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1 décembre 2006 5 01 /12 /décembre /2006 14:32

 

Vous savez ce que font les villes à la mode ? Elles transforment les vieilles usines et autres bâtiments industriels, en musées d’art. Le musée d’Orsay, à Paris, était une gare. Le MAMCO, à Genève, était une usine. La deuxième Tate Gallery, à Londres, était une centrale électrique. Les Subsistances, à Lyon, étaient je ne sais quoi, des entrepôts, peut-être. La Piscine, à Roubaix (ou Tourcoing), était… une piscine des années vingt.

Shanghai n’est pas en reste. Dans la rue Moganshan, les autorités ont ouvert leurs friches industrielles. Non pas un musée, mais un ensemble de plus de vingt « lieux » consacrés à la création contemporaine. Tout y est : le bordel ambiant, la frime, la superficialité, l’aspect rock and roll des ruelles et des mecs qui fument des clopent en vous toisant d’un air indifférent. La gentille morgue des jeunes filles qui cherchent à faire leur trou.

 

 

Toute la rue, au bord de la rivière Suzhou, respire cette atmosphère d’anciens lieux de travail délabrés reconvertis en centres d’art plastique. J’y arrivai, un jour de demie pluie, à la nuit tombante. J’eus le temps d’y voir de la peinture à l’huile, beaucoup de peinture à l’huile. Un tableau représentait les visages des quatre grands leaders de la Chine nouvelle, Mao, Deng, Jiang et Hu, peints de sorte que le voyageur ne puisse pas décider s’il s’agit d’une image critique ou d’une décoration respectueuse. J’eus le temps d’y voir des peintures abstraites à l’encre de Chine qui sont de très belles imitations des toiles de Soulages. J’allais partir quand j’entrai dans une galerie de photos où la vendeuse, native de Nankin, voulait me commenter les œuvres exposées. J’aimais bien ces clichés de quartiers de Shanghai détruits, et colorés de manière funky, ou disco, c’est selon. Il y a dix ans, j’aurais parlé avec la vendeuse beaucoup plus, et j’aurais tenté de l’inviter à boire un verre, mais peut-être n’aurais-je pas osé. Ce jour-là, j’aurais osé, mais j’avais le sentiment de la vanité de cette opération.

Non, j’ai plutôt eu l’idée d’emmener des étudiants dès le lendemain. Je me suis dit : tu accueilles tes étudiants, tu attends qu’ils s’installent, et tu leur dis de remettre leur manteau et d’enfourcher les vélos, pour un cours en plein air et en pleine friche. Je ne l’ai pas fait le lendemain, mais il ne faudrait pas me provoquer beaucoup pour que je le fasse un de ces jours.

 

 

 

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Published by Guillaume - dans Monuments
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