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27 septembre 2006 3 27 /09 /septembre /2006 05:31

Pascal a inventé, au dix-septième siècle, une distinction conceptuelle dont on se sert encore aujourd’hui. Dans ses Discours sur les grands, il distingue les « grandeurs d’établissement » (les honneurs, le rang social, le pouvoir), et les « grandeurs naturelles » (l’intelligence, les qualités personnelles.) Je vous parle de cela sans avoir les références sous la main, il est possible que je torde un peu, sous le poids de mes souvenirs, les idées originales de l’auteur. Pascal note que dans le domaine social, dans les rapports humains, il faut respecter les grandeurs d’établissement, puisqu’elles ont été établies par et pour la société. Ainsi, entre un Duc stupide et un géomètre roturier, qui devra laisser passer l’autre devant une porte ? Le géomètre devra s’écarter et s’incliner devant le Duc. Sa supériorité intellectuelle ne lui donne pas de privilège social. Inversement, on n’accordera aucun crédit aux paroles du Duc. Personne ne prétendra qu’il est intelligent (il peut l’être, n’est-ce pas, ce n’est pas impossible, mais c’est indifférent avec le fait qu’il soit Duc.)

La République a essayé et essaye de former des élites sur des qualités intellectuelles. Ce n’est donc plus la naissance qui compte, mais le mérite et le travail scolaire. Théoriquement, un pauvre ou un étranger qui est un excellent élève peut faire partie de l’élite. Dans la pratique, les sociologues ont bien montré que les classes dirigeantes savaient encore protéger – inconsciemment, certes - leurs privilèges. Une seule question : combien d’entre vous étaient au courant des formations scolaires et universitaires qui vous étaient ouvertes ? Quand vous étiez adolescents, saviez-vous ce que signifiait Science Po, l’ENS, l’ENA, Polytechnique ? Avez-vous une seule seconde pensé que vous pourriez intégrer ces prestigieuses institutions ? Jamais, n’est-ce pas ? Vous avez toujours imaginé que c’était pour les autres, si seulement vous étiez au courant de leur existence. Eh bien, vous pouvez être certains que le jeune adolescent dont le père est ingénieur, dont la tante est prof, qui a entendu ses cousins parler de « classes prépa » et de concours, qui a fêté la réussite de sa grande sœur à l’agrégation d’histoire, ce jeune ado est excellemment préparé à intégrer une de ces institutions. Il n’y est pour rien, ce petit garçon, il n’y a aucun reproche à lui faire, mais il fera comme beaucoup d’autres, il reproduira certainement un schéma qui lui fera accéder tranquillement à ce qu’on appelle l’élite, quelle que soit son intelligence réelle car la formation d’une élite est toujours, quoi qu’on en ait, un processus social, une grandeur d’établissement.

C’est pourquoi quand nous avons à faire à un chef, je recommande d’être respectueux, comme Pascal le conseillait, soucieux de l’ordre établi, cordial si c’est possible, mais de ne jamais exclure que ce qu’il écrit et ce qu’il dit est peut-être d’une immense stupidité et le signe d’un esprit faible.

 

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Published by Guillaume - dans universités
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Francois 06/10/2006 15:57

Oui , peut-etre que Boudon et Bourdieu ont un numero de cirque a eux deux , quand Bougon epluche des oignons c 'est Bourredieu qui pleure, quelque chose comme ca...En attendant voici un petit film ou Bourdieu donne son point de vue sur sa vision de la gauche et de la droite , Francois Hollande , Cohn Bendit , et Segolene Royale ,pas trancendant mais interessant...

http://www.dailymotion.com/cluster/creation/video/776718

dominique 04/10/2006 23:24

Bougon et Bourredieu, on dirait un vrai duo de clowns...  Vous leur trouvez de ces noms, à vos références.. .Vous êtes surs que vous n'en inventez pas un peu, tout de même ?
Mais vive le burlesque !

François 04/10/2006 20:20

Boudon , pour ta gouverne BEN je n'ai lu que son ouvrage sur TOCQUEVILLE , assez interessant d ailleurs. Mais grosso modo , je pense d'aprés ce que j'ai lu ici et la que c'est le versant "droite" de BOURDIEU (si tant est que l'on puisse établir un rapport caricatural gauche -droite entre ces deux sociologues , car cela me semble plus complexe que cela puisse paraître, l'histoire de l'analyse sociologique -si tant qu'il y en ait une-  tranchera un jour).C'est un peu le probleme  de l'etancheite des savoirs et de ce cloisonnement entre matiere dans les sciences humaines (philo, socio , lettres , langues). Ce cloisonnement est tel en france que l'on peut comprendre le besoin de respirer -histoire de prendre du recul sans doute- un peu dans des contres lointaines comme la Chine par exemple, et comme en temoigne la richesse de ce blog et de cs commentaires -dont je suis fier de faire parti , hi, hi !- sur ce , bonne soirée a tous !

Ben 02/10/2006 14:44

Bien sûr, Yang Zhu n'est nullement responsable des conclusions politiques de qui que ce soit, surtout pas des miennes. Que Bourdieu ait raison ne touche qu'indirectement, à mon avis, au vrai problème: non pas d'où viennent nos élites, personnellement, je m'en ..., mais que font-elles? 
Mais ce que je me demande, c'est qui est Boudon?

gregoire 30/09/2006 21:40

Je crains que Ben, citant une parole de Yang Zhu d'une simplicité sans pareil, ne tire trop vite dans des conclusions politiques qui lui sont bien éloignées. Bourdieu avait 100 fois raisons en "decrivant" la reproduction de l'elite, et notre cher rédacteur n'est pas loin de Boudon en instillant une censure personelle ou familliale dans le choix de l'individu.
La mort est probablement ce qui hante l'homme à la recherche de pouvoir, ce qui pourait le rendre immortel.Ses convictions ne servent, a mon avis, que de paravent à ce désir si profondément humain.
L'homme de pouvoir se fait un choix de devenir tel, s'appuyant sur ses relations au sens large et précoce, mais s'il le fait c'est probablement parce qu'il veut son nom accolé pour l'eternité à une ou deux pensées simples qu'il voudrait incarner. 
c'est en tout cas ce que me suggèrent les actualités chinoises et francaises, vues de loin :)
gregoire