait que pour chacun de nous. Avec l’ironie séductrice de Carmen dans la prison, s’adressant à son geôlier qui faiblit :

 Je chante pour moi-même

 

 

La fascination qu’elle exerçait sur moi était doublée par une curiosité littéraire. Son nez fin et aquilin lui donnait un air noble, racé, proche des descriptions proustiennes de la famille de Guermantes. Je ne pouvais décemment pas lui parler de ça, en pleine soirée techno, alors que je voyais, au comportement de certains, que des pilules d’extasy avait commencé à manifester leur présence, sinon leur effet.

Toujours dans mon rôle de blaireau intello, que je jouais low profile, essayant de lui donner de la classe malgré tout, je me faisais expliquer pour la énième fois les différences subtiles qu’il y avait entre les styles de musique entendus. Je m’améliore lentement mais je dois la vérité à mes lecteurs : je ne sais toujours pas distinguer un morceau de drum and bass d’un morceau de jungle. On m’a répondu : « C’est normal, moi aussi au début… »

Puis je me suis souvenu que je devais encore donner des cours, quelques heures plus tard, alors je partis, dépaysé et ravi.

 

 

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Published by Guillaume - dans rencontres
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