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5 août 2009 3 05 /08 /août /2009 09:13
J'ai assisté à mon premier mariage franco-chinois.



Grégoire, que j'ai connu il y a cinq ans à Nankin, vient d'épouser une jeune femme de Hong Kong qui travaille à Shanghai. J'avais déjà consacré
un billet à Grégoire, un billet qui ne rendait pas justice à sa grande énergie vitale.

Dans mon billet de Nankin en douce, je le décrivais comme une personne lasse. C'est parce qu'à l'époque je faisais de la littérature et je cherchais à dresser des portraits. Cela m'amusait de montrer Grégoire en businessman fatigué, faisant fortune en traînant des pieds, ignorant volontairement le dynamisme qui lui permettait de rester debout des nuits entières à faire la fête.

Quand moi aussi j'ai déménagé à Shanghai, nous nous voyions régulièrement au
Face, un bar très classe sis dans l'ancienne Concession française. Avec Aloïs, Arthur et Marc, nous buvions des bières et des "Baccardi cokes" dans ce qui est vite devenu notre QG. Nous commandions des cocktails et des choses plus relevées uniquement quand nous accueillions des visiteurs ou que nous nous trouvions en présence galante.

En fait de galanterie, un soir, une petite bande de Hong-kongaises a déboulé dans le bar et a retourné le destin des vieux des garçons joueurs de billard que nous étions. Chinoises et anglophones, travaillant dans la com et jouissant de budgets spéciaux pour les sorties et la vie sociale, ces filles offrèrent le champagne à une heure très avancée de la nuit.

Grégoire fut touché au coeur par l'une de ces Hong-kongaises. Caroline partageait avec lui le goût du travail bien fait et celui de la vie nocturne. Ces deux-là ont immédiatement vécu ensemble, s'accordant sur un rythme de vie difficile à suivre pour un sage précaire. Ils allaient pouvoir s'assagir ensemble, l'un par l'autre, et s'embourgeoiser s'il le fallait, mais à leur rythme.

Il me plaît d'imaginer, parfois, que j'ai joué mon petit rôle dans leur histoire. Quand Grégoire vivait sa vie dans les boîtes et que Caroline, dans ces mêmes boîtes, me faisait part de son incompréhension, je lui expliquais la façon d'être un homme en France, et la rassurais sur l'amour que Greg nourrissait pour elle. Je lui disais, ce qui était vrai, que mon ami allait mieux depuis qu'il était avec elle, qu'il était plus serein, plus heureux. Quand ils se retrouvaient seuls, elle l'interrogeait et il confirmait.

Un soir de coupe d'Europe, alors que la France perdait lamentablement contre l'Italie, et que le sélectionneur demandait en mariage sa compagne devant les yeux incrédules de tous les supporteurs dépités, Greg et moi marchâmes dans les rues de la Concession française et bûmes des verres dans tous les tripots qui étaient encore ouverts. Je ne sais plus de quoi nous parlions, mais sans doute de questions pleines de sens. Dans la bande j'étais vu comme "le philosophe", celui avec qui on parle de choses métaphysiques.

Après un petit déjeuner à l'aube dans un bar hybride, Grégoire prit un taxi, rentra chez lui et réveilla Caroline. Ivre et le coeur prêt à éclater, le coeur lourd d'une vérité existentielle qu'il devait partager sans attendre, il fit sa demande en mariage. Caroline dit oui, mais eût espéré un romantisme un peu plus conventionnel. Il lui offrit ce romantisme de série télé quelques jours plus tard, avec bague et genou à terre.

Mais l'historiographie retiendra la belle ivrognerie qui baigne leur rencontre, leur amour et leur entourage. Quand je pense à Caroline et Grégoire, je pense à Scott Fitzgerald et Zelda, et aux belles pages que Deleuze a écrites sur eux. "Le goût du whisky sur mes lèvres... La lueur de folie dans mes yeux..."

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Published by Guillaume - dans sexe-amour
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