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24 septembre 2006 7 24 /09 /septembre /2006 05:22

Parmi mes étudiants, j’en ai une trentaine qui se font appeler, modestement, « classe élite ». Ils marchent dans les couloirs, vous les confondriez avec d’autres quidams, mais ce serait une erreur, car ils font partie de la « Classe Elite ». Quel nom ! Qui a bien pu l’inventer ? J’ose espérer que ce n’est pas un fonctionnaire de l’Etat français. Comment peut-on être républicain, avec ce que cela comporte d’attachement aux valeurs d’égalité des chances, de fraternité, et se gargariser du mot d’ « élite » ? Ici, à Shanghai, je l’ai assez entendu pour en avoir la nausée. Chaque faculté tient à faire passer ses étudiants pour des élites, le moindre programme à la con s’intitule « programme élite », (que l’administration de la « classe élite » dont je m’occupe s’empresse de distinguer de son propre programme qui est plus authentiquement élitiste que les autres, etc.)

De quoi s’agit-il ? De brillants étudiants en sciences humaines de l’université de Fudan ont été sélectionnés pour suivre un programme d’apprentissage du français, un programme de deux ans, qu’ils suivent en parallèle de leur formation initiale et qui leur permettra d’avoir les compétences linguistiques, culturelles et méthodologiques pour intégrer Science Po ou n’importe quelle grande école dont la France s’enorgueillit avec une ingénuité rarement vue chez nos voisins européens (même les Anglais ne bombent pas le torse autant que nous quand ils parlent de Cambridge ou d’Oxford, et avez-vous déjà entendu un Italien se vanter d’une quelconque formation universitaire ? Un Allemand ?)

Cette formation leur est offerte par la France. Du point de vue des échanges universitaires entre les pays, on peut comprendre aisément ce que cherche la France. Attirer d’excellents étudiants étrangers, plutôt que de les voir tous aller en Amérique, et garantir des relations étroites avec les futures élites de la Chine, cela peut valoir le coup d’essayer.

Ce qui est déplaisant, en revanche, c’est la complaisance qu’on affiche. Plusieurs fois, on m’a dit : « Tu verras, ils sont vraiment différents des autres étudiants, ils vont plus vite, ils sont plus cultivés, plus dynamiques… » Comme si mes autres étudiants étaient lourds, stupides, et mous. Puis-je me permettre de rappeler que j’ai rencontré plusieurs fois des étudiants « ordinaires » qui ont fait preuve, sinon d’une culture impressionnante, du moins d’un talent inégalable ?

 

 

 

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Published by Guillaume - dans universités
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commentaires

François 24/09/2006 21:31

Re-salut collègue de Nankin ,
Mouais bon , je ne m'étendrais pas sur le sujet , tu as peut-être raison, mais c'est plutôt agréable d'avoir des classes "Elites " je trouve, je pense qu'il y'a pire comme élèves (en chine comme en france d'ailleurs...). Non , tout ça pour dire que je t'ai mis en lien sur mon blog-carnet (si tu n'y vois pas d'inconvènients d'ailleurs ) et puis je pense comme ton copain Ben que tu devrais continuer dans la veine littéraire "Mort de l'auteur" ,  "En route vers le Japon (ou Taiwan !)" etc.... L'article sur le carnet "histoire emboîtée" est trés bon avec les images c'est super. Mais tu semble évoquer Sigismond , il a quitté Nankin pour te suivre alors ? 
F