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6 décembre 2006 3 06 /12 /décembre /2006 10:00

Dans cinquante ans, il y aura trois sortes d’habitants sur la planète, d’après le futurologue Jacques Attali. Il y aura les « hyper nomades », qui se déplaceront librement pour travailler (intellectuels, créateurs, financiers, hommes politiques), ils seront une centaine de millions (sur une population de 9 milliards d’habitants), ils auront une volupté de vie inégalée dans l’histoire.

Il y aura, tout en bas, les « infra nomades », nomades de misères, involontaires,  « trois, quatre ou cinq milliards de personne », prédit Attali. Ils iront de la campagne à la ville, d’une ville à une autre ville, d’un continent à l’autre dans l’objectif unique de survivre.

Enfin, au milieu, la classe moyenne, « par nature sédentaire », qui regardera les nomades de luxe en les enviant, ainsi que les nomades miséreux en tremblant de les rejoindre. Eux, ce sont les « nomades virtuels » qui se réfugieront dans le spectacle, jeux vidéo et divertissements pascaliens.

Et vous, vous vous voyez où dans cinquante ans ? Et moi donc, si je vis encore ? Serai-je devenu un grand financier, comme je le rêve parfois, portant panama et costume blanc ? Pourra-t-on encore promouvoir et enseigner la sagesse précaire ?

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Published by Guillaume - dans idées
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Guillaume 11/12/2006 14:42

Ba Da Shan Ren, "L'homme des huit grandes montagnes", est un peintre et calligraphe merveilleux du dix-septième siècle. Au moment du passage à la dynastie des Qing, il a refusé de collaborer au régime et est devenu moine errant, muet, et il est allé jusqu'à feindre la folie. Ses rouleaux te plairaient Ben : une noirceur, une ironie, une grâce dans ces animaux qui doutent. C'est très curieux, comme art, et c'est une des nombreuses excentricités chinoises qui font de cette culture quelque chose à laquelle on n'arrive pas à croire.
Autre nom souvent utilisé pour les livres d'art : Zhu Da  

ben 11/12/2006 14:19

Oui, mais qui est Badashanren? Et ce que ne voit pas non plus Attali, malgré ses petites lunettes de fonctionnaire  chafouin, c'est que les membres de la "middle-class" rêvent au moins autant du nomade desargenté à la Corto Maltese que du richard mondialisé. Moi-même, qui fais partie de cette classe, de plus en plus moyenne, de moins en moins classe,  je ne rêve pas que de Dallas ou de Monaco et j'estimerais  dégradant de le faire. Ces "clochards celestes" que tu mentionnes me paraissent autrement convaincants. Dans 50 ans, je terminerai mes jours sur un trottoir. 

Guillaume 09/12/2006 07:52

Oui, finalement, ce que ne voit pas Attali, c\\\'est un nomadisme du bas qui ne soit pas misérable. Les clochards avec leurs chiens, les travailleurs intellectuels à durées déterminées, tous ces gens vont-ils augmenter en nombre, ou leur existence n\\\'est-elle suspendue qu\\\'au RMI et à un système de redistributions qui leur permettent une vie alternative ? Je crois qu\\\'au contraire, des boulots comme le mien, profs à l\\\'étranger, entrepreneurs individuels, mercenaires de tous poils, se multiplient mais sont tellement peu protégés, tellement précaires qu\\\'ils favorisent l\\\'éclosion d\\\'une mini classe de gens déclassés et éduqués, ceux qui ne veulent pas rester dans la classe moyenne "par nature sédentaire", ou qui ont du mal à s\\\'y insérer. Des "SDF en puissance", comme disait je ne sais quel responsable consulaire. Certains sont ce que j\\\'appelle des "sages précaires", comme l\\\'étaient Confucius, Du Fu, Diogène, Cratès ou Badashanren.

ebolavir 08/12/2006 13:19

Jacques Attali est un grand expert dans l'art de resservir les vieilles idées en forme de nouveautés scintillantes. La classe des nomades du haut dont il parle a toujours existé, et a fleuri chaque fois que le monde s'est ouvert. Platon ou Xenophon, les sophistes (le monde grec, la Perse), Erasme de Rotterdam (l'Europe en chrétienté), Marco Polo (l'empire mongol des Yuan), les ingénieurs européens autour de 1900. Nous sommes dans une époque de monde ouvert, qu'on appelle la mondialisation, où un Français travaille en Angleterre à la prospérité d'une marque de voitures italienne et vit avec une actrice chinoise née en Malaisie (Jean Todt, Ferrari, Michelle Yeoh). Je viens de parler de gens célèbres, mais ils sont des millions, partout. Un fils de petit fonctionnaire né en Chine du Nord arrive en France sous prétexte d'une compétition de lutte, y reste, se marie avec une Française, enseigne la lutte chinoise à Paris. Connu de peu de gens, pas beaucoup d'argent, pourtant c'est aussi un nomade du haut. C'est intéressant, cette idée, mais pas nouveau.

Ben 08/12/2006 10:41

Je récuse absolument l'idée selon laquelle les chefs d'entreprise, hommes politiques, et autres élites pourraient être considéres comme des nomades. Un nomade est une personne qui n'a pas de résidence centrale, un PDG est un type qui va gagner du pognon à l'étranger et qui revient ensuite en profiter chez lui. Les vrais nomades sont les mendiants que Delphine croise sur les trottoirs de Perpignan, les routards ou les intellectuels précaires qui n'ont pas de base arriere.  Comme à son habitude, Attali essaie de faire croire aux grands capitalistes qu'ils sont les aventuriers du monde moderne, aux pubeux qu'ils en sont les artistes, aux politiques qu'ils en sont les hommes d'action. Mais un bourgeois est et reste un bourgeois.