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28 octobre 2006 6 28 /10 /octobre /2006 10:24

Un professeur de l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) vient faire une conférence à Fudan. Un homme charmant et compétent. En l’écoutant et en le regardant, tout de même, il me vient une envie d’en faire un portrait.

 

C’est un homme aux cheveux sales, et non peignés. Il ouvre son cartable et en sort un dossier. Le texte de sa conférence est rangé dans une serviette en papier qui tombe en lambeaux. Il porte un pull marron et gris. Il reste assis et lit son texte dans un anglais au fort accent français. Il parle de problèmes sociaux en France d’un point de vue historique et parle de l’Histoire de France comme si elle était connue par les Chinois. Comme s’ils étaient censés connaître Napoléon III et le second Empire.

 

Il n’utilise aucun matériel pour soutenir l’attention, pas de projection, pas de schéma, pas d’image, pas de mouvement.

 

Tout cela serait très bien, et même rafraîchissant, dans ce monde d’apparence et de frime mercatique, si le contenu de sa présentation était brillant. Mais il y a un fossé entre l’annonce que l’on reçoit de la venue d’un grand spécialiste, prof d’une grande école prestigieuse, et la réalité d’une conférence sans défaut majeur, mais que Monsieur Tout le Monde aurait pu faire. Un étudiant d’université, sur le même thème, en aurait fait une aussi bonne, et se serait aidé du matériel à disposition pour rendre la présentation moins monotone.

 

Nous devons réveiller nos élites, décidément. Elles s’endorment sur leurs lauriers, semble-t-il. Il faut dire aux gens qui ont suivi des cursus ronflants, et qui se prévalent de diplômes resplendissants, que cela n’est pas suffisant. Que cela ne remplace pas la pensée, le savoir effectif, que cela ne les dispense pas de nous éclairer, de nous illuminer. Pour moi, l’intelligence, c’est comme la beauté : il n’y a que ce que l’on en perçoit qui compte.

 

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Published by Guillaume - dans universités
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commentaires

Guillaume 30/10/2006 13:11

Oui, je precise que cet homme n'etait ni arrogant ni suffisant. Je ne cite pas son nom pour ne pas faire de delation, car ce n'est pas lui que je vise. Lui, au fond, il n'y est pour rien si les gens pensent que c'est un etre superieur. C'est notre regard, le regard des gens ordinaires, et qui se savent tels, qu'il faut changer. D'accord en cela avec le dernier paragraphe de JB, j'aimerais que mon blog soit une maniere de dire, sans trop de manieres : "Mesdames et messieurs les elites, attention, les gens ordinaires vous regardent ; ils acceptent sans probleme que vous ayez de bons boulots, et aimeraient vous admirer, mais vous devez etre a la hauteur de leurs attentes pour cela."

jb 30/10/2006 12:34

Tu ne cite pas le nom du professeur en question. Est-ce une forme de pudeur à son égard ?, de respect pour la suffisante prétention du "professeur" ?, une sorte de déférence - malgré tout? Quelque chose qui reviendrait à dire, presque par solidarité nationale, n'humilions point nos "élites"... ?En tant qu'étudiant de l'École en question, cela m'aurait amusé de savoir de qui il s'agissait. Même si dans les faits, il me parait difficile de porter d'ici un jugement sur une conférence que je n'ai pas vu... Il pourrait être intéressant cependant de savoir ce qu'en a pensé l'assistance chinoise.Cependant, ça n'est pas le point central de ta note. J'ai l'impression que c'était plus pour toi l'occasion de dire ton désir de voir se réveiller nos "élites"... Je ne peux qu'exprimer mon accord... Même si je ne pense pas que ce soit à l'École que l'on trouve les spécimens les plus endormis, il est indiscutable qu'il y a - ici comme ailleurs - quelques beaux spécimens d'orgueils surgonflés endormis sur leurs lauriers, et qui pensent que la longue liste de diplômes inscris sur leur CV et leur position académique les rend brillants quoi qu'ils disent.Peut-être les choses avanceront-elles quand, en France, le nom des diplômes que l'on a cessera d'être la marque de l'intelligence de leur possesseur. Mais ceci ne dépend pas que des professeurs incriminés, cela dépend aussi du regard que le public porte sur eux.L'exigence plutôt que la déférence, ce serait bien non?

dominique 29/10/2006 22:56

Oui c'est une chose étonnante que l'absence de respect de soi que l' on constate souvent chez les intellectuels formés dans les "grandes écoles" françaises.  C' est d'autant plus étonnant quand elle accompagne une certaine suffisance.  L' arrogance peut-elle tenir lieu de dignité ? Ah, je ne sais pas...

Fangfang 29/10/2006 10:07

Que cela ne remplace pas la pensée, le savoir effectif, que cela ne les dispense pas de nous éclairer, de nous illuminer.
Tout a fait!