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3 décembre 2006 7 03 /12 /décembre /2006 02:33

Au moment où l’on aborde Rimbaud, quelle n’est pas la surprise du voyageur d’entendre que pour les Chinois, la voyelle A correspond à la couleur rouge ?

Pour Rimbaud, comme pour moi et pour vous, A est noir. Cela m’a toujours paru tellement évident que je n’en ai jamais parlé à personne. Pour les autres voyelles, je ne suis pas d’accord avec Rimbaud, mais les autres voyelles ne sont pas aussi franches que le A, de toutes façons. Les opinions chinoises aussi sont très variées, c’est tout juste si une ou deux couleurs ressortent majoritairement de chacune d’elles.

(Pour ne prendre qu’un exemple, pour moi, E ne peut être que bleu clair ou transparent, comme l’eau ou une vitre. C’est bien une lettre que l’on voit mais qu’on ne prononce pas souvent, c’est un peu comme si on voyait à travers elle. Le E, c’est un peu l’eau courante de la langue française, qui lui donne sa fluidité et sa labialité.)

C’est quand même un peu fort ! Comment les Chinois en arrivent à cette équation : A = rouge ? Une étudiante m’a dit : « Notre drapeau est rouge, donc le rouge est une couleur importante pour nous. Et comme le A est la première lettre de l’alphabet, il est logique qu’on les assemble.

- Mais, dis-je, vous n’avez pas d’alphabet !

- Si, celui du pinyin.

- Ah! Oui, c'est vrai."

Bien. Le drapeau mis à part, c’est vrai que le rouge est la couleur festive, fastueuse. Mais le A n’a rien de festif, ni de fastueux. En outre, pourquoi les Chinois voient-ils leur couleur préférée dans la première voyelle, alors que nous n’y voyons pas la nôtre ?

 

Voilà un mystère qui me paraît, à première vue, insondable.

 

 

 

 

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Guillaume 09/12/2006 07:30

Si je te suis bien, Delphine, et pour résumer, le son A est prééminent dans des chansons qui parlent de la Chine, et comme la couleur de la Chine est le rouge, vous avez tendance à associer cette lettre à cette couleur ? C'est intéressant mais ça me paraît très étrange, ce passage par la notion de la patrie, c'est presque effrayant. Les couleurs des voyelles seraient elle-mêmes pétries et déterminées par la politique et le pouvoir, si c'est vrai, il y a vraiment du boulot pour développer une amorce de pensée singulière.

Delf 08/12/2006 15:05


Je suis mon sensation pr donner une explication sur le lien A-rouge chez les Chinois—je ne dis pas ça ridicule car la possibilité du lien existe effectivement chez moi-même . En prononçant A~~(prolongé~descendant~comme un souffle, dont l’équivalent Hélas en français), c’est une sorte d’exclamation, beaucoup utilisé dans les chansons, les proses... enfin de différentes oeuvres artistiques « d’Etat », comme éloge de

la Nouvelle
Chine
, ou maintenant du réforme d’ouverture, du développement encourageant de notre patrie, de son avenir brillant. (EX : A~~Wo Men De Zu Guo Duo Mo Mei Hao A ! [Hélas ! Que notre patrie est beau !]  A apparu surtout dans les refrains ) Ces chansons ou proses s’accumulent souvent dans les soirées officielles à la veille du Nouvel An Chinois( la fameuse « Chun Jie Wan Hui » à l’antenne CCTV-1, abréviation « Chun Wan », soirée de
la Fête
du Printemps en français). Au cours de la décennie précédente, on dirait de regarder Chun Wan avec toute la famille à la veille en attendant le nouvel an remplacent les anciennes traditions, au niveau folklorique. Maintenant ça change encore.(les clichés de la soirée, les tenir les ficelles ou encore la coruption mise en question.)
 

Je suppose que de telles chansons sont inscrites dans la tête de bcp de chinois, à tel point que ce lien A-rouge s’établit de façon instinctive. Et jusque là ce doit être claire : une fois « notre patrie », c’est le rouge. Comme les bleus pour les Français.
 


 

A ce propos si tu restes en Chine lors de la fête tu pourrais en vérifier toi-même ; à Shanghai, à la place au centre de la rue piétonnière de Nanjing il y aura certainement des spectacles gouvernmentaux dont les chansons de patrie.
 

 

Guillaume 07/12/2006 07:31

Précisons encore un peu. Le nom d'Ah Q, personnage inventé par Lu Xun, est expliqué dans la préface écrite par l'auteur, préface qui n'est que le début de la nouvelle puisqu'elle prétend parler d'un homme qui a vraiment existé. Le narrateur sait comment on prononçait le nom de cet homme : Ah Quei, mais il ne sait pas quel caractère chinois utiliser car plusieurs ont cette même prononciation et qu'il n'y a aucune trace écrite du nom de ce pauvre homme. L'auteur décide donc de ne pas choisir entre l'un des caractères disponible, pour éviter les contresens et le manque de rigueur. "Force me fut d'orthographier le caractère Quei à l'anglaise, d'où le nom de "Ah Quei" abrégé en Ah Q."
J'aime beaucoup ces précisions infinies pour une question de pure fiction, comme si l'auteur ne pouvait décider librement d'un nom de personnage. Bien sûr, cela rajoute un effet de réel, mais aussi cela permet toutes les rêveries sur la présence dans le texte chinois, de cette lettre latine: Q. Certains disent que c'était un signe impronoçable à l'époque, symbolisant par là l'obligation de la Chine d'être muette, de se taire face aux humiliations subies.
D'autres parlent de l'apparence de ce Q. Calligraphiée, cette lettre ressemble à une tête sans visage et sans cheveux exceptée la queue de cheval que portait le personnage, à la mode masculine de l'époque.
C'est une des raisons pour laquelle 'aime Lu Xun: il épuise les interprétations, mais aucune interprétation ne l'épuise.

greg 06/12/2006 19:44

Je vais enfin pouvoir faire un etalage de mes pauvres connaissances: Le Q de ah Q vient de l'inalphabetisme du personnage: ne scha,t pas ecire son nom il a ecrit un rond, que les bureaucrates de Lu Xun ont transformé en Q pour faire mieux....
Sujet tres interressant a mon avis car on touche à la poesie inherente au chinois: comme les plantes et les parties du coeur, les caracteres renvoient à une couleur. Je suis d'accord pour dire que le E est un bleu pâle pour l'ecrivain à qui on demande une couleur. Pour le plus vulgaire des chinois, une lettre a un rapport visuel direct avec un caractere, un sens, une couleur, une direction et un organe (un type de bois aussi). On rentre dans le serieux, J. Gernet  semble un conseiller indispensable  :)
 

Guillaume 04/12/2006 03:20

Oui, il faudrait demander à pleins de gens. Par exemple, l'histoire d'A Q, comment pouvaient-ils prononcer ces lettres étrangères au milieu d'un titre écrit en caractères chinois? Les étudiants ne sont d'aucune aide pour comprendre, ils n'imaginent pas un monde où les Chinois ne savaient pas lire l'alphabet latin. Quand vous leur dites : "Dans les années dix, vingt, il n'y avait pas de pinyin, même les gens éduqués, pour la plupart, ne connaissaient pas l'anglais", ils répondent : "je ne sais pas."
Les jeunes, en effet, ont intégré les lettres du pinyin, et leur donnent des couleurs.