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3 octobre 2006 2 03 /10 /octobre /2006 07:56

Quand elle habitait à Nankin, Flore était obsédée par le mariage. A vingt-six ans, elle disait qu’elle était déjà trop vieille pour les Chinois. De toute façon, elle ne voulait pas d’un Chinois. Elle voulait un étranger.

Je l’ai revue à Shanghai. Elle m’a invité dans un restaurant de l’ancienne concession française, où elle habite et où elle travaille. Elle est musicienne à l'opéra de musique traditionelle, elle y gagne très peu d'argent, mais elle est logée.

Elle a trouvé un ami américain, un homme qui, la cinquantaine passée, a fait d’elle sa protégée. Ils se sont rencontrés dans un aéroport, elle ne savait pas que c’était un homme riche. Les premiers temps, il l’invitait au restaurant, mais uniquement des petits boui-boui, où il se rendait à vélo. C’est lorsqu’il se fut assuré que Flore n’était pas intéressée par l’argent qu’il lui a révélé l’étendue de sa fortune. Il lui offre des cadeaux, l’emmène en voyages d’affaires, la fait dormir dans de grands hôtels de Hong Kong et de Pékin.

Flore dit que son Américain, n’ayant ni femme ni progéniture, la voit comme sa fille et cherche à lui faire plaisir pour cela. Elle est certaine qu’il ne désire rien de plus, qu’il ne voudrait certainement pas faire d’elle la maman de son enfant à lui. Elle dit qu’il est trop vieux. Son obsession pour le mariage a disparu, elle parle avec assurance et calme.

Après dîner, nous nous promenons dans les rues de la Concession française. Elle me fait visiter sa chambre, dans les locaux de l’opéra. Une chambre de vingt mètres carré qu’elle partage avec deux autres musiciennes (que je n’ai pas vues, car elles ont été prévenues à l’avance que je passerais). L’une de ses cothurnes a décoré son coin en punaisant des posters d’elle-même. Je m’assois sur le petit lit de Flore en contemplant les jupes et les shorts en jeans qu’elle a déposés sur sa chaise. Pendant qu’elle parle au téléphone avec son ami américain, qui lui propose de venir la chercher, je m’étends sur le lit et pense que je pourrais aisément vivre dans une chambre pareille.

 Nous ressortons nous promener. Elle me dit qu’elle n’est plus obsédée par le mariage. Elle sait qu’elle pourrait trouver un mari si elle voulait, mais qu’elle voudrait être amoureuse d’abord. Je lui demande si elle a déjà été amoureuse. Elle dit qu’elle a rencontré des hommes très gentils avec elle, pour lesquels elle a eu quelques sentiments. Mais amoureuse, vraiment amoureuse, non, jamais.

Peut-on rencontrer l’amour quand on ne l’a jamais connu pendant vingt-six années ?

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Published by Guillaume - dans sexe-amour
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commentaires

Ben 03/10/2006 15:56

Moi, j'ai des doutes sur la pureté des intentions des amis américains en général. L'inconnue de ton portrait, c'est qu'est-ce que Flore ( n'etait-ce pas elle qui jouait du Guzheng dans Nankinendouce? ) peut bien trouver à son ami, est-elle attirée par le fait d'être considérée comme sa fille, qu'il cherche à lui faire plaisir et qu'il ne désire rien d'elle? C'est completement oedipien, comment son papa pourrait-il espèrer faire d'elle la maman de son enfant qui serait en même temps son petit frére, on nage dans la dénégation, quelle horreur. J'ose supputer pour la santé mentale de tout le monde qu'en réalité elle suspecte des désirs moins purs chez son quinquagenaire et qu'elle finira par se faire entretenir honnêtement comme tout le monde. Ou alors que tu feras oeuvre d'altruisme en lui apprenant l'amour avec ton talent habituel.