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30 septembre 2006 6 30 /09 /septembre /2006 07:57

En parlant de chef, nous en avons reçu la visite d’un gros, l’autre jour : l’ancien ministre des affaires étrangères. A l’occasion de la traduction en chinois de son livre Face à l’hyperpuissance, il sillonnait la Chine (un seul sillon : Pékin, Shanghai et Hong Kong) pour diffuser ses idées dans les institutions les plus adaptées à son profil. Il vint donc parler aux étudiants de Fudan.

Je préparais les étudiants en leur parlant, à tout hasard, de diverses polarités, dans des expressions du type « monde unipolaire », « monde multipolaire », et de différentes latéralités dans des expressions telles que « monde unilatéral », « monde multilatéral ». Si on est venu me chercher à Nankin, c’est pour bien préparer ce genre de conférences n’est-ce pas ?

Le matin de la rencontre, Hubert Védrine m’a immédiatement fait penser à mon oncle Jean Paul. Pour être plus précis, il avait une présence physique, une chevelure et un visage qui se situaient entre mon oncle Jean Paul et mon oncle Xavier. Il avait aussi un faux air de mon oncle Benoît, mais là, il faut connaître ma famille pour comprendre.

Il parla. Sa conférence fut brève et facile à suivre. Il employa à bon escient les termes « multilatéral » et « unipolaire ».

Au déjeuner qui suivit, il fut le seul, avec moi, à manger de bon appétit, et je fus le seul à boire du vin rouge sans m’arrêter véritablement. Il avait ce visage intéressant des grands diplomates : il souriait peu. Il ne cherchait pas à plaire, ce qui me le rendait assez attachant. Même quand un dignitaire du Parti communiste lui racontait une blague et rigolait en compagnie de son interprète, Védrine pouvait rester de marbre ou esquisser un très léger rictus. Cet effort suffisait pour montrer qu’il avait compris et apprécié la blague. Le visage impassible, pensais-je, cela lui venait peut-être de sa fréquentation assidue de François Mitterrand. J’aime l’impassibilité, je travaille à l’acquérir. Plutôt qu’on interprète à tort et à travers mes expressions du visage, les gens diraient de moi : « Lui, on ne sait jamais ce qu’il pense. Sauf quand il parle et qu’il dit ce qu’il pense. Comme il parle beaucoup, on sait souvent ce qu’il pense. »

Ce qui est fort avec Védrine, c’est que même quand il parle, on ne sait pas non plus ce qu’il pense. Sans donner l’impression de noyer le poisson, il sait ne pas dire d’idées trop saillantes. Il fit tranquillement preuve d’un réalisme politique légèrement provocateur à l’égard de l’Europe, et sut dire aux Chinois que le monde attendra d’eux, bien vite, qu’ils prennent en main leur part de responsabilité dans le sauvetage de la planète, et que l’argument du développement économique ne pourra pas leur laisser les mains libres très longtemps. Mais qu’est-ce qui forcera les Chinois à se réformer, Védrine ne nous l’a pas dit. Il faut dire qu’on ne le lui a pas demandé.

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Published by Guillaume - dans hommes politiques
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commentaires

jean 01/10/2006 10:40

> il sillonnait la Chine (un seul sillon : Pékin, Shanghai et Hong Kong):-)Ces deux derniers articles sont palpitants !