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20 octobre 2006 5 20 /10 /octobre /2006 09:33
Beaucoup d’étudiants plagient. Ils le font avec une assurance troublante, comme s’il était impossible que vous le remarquiez. Ils passent d’un paragraphe bourré de fautes et à la syntaxe fragile, à un paragraphe parfaitement calibré, aux tours élégants et aux formulations savantes.
Le plus étonnant est qu’ils ne se rendent pas tout à fait compte, d’abord de la gravité de la faute, mais surtout de sa réalité. Ils prétendent qu’ils n’ont pas plagié. Certains, comme partout ailleurs, sont simplement malhonnêtes, mais d’autres sont sincèrement choqués d’être accusés de tricherie. Ils disent qu’ils ont changé quelques mots au texte copié, pensant qu’ils devenaient par là les auteurs véritables du deuxième texte. Et puis qu’ils étaient d’accord avec toutes les idées exprimées par l’auteur, donc « il est normal que les phrases soient presque les mêmes si les idées sont exactement les mêmes. »
Il faut pas mal d’expérience pour les confondre, car ils sont candidement persuadés de n’avoir rien fait de mal. Il faut aussi du cran car il est douloureux de dire à une fille gentille et discrète : « Ce n’est pas toi qui as écrit ce texte. Ce niveau de langue, ici, et là, même tes professeurs n’en sont pas capables. »
C’est d’autant plus délicat que les professeurs chinois ne semblent pas trouver cette question très intéressante. Lors d’une délibération, ils parleront des défauts d’un devoir, des mérites comparés, sans aborder le plagiat, clairement repéré, pourtant, lors d’une réunion préalable. Et lorsque le professeur étranger l’évoque, pour en souligner l’aspect inacceptable, ils sont gênés, comme s’ils assistaient à une démonstration d’impolitesse de la part de l’étranger.

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Published by Guillaume - dans Profs-Etudiants
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Guillaume 25/10/2006 09:15

Vous ne m'avez pas choque, bien au contraire, je suis flatte qu'un Chinois maitrisant si bien le francais vienne converser sur mon blog. Vous avez raison de dire ce que vous avez sur le coeur, et peut-etre ai-je projete quelque chose de moi dans ma description des etudiants, qui me sont chers autant qu'a vous. Cependant, il m'est impossible de dire que les etudiants chinois travaillent plus ou mieux que les autres. L'anne derniere, j'ai tente de faire commencer des memoires de fin d'etudes des le milieu de l'annee, les etudiants ne s'y sont mis qu'a deux semaines de la fin, et ont recopie des articles, des livres, ils ont plagie pour parvenir a remplir vingt pages. Ils avaient d'autres chats a fouetter, me direz-vous. Exact, c'est cela la paresse, c'est aller fouetter d'autres chats que ceux que vous etes censes fouetter actuellement.
Il arrive a nos chers etudiants d'etre paresseux, ce qui n'est pas une insulte, et meme pas un grand probleme a mes yeux. J'aime et je pratique la paresse.
Mais je crois qu'il faut savoir se servir de la paresse. On peut ainsi laisser son esprit voguer, distendre la pression sociale et profiter de la richesse de la reverie. On peut ecrire de bonnes choses sans passer tout son temps penches sur des livres, a condition de ne pas cacher son manque de travail sous des processus malhonnetes.
C'est peut-etre en valorisant autre chose que le travail qu'on arrivera a de meilleurs resultats et du meilleur travail. On pourrait valoriser le talent, la force de conviction, l'intelligence, le sens poetique, la drolerie, car finalement, pour atteindre a la production d'un texte drole, ou convaincant, il faut sacrement bosser. 

Mu Chun 23/10/2006 19:55

Monsieur , je vous trouve tres interessant et votre blog est d'une haute tenue , vraiment. Cependant, moi meme de nationalite chinoise je ne puis que m'insurger devant la facon dont vous presentez nos eleves, en particulier en ce qui concerne leur soit disante paresse. Le travail est une valeur sacree en Chine bien plus qu'en occident finalement (malgres ce que l'on dit ici ou la), et j ai bien peur que vous ne projetiez beaucoup de vous meme dans le portrait de ces chers etudiants. Si l'eloge de la paresse avait ete au programme de nos cours d'antan (je suis de la vieille generation) beaucoup de choses aurait change dans notre pays je peux vous le dire ! Et pas forcement dans le bon sens J'espere ne pas vous avoir trop choque mais il fallait que je vous dise ce que j'avais sur le coeur.

Guillaume 23/10/2006 13:05

Tout cela est bel et bon, et conclut parfaitement cet echange de commentaires.
Pour rebondir, malgre tout, j\\\'ajouterai que quelqu\\\'un que je connais admet aussi l\\\'omnipresence des plagiats. Des etudiants lui ont dit que certains profs les encouragent a faire de la sorte.
D\\\'apres mon amie, ces profs ont fait leurs etudes dans les annees de la revolution culturelle et n\\\'ont jamais appris a faire autre chose qu\\\'a repeter, ou recopier. La terreur intellectuelle, admirablement decrite par Gao ainsi que par Simon Leys, poussait les etudiants a porter un masque et a ne rien dire, ne rien ecrire qui put de pres ou de loin engager leur responsabilite, de peur des suspicions, des accusations qui pleuvaient de toutes parts.
A cela, j\\\'ajoute enfin, pour repondre a Ben, que oui, la paresse est une realite ici, elle n\\\'est pas du tout tabou; ce qui est tabou, c\\\'est l\\\'apparence de la paresse. Un beau memoire, bien presente, est le signe d\\\'un travail bien fait, et c\\\'est ce qui compte.
Pas pour tous les etudiants, n\\\'est-ce pas ? Certains font le boulot tout seul, certains en font du tres bon. Et certains profs sont d\\\'admirables directeurs d\\\'etudes. Loin de moi l\\\'idee de generaliser.  

dominique 22/10/2006 22:14

Point du tout, mon bon Guillaume, ne songeai-je à te reprocher qu'affleurent les mots de "Rambo" sous les tiens,  tout au contraire bien entendu. J'ai d'ailleurs trouvé cette phrase dans mon jardin et nous ne perdrons pas de temps à examiner à qui elle appartient, pour simplement suivre son invitation : " Tout texte se construit comme une mosaïque de citations, tout texte est absorption et transformation d'un autre texte. A la place de la notion d'intersubjectivité s'installe celle d'intertextualité, et le langage poétique se lit, au moins, comme double".


 

Francois 22/10/2006 10:27

Honnetement, qui, parmis ceux qui ecrivent et lisent, n 'a jamais ''pompe'' sur quelqu'un un jour(meme invonlontairement ou inconsciemment)? Si ils ne l'ont jamais fait ou refusent de l admettre, je leur conseille vivement d'aller consulter... Pas besoin de lire tous les ouvrages de stylistique et de poetique des textes genres Genette, Barthes ou Kristeva pour savoir que le pillage, vol , viol , copiage , recopiage , plagiat , pastiche, parodie , imitation , mimesis (pour ceux qui ont lu Auerbach)et papier colle en tout genre (pour les petits malins de l'informatique) fait partie integrante du mouvement de creation litteraire, c'est bien ce qu'on appelle l'''intertextualite'' si je me souviens bien. Pas de quoi s'enerver ou en faire un plat contre les eleves en effet et difficile de faire grand chose contre cette internationale du papier colle (Internet ,dont tout le monde se sert meme les profs).Bien sur il faudrait legiferer, faire quelque chose , parce que tout ca n'est pas trop scolaire, et puis change les notions de rapport professeur-eleve (puisque on peut etre son propre professeur a la maison finalement)mais pour l'heure si un eleve parvient a faire comme toi, c'est a dire assembler avec intelligence et pertinence (comme un air de musique oui) des lambeaux et des bribes d'idees, des citations d'auteurs bien appropries sans sombrer dans la lourdeur de l'erudition, alors on peut etre content, mais honnetement, il y' a du boulot !!! Le metier de prof en lycee a quelque chose de l'animateur, de l'elageur (du surplus d'information)et de canalisateur (dans la bonne redistribution des energies creatives !!!) c 'etait la minute du professeur Francois, sur ce bon dimanche !