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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 15:05

On peut traiter les leaders chinois d'abrutis, c'est certain. Annuler un sommet sino-européen en temps de crise, uniquement parce que Sarkozy va voir le Dalaï Lama dans quelques jours, c'est un peu décourageant. On peut se demander : "Ils n'ont rien d'autre à penser, les Chinois ?" Parce que le Tibet ne menace en rien la sécurité de la Chine. Le Tibet peut se pacifier assez facilement. Tout le monde le sait, il suffit d'entrer dans un processus de dialogue, et tout s'apaiserait, tous seraient gagnants-gagnants, comme dit l'autre. Tout le monde la fermerait pour très longtemps, les violences tibétaines ne seraient plus soutenues par les bo-bo occidentaux et le Tibet resterait chinois.

Cette politique anti-Dalaï Lama est donc voulue par Pékin. Pékin veut que les projecteurs soient braqués sur la question tibétaine. La question est de savoir pourquoi, alors que les dirigeants ont les cartes en main pour résoudre le problème à moyen terme.

Plusieurs raisons à cela, que le seul bon sens me dicte.

1- La posture de Pékin par rapport aux Européens est une affirmation de puissance inouïe. "Vous avez besoin de nous, nous disent les Chinois, et vous vous en rendrez compte de plus en plus. Alors respectez-nous, c'est-à-dire pliez-vous à nos injonctions, surtout quand elle touche les affaires intérieures. Or le Tibet est une de nos régions."

2- Ensuite, c'est un bon moyen d'unifier le Parti au pouvoir, qui est aujourd'hui profondément divisé. Hu Jintao est devenu président grâce à sa capacité de faire cohabiter les courants opposés, d'où des décisions politiques apparemment contradictoires, ces dernières années, alliant retour au marxisme et ultra capitalisme, comme autant de concessions faites aux conservateurs et aux réformateurs.

Cet équilibre instable entre les courants du Parti ne peut durer qu'en temps de croissance économique. Avec les usines qui ferment et la paupérisation, les décisions à prendre sont trop lourdes pour qu'un homme aussi peu puissant que Hu Jintao soit assuré de ses arrières. Agiter le problème tibétain est une manière de se donner du mou sur les questions économiques.

3- Les questions économiques, justement, sont une troisième raison du report du sommet U.E./ Chine. Les Chinois savent ce que veulent les Européens, pour le bien du monde entier : sauver l'économie en donnant l'argent qu'ils ont en réserve aux Chinois, stimuler la consommation des Chinois pour faire repartir les importations et nos entreprises, etc. Une partie des Chinois veulent cela aussi. Hu Jintao n'est pas sûr de lui, et il subit les pressions de toutes parts. Pour lui il est urgent d'attendre.

4- Dernière raison : le Tibet, il ne faut pas se la cacher, n'intéresse pas les dirigeants chinois. Le Tibet n'est en aucune manière un enjeu d'importance. Le problème à venir, en terme de géo-politique chinoise, c'est Taiwan. Quand et comment les Chinois vont-ils reprendre Taiwan, c'est la double question. Faire parler du Tibet, c'est créer un voile qui nous fait oublier ce qui sera peut-être un déclencheur de crise plus important : Taiwan soutenu par les Etats-Unis et le Japon, mais lâché petit à petit, car de moins en moins stratégique. Pour endormir la vigilance des Occidentaux sur un champs de bataille, les Chinois font diversion sur un autre, à l'autre extrémité du pays. C'est habile.

 

 

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Published by Guillaume - dans Politique
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Carol 10/04/2015 09:56

Bonjour,
Je suis tombée sur votre blog en cherchant des infos sur la Chine. Vos articles sont hyper intéressants.

françois 04/12/2008 22:58

interessant cette distinction non voulue entre corse et ile de france, ca m'interesse beaucoup, un bon concept pour l'avenir (d'ailleurs déja trés trendanxce pour les parigots) merci les lyonnais précaires.

Guillaume 29/11/2008 16:15

Oui l'étudiant du monde.fr est bien le même auteur que celui de ce blog. La chronique reprend les mêmes arguments en effet.
Un consensus grandit à Taiwan ? Je n'y crois pas, cher Ebolavir. Status quo, oui, business, oui, calme et paix d'accord, rapprochements variés et variables, pourquoi pas.
Mais les uns veulent l'indépendance (75% des Taiwanais), d'autres veulent la (ré)union avec le continent sous certaines conditions (15% de l'île), et les autres veulent la rétrocession pure et simple (la Chine populaire).
Et vous oubliez Ebolavir, la présence et les intérêts des Américains et des Japonais, qui ne laisseront pas l'unification se faire aussi facilement.
Alors qu'ils laissent faire tout ce qu'on veut au Tibet, qui n'intéresse "réellement" personne (ce n'est qu'une guerre d'image, et personne ne craint ni n'espère vraiment une indépendance du Tibet.) Même l'Inde en a un peu marre des exilés de Dharamsala et pourront, à terme, pour se rapprocher de la Chine, cesser de les soutenir.
L'Inde aura même besoin de bonnes relations avec la Chine, avec les soucis que lui causent d'autres voisins.

michel jeannès 29/11/2008 13:41

Diantre! iol est vrai que si on laissait les Corses s'autonomiser, la Lozère et les Charentes risqueraient de suivre. Au final, nous serions tous boutés hors de France tels les anglois et irions faire du tourisme en ïle de France.

ebolavir 29/11/2008 13:25

Un certain Guillaume T., étudiant, qui écrit fort bien, dit à peu près la même chose dans sa chronique d'abonné sur Lemonde.fr . Je ne suis pas tout à fait d'accord avec lui (ni avec l'auteur de ce blog) au sujet de la faible importance du Tibet pour les dirigeants chinois. C'est quand même un des endroits où ils ont fait la guerre il n'y a pas si longtemps (contre l'Inde dans l'Himalaya; il y a des territoires contestés). Et c'est donner le mauvais exemple le plus redoutable: une dissidence intérieure qui a une organisation en exil de stature internationale. A côté, Taiwan où le consensus grandit sur un rapprochement avec le continent est une affaire bien plus gérable; ça peut durer encore une ou deux générations sans risque d'exploser. Alors qu'une deuxième vague d'émeutes et de répression peut arriver n'importe quand. Encourageons Sarkozy et les autres à recevoir le Dalaï-Lama et à faire étalage d'indifférence aux grognements de l'empire chinois, tout en faisant savoir qu'ils sont prêts à aider pour que tout se passe bien.