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21 octobre 2006 6 21 /10 /octobre /2006 11:41

Nous venons de passer la date anniversaire de la morte de Lu Xun et ça n’a ému personne. Il est mort le 19 octobre 1936, il y a soixante-dix ans.  Mais qui est Lu Xun ?

C’est tout simplement le plus grand écrivain chinois du vingtième siècle. Il est reconnu comme tel par les Chinois et par les étrangers, ce qui est assez exceptionnel pour le signaler. Sa postérité est, elle aussi, exceptionnelle. Bien que militant infatigable pour la liberté et les droits civiques (ou droits de l’homme), Mao l’a toujours pris pour porte-parole de son action, si bien qu’il est aimé de tous, communistes et anti-communistes. De même, comme il luttait contre l’impérialisme des puissances étrangères et aussi contre les traditions iniques du système féodal, il est apprécié par les nationalistes xénophobes comme par les modernistes ouverts sur l’étranger.

Deux ou trois choses sur Lu Xun. Le temps où il a vécu était extraordinairement agité. Entre 1881 et 1936, il a vu le fonctionnement du système impérial, il a vécu la fin de la dynastie des Qing, la république de 1911 et les bouleversements qui s’ensuivirent. C’était une époque affreusement compliquée, les luttes étaient intestines et jaillissaient de toutes parts, les esprits étaient en feu.

Le jeune Zhou Shuren, étudiant en sciences à Nankin, puis au Japon, prit la décision de devenir homme de lettres car il voulait changer l’esprit de ses compatriotes. « La première chose à faire, écrit-il dans sa préface au recueil Cris, était de changer les mentalités et comme j’estimais que la littérature était le meilleur moyen pour y parvenir, je décidai de créer un mouvement littéraire. » C’est un autre monde, vraiment. Il prend un nom de plume, Lu Xun, et se lance dans la littérature par choix rationnel. Il est un des premiers auteurs à utiliser la langue parlée, comprise de tous. Mais comme sa culture est classique et qu’il est d’une complexion intellectuelle supérieure, il a développé un style magnifique, puissant et sombre, simple et nerveux, poignant. 

Certes, ses écrits ressortissent à une littérature de combat ; ses nouvelles ont souvent un sens politique à peine caché sous des symboles évidents. Mais ils sont bien plus que cela ; même sans connaître l’histoire de Chine, ses histoires, ses récits, ses souvenirs, ses poèmes en prose sont un délice de lecture. Ses personnages sont vrais, ils débordent de beaucoup l’idée ou le symbole qu’ils sont censés incarner. 

C’est la postérité de Lu Xun, le débordement. Ses textes sont plus gros que les combats qu’ils menaient et que les idées qu’ils charriaient. Sa révolte est d’actualité, en Chine et ailleurs. Qu’on s’en serve encore !

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Published by Guillaume - dans mots
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Guillaume 23/10/2006 13:32

Comme tous les modernistes, et tous les militants, il allait trop loin parfois, et il peut encore deranger, un peu comme les idees architecturales d'un Le Corbusier. Dans leur idealisme, il y a le germe de mouvements autoritaires, ou meme totalitaires. Restent de superbes formes, des idees riches, des contradictions fertiles. Une attitude dans la vie et un style. 

Ben 21/10/2006 21:19

Ps: superbes photos de béton, des voies express vues de dessous, on dirait des photos dans un livre d'esthetique industrielle, j'adore..

ben 21/10/2006 21:15

Je ne suis pas d'accord avec ton drenier paragraphe. On dirait que ses idées étaient petites par rapport à la taille de son style, et que c'est l'attitude révoltée qui est d'actualité plus que la critique précise que fait Luxun de certaines choses de son temps. Moi, je dis que les idées de Luxun sont perturbantes, personnellement le peu que je connais de ses essais me trouble ( par exemple, il dit du mal de Zhuangzi, c'est dire ) à la fois par la violence, le radicalisme de ses positions, et en même temps l'aspect imparable de ses demonstrations. Ce que je connais le mieux, c'est son texte en faveur de la latinisation du chinois, on en a deja parlé, par certains aspects, ça préfigure la "Revolution culturelle". Luxun est un philosophe encombrant et par là même inévitable. 

Francois 21/10/2006 13:25

Ah oui , c'est fascinant ce revirement , ce passage d'une discipline (les sciences) a une autre (les lettres), visiblement c'est le desir de changer quelque chose , la volonte de renouveler des structures politiques qui a ete le plus moteur dans ce changement. Je veux dire , d'apres ce que tu dis, que Lu Xun a plus pris la litterature comme support , comme moyen pour ''faire passer un message'' apte a changer les mentalites , que comme fin finalement , aboutir a une belle oeuvre par exemple (ce qui est peut etre aussi le cas et ce qui est encore mieux, je ne l'ai jamais lu). Cela me fait penser au cas d' Ernesto Sabato quasi similaire , brillant chercheur en science a Buenos Aires et a Paris ,et qui, devant le desastre que connut l'argentine avec la dictature prefera se tourner vers la litterature pour faire passer un message politique fort a son pays.Pour en revenir a la Chine, il y a le cas de l'ecrivain anarchiste Pa-Kin, tres interessant aussi.Mais je ne pense pas qu'il ait les memes repecussions que Lu-Xun en Chine, ou il doit etre encore sous le joug de la censure.