Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Rechercher

Archives

23 octobre 2006 1 23 /10 /octobre /2006 11:57

La dernière maison de Lu Xun se situe au nord  de la ville, dans un quartier construit dans les années vingt. Il y a passé ses trois dernières années, avec sa femme et son fils. Une maison à l’occidentale, dans une petite impasse rénovée.

Longtemps je ne voyais pas l’intérêt de visiter des maisons d’écrivains, et puis bof, il faut accepter de faire des choses sans savoir pourquoi on les fait.

Un fonctionnaire était là pour guider mon groupe. J'etais seul dans le groupe et craignais de deranger la fonction publique pour si peu. C’etait rapide, notez bien. Au rez-de-chaussée, un bureau, une salle à manger et un lieu d’accueil, où il recevait fréquemment « des amis du parti communiste », précisa le guide. Le bureau n’était pas le sien, c’était un bureau pour les dits amis. Au premier étage, une chambre d’amis, où, souvent, « venaient se réfugier ses camarades communistes, car ils étaient clandestins sous le régime de Tchang Kai Chek », et la chambre à coucher. Je fis la remarque que le lit était vraiment petit pour deux personnes. A vue d’œil il était trop petit pour moi seul. Je demandai : « A-t-on des photos de sa femme ? » J’avais toujours imaginé que Lu Xun s’était maqué avec un petit canon de beauté. Pas de photo d’elle. « C’était bien son étudiante, sa femme, n’est-ce pas ?

- C’est cela, dit le guide.

- Qu’est-il advenu de sa première femme ?

- Oh, vous savez, c’était un mariage arrangé, selon des coutumes féodales…

- Oui, oui, non mais qu’est-elle devenue après leur séparation ? Ont-ils divorcé ?

- Non, ils n’ont pas divorcé. Ils se sont juste séparés. Après, elle s’est occupée de sa belle-mère, et Lu Xun payait une pension. »

A côté du lit, le bureau où Lu Xun écrivit ses derniers essais, toutes ses œuvres de 1933 à 1936. On a beau dire, c’est quand même émouvant, une maison d’écrivain. Sur le mur, un portrait de son fils bébé, par un peintre japonais des amis.

« Et alors sa femme, dis-je, elle avait quel âge ?

-Pardon ?

-Entre eux, je veux dire, il y avait quelle différence d’âge ?

-Dix-sept ans. »

Bigre ! J’ai de la marge, pensais-je, sans honte aucune, mais sans contentement outrancier. Se marier avec une étudiante, il est clair que ça a de l’allure. J’ai vu des photos, un peu plus tard. La femme était plus jeune, il est vrai, mais elle n’était pas ce qu’on peut appeler une beauté.

Au deuxième étage, un débarras et la chambre du fils. C’est la chambre la plus grande, la plus éclairée, dotée d’un balcon qui donne sur la ruelle. Le guide m’a dit que le fils vivait aujourd’hui à Pékin, qu’il était retraité et qu’il avait trois enfants.

A la sortie, j’ai acheté quelques cartes postales et les deux tomes de la biographie de Lu Xun, écrite par un prof de Pékin dans les années quatre-vingt et traduite en français.

Je dois avouer que je l’ai achetée en partie pour en savoir un peu plus sur cette affaire d’étudiante. 

Partager cet article

Repost 0
Published by Guillaume - dans Monuments
commenter cet article

commentaires