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12 septembre 2006 2 12 /09 /septembre /2006 14:13

Dans la vieille bibliothèque de la faculté, il y a de vieilles éditions des Voyages extraordinaires de Jules Verne. Les Tribulations d’un Chinois en Chine, je ne pouvais pas passer à côté. Ce sont des tribulations passablement ennuyeuses, mais qui laissent à la lecture un arrière goût… d’extraordinaire, en effet. Ecoutez, c’est bien simple, l’intrigue n’est là que pour servir de prétexte aux personnages de sillonner l’Empire du milieu, et permettre à l’écrivain de faire une description des lieux les plus pittoresques du pays. Quelles villes voit-on ? Canton, Shanghai, Nankin, Le fleuve bleu, la Chine de Loess, le fleuve jaune, Pékin, Tianjin, etc. sans oublier la Grande Muraille.

C’est un bon moyen, incidemment d’avoir une idée de ce que pensaient les Européens sur la Chine. J. Verne fait un peu la synthèse des connaissances géographiques, démographiques, politiques et culturelles qu’on en avait  l’époque, d’où un aspect un peu scolaire par moments, du conférencier qui fait son exposé. Le plus drôle est le jugement esthétique. Plusieurs fois, il est écrit à propos d’une femme que « même un Européen l’aurait trouvée belle », car elle était blanche de peau, etc. Si, à un siècle d’écart, nous avons toujours une certaine fascination pour l’Asie, il est clair qu’elle s’est transformée et que pour moi, en tout cas, plus une femme est chinoise, plus elle est attirante. A l’inverse, ce sont les Chinoises elles-mêmes qui reconnaîtraient dans le portrait dressé par Jules Verne la beauté incarnée.

Il y a des descriptions hallucinées. Celle de Nankin est réjouissante, la Vallée des Esprits est baroque, les animaux sculptés y sont immenses et envoûtants comme dans une peinture symboliste. Et puis il y a ces inventions techniques dignes des James Bond les plus délirants. Les personnages dérivent des jours entiers dans la mer de Chine, habillés d’étranges combinaisons flottantes les faisant ressembler à des marsouins. Jules Verne ne peut pas s’en empêcher, même dans un vieux pays qui s’est distingué, précisément à l’époque où il écrivait, par son retard technique vis-à-vis de l’Europe, il a trouvé le moyen de placer des gadgets et des machineries dernier cri, comme si le monde entier, à l’époque, possédait le même optimisme scientifique que lui.

 

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Published by Guillaume - dans mots
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Ben 10/10/2006 21:58

Après vérification, il apparaît que le narrateur et Lu Weifu, un ancien camarade de classe rencontré par hasard, consomment dans le récit de Luxun appelé "dans la taverne", une livre de vin de Shaoxing avec dix tranches de soja frit ( et beaucoup de piment,  mais, ajoute Luxun, les gens de Shaoxing n'y ont jamais rien connu en assaisonnements piquants ), puis dans un second temps, quatre autres livres de vin, des fèves à l'anis, de la viande en gelée, du fromage de soja frit et du poisson séché.
C'est aussi dans ce texte sublime que Luxun évoque la différence entre la neige du Nord de la Chine, qui, "sous la violence du vent, s'envole et emplit l'atmosphère comme un nuage de fumée," et celle du Sud, "lourde d'humidité, qui s'accumule sur les choses, s'y accroche avec ténacité pour les habiller de cristal scintillant ", évocation que tu avais déja mentionnée, me semble-t-il, dans Nankin en douce.
Mais pas de fèves marinées à l'alcool de riz. Cependant, avec tout ce qu'ils s'enfilent, ça doit bien mariner pendant la digestion. Pour ne rien dire d'autres conséquences fâcheuses de la fève qui sont bien connues par ailleurs.

Guillaume 07/10/2006 13:23

Oui, les restaurants proposant des specialites de la ville de Lu Xun sont nombreux dans la region. Les trucs grilles, je crois que ce sont des feves, mais on a tendance aujourd'hui a les manger macerees dans une sorte d'alcool de riz. C'est delicieux, ca vous a un arriere gout de chataigne que je prise particulierement. Je vais me mettre a parler de bouffe, sur ce blog, c'est decide.

ben 06/10/2006 11:15

Bien sûr, tu as raison. Mais l'impression sera moins forte que le plaisir que j'aurai à découvrir ces choses grillées dont parle Luxun dans ses récits, notamment celui d'errances où ses deux personnages prennent une espece d'apero copieux à l'étage d'un resto, regardent tomber la neige, se rememorent leur jeunesse et confortent leur mélancolie.

Guillaume 06/10/2006 09:47

Bien vu Ben, il s'agit bien de l'Allee des Esprits. Si le reel est decevant, moi je n'y peux rien. En fait je fonctionne de maniere inverse, je trouve le reel plus extraordinaire que l'imagination effroyable de l'illustrateur de Jules Verne. Quand tu iras a Nankin, Ben, tu descendras l'allee jallonee de toutes ces betes en marbre (car c'est du marbre, certaines parties des animaux plus caressees que les autres par les visiteurs font apparaitre a l'oeil la beaute de la roche), et je gage que tu te sentiras penetre par un sentiment plus profond que l'impression donnee par l'image de ces betes baroques et gigantesques imagines par des reveurs du 19eme siecle.

Ben 05/10/2006 11:48

Dans l'édition des "tribulations d'un Chinois en Chine" que je trouve dans les livres de mon fils, ceux qui n'ont pas ete bousillés,  il y a des illustrations qui datent de l'edition Hetzel, on y voit un paysage de cauchemar en noir et blanc, avec cette technique de hachures propre aux gravures, qui rend souvent le motif très sombre, où des animaux monstrueux, un chameau de six ou sept metres de haut, des elephants noirs, des buffles... se penchent sur les personnages du roman avec une certaine malveillance. Des especes d'oiseaux qui ressemblent à des vautours, perchés sur les monstres, nous montrent qu'il s'agit en réalité de statues immobiles alignées. Avec une image comme celle-là, il y a de quoi entretenir les cauchemars de plusieurs générations de lecteurs.
Je regarde la photo d'accueil de ton blog et je me demande si ce n'est pas le même modèle, revenu à des proportions tellement plus sages et pacifiques que c'en est presque décevant.