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14 octobre 2006 6 14 /10 /octobre /2006 05:34

Sans être puriste, je suis assez attaché au sens des mots et, pour cette raison, je suis peiné qu’on dise de moi : « C’est un bavard. »

Un bavard est, normalement, quelqu’un qui parle tellement qu’il en bave. C’est dégoûtant, et il reste toujours quelque chose de ce dégoût dans le mot bavard. Or la langue française, à l’oral, n’utilise plus que ce vocable pour désigner tous ceux qui parlent beaucoup, alors qu’il y a d’autres mots, plus précis. On ne dit jamais : « C’est un orateur, c’est un conversationniste, c’est un bonimenteur, c’est un beau parleur, c’est un rhéteur, c’est un sophiste, c’est un casuiste. » Il semble que ce soit dans les banlieues qu’on reprenne un terme connoté, pour ceux qu'ils l'utilisent aujourd'hui, positivement : la tchatche. Jamel Debouze parle de sa tchatche comme d’un don artistique, il n’a pas tort.

Moi, n'est-ce pas la tchatche qui m'a conduit sur les rives de la Liffey et du Yangtse, sur les bords  de la mer jaune ?

 

Le plus triste, dans cette affaire, c’est que traiter les gens de bavards nivelle par le bas une multiplicité de pratiques. Deux bavards ne se ressemblent pas du tout, et peuvent même être opposés. Pour ma part, j’aime parler avec des gens qui parlent aussi. S’ils n’ont pas de répondant, je me méfie d’eux. Et j’aime écouter les gens. Mais pour les écouter mieux, je parle, ainsi ils ne sentent pas écoutés comme en un interrogatoire, et ils parlent à leur tour. C’est une grosse erreur, que l’on fait habituellement, d’imaginer que les bavards s’écoutent parler, à la différence des gens discrets qui observent leurs congénères. Rien n’est moins fondé. En réalité, parler et écouter procède de la même réalité. Je connais quelques bavards qui ont des choses très fines à dire sur leur entourage, on ne les arrête plus quand ils font l’éloge d’un ami ou d’une collègue, quand ils analysent un comportement ou une œuvre d’art. Je connais tout autant de gens discrets qui n’ont rien à dire de leur entourage, et ils ne disent rien parce qu’ils n’en pensent rien, et ils n’en pensent rien parce qu’ils s’en foutent.

On imagine souvent que les gens discrets, voire timides, cachent une belle âme, une belle personnalité. C’est oublier que beaucoup d’entre eux sont timides parce qu’ils sont empêtrés dans leur ego, qu’ils n’osent pas se montrer car ils sont obnubilés par leur propre image, qu’ils ont honte d’eux-mêmes, ce qui les empêche de s’ouvrir, de s’intéresser aux autres et de communiquer avec eux, alors que la personne expansive traduit dans son comportement un amour modéré pour sa personne, une acceptation bruyante de ses propres défauts, et un amour excessif du partage.

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Published by Guillaume - dans idées
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François 19/10/2006 12:10

Merci pour les commentaires des commentaires Guillaume , mais j'ai l'impression que Des Forets n'était pas tres approprié parmis ces éminents spécialistes du taoisme et du confucianisme ... Aussi une question me taraude sur quelques notions taoistes , je suis en train de découvrir (re decouvrir plutôt) le tao te king et je suis surpris d'y voir une absence presque troublante sur tout ce qui reléve de prés ou de loin à la question de la  sexualité (contrairement à la Bible ou au Coran ) Peut-être ai-je lu trop vite ou pas assez précisement, peut-on me dire pourquoi ? Peut-être en est-il question chez TCHOUANG Tseu ? (Que j'avoue n'avoir pas lu...)

Guillaume 18/10/2006 10:15

Eh bien que dire, desormais ? Que je suis ravi d'heberger sur mon blog de tels echanges de commentaires.
La phrase que tu cites Ben, "celui qui sait ne parle pas, celui qui parle ne sait pas", reprise dans le Lao Zi, est une de celles qui n'a le plus revolte quand j'etais adolescent, jusqu'a ce que Billeter en donne une interpretation revolutionnaire dans ses Lecons sur Tchouang Tseu. Et aujourd'hui, c'est toi, mon bon Ben, qui en donne une autre tout aussi rejouissante.
Merci d'avoir pense au pense au nageur, essentiel dans le Zhuang Zi, et qui me ramene au Lac des nuages pourpres, pour un lien que je n'avais jamais apercu.

ben 18/10/2006 09:51

d'ailleurs, "confucéen" n'est pas une insulte, bien au contraire; et si confucius prône effectivement un usage mesuré de la parole, la juste dénomination, on ne saurait trouver pls bavard que lui, les "entretiens" ne sont qu'une longue et magnifique logorrhée, un bavardage interminable et je crois que Confucius est le premier de cette longue série de bavards que la Chine a offert à l'humanité. A la même époque, en Europe, les présocratiques en étaient encore au stade du monosyllabe.   

Nico 18/10/2006 09:05

Est-ce que Ben ne serait pas en train de me traiter de confuceen par hasard ? Bon, je lui pardonne parce que sa demonstration est lumineuse, mais qu'il fasse attention la prochaine fois.
J'en dirai pas plus, car en bon confuceen, j'ai le sens de la mesure.

Francois 17/10/2006 18:16

'' Cet individu n'a strictement rien a dire et cependant, il dit mille choses ; peu lui importe l'assentiment ou la contradiction d'un interlocuteur et cependant , il ne saurait se passer de ceui-ci, auquel il a d'ailleurs la sagesse de ne demander qu'une attention toute formelle.Tout se passe comme s'il etait atteint d'une affection a laquelle il serait impuissant a apporter un remede ou, pour me servir d'une comparaison familiere, comme s'il se trouvait dans le meme embarras que l'apprenti sorcier : la machine tourne sans necessite, impossible d'en controler les mouvements desordonnes.'' C'est pas de moi ni d'un philosophe taoiste mais bien de Louis Rene Des Forets (sans doute l'un des plus grands ecrivains francais du vingtieme siecle a mes yeux) dans ...''Le Bavard'' justement.