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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 11:06

C’est un roman audacieux, puisqu’il est écrit par un Français, Stéphane Fière, et que le narrateur et personnage principal est un travailleur migrant chinois, un mingong (paysan ouvrier). Il raconte à la première personne le destin d’un campagnard qui vient tenter de s’en sortir à Shanghai. 
Les mingongs sont très nombreux, on parle de deux à quatre cent millions, qui sont prêts à travailler pour presque rien puisqu’ils n’ont pas de papiers qui les autorisent à vivre dans les grandes villes. Comme ils sont l’essence du bâtiment, ils sont un facteur majeur de la croissance de l’économie chinoise.

Le héros de Stéphane Fière vient du Shanxi et travaille d’abord sur le chantier de Xintiandi. Il rencontre une jeune femme qui vend des petits-déjeuners aux ouvriers, et une histoire d’amour remplira sa vie laborieuse. Ensemble, ce provincial valeureux et cette shanghaienne rusée trouveront des moyens pour gagner plus, pour soutirer du plaisir, pour économiser, pour s’élever dans la société, et enfin pour sombrer.

Les avis sont très partagés sur ce roman. Je ne parle pas de l’aspect purement littéraire, qui est d’un intérêt limité, style sans particularité, construction classique des romans mélodramatiques et/ou naturalistes de gare (success story ponctuée de coups durs, avec le malheur qui se déploie à l’insu du personnage tout le long du roman avant d’éclater à la fin.)

Ce qui fait discussion, c’est le misérabilisme supposé de l’histoire. Plusieurs amis m’ont fait part de leur déception devant tant de malheurs, alors que moi, à la lecture, je voyais beaucoup de choses positives. Certes, la mère du héros meurt dès les premières lignes, son père meurt sur un chantier, il se fait trahir par sa petite amie, et finira peut-être mal, mais…

Mais il tombe amoureux et cet amour est physiquement réciproque. Or, un jeune homme plein d’espoir qui peut faire l’amour avec une femme qu’il aime, c'est un homme qui connaît le luxe extraordinaire d'une éducation sentimentale et sexuelle, c’est déjà un sort bien enviable. Moi qui ai connu cela aussi, à son âge, je considère cela comme une chance inouïe et un cadeau de la vie.
Ensuite, il n'est pas condamné à un travail aliénant et sous-payé toute sa vie. Il change d'emplois, il jongle avec les jobs, il apprend sur le tas. Un gamin qui non seulement apprend l’amour, mais peut passer d’un boulot à un autre, payés un peu plus à chaque fois, c'est ce que j'appelle un gamin heureux.
Vers la fin du roman, ce travailleur précaire parvient à gagner plusieurs centaines d’euros par mois. Il dépasse même le salaire moyen de Shanghai, cela indique que les mingongs, s’ils ont la niaque, peuvent s’en sortir.

Maintenant, du strict point de vue de la diégèse, c'est vrai que c'est un roman noir. Mes amis l'ont trouvé atroce, je l'ai trouvé plein d'espoir... Je me demande si cette incompréhension a été vécu par l'auteur lui-même, ou si c'est moi qui, comme d'habitude, suis à côté de la plaque.

La promesse de Shanghai, Stéphane Fière, 2007, (Picquier ed.)

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Published by Guillaume - dans mots
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commentaires

michel jeannes 05/08/2008 19:58

La promesse de Shanghai condense les faits divers les plus sordides et ferait mourir d'apoplexie n'importe quel inspecteur du travail. Sur le registre d'une réflexion humaniste, sans aller jusqu'à la philosophie, je peux entendre le point de vue de Guillaume quant à la capacité de résilience du personnage principal qui ne cesse d'avancer en gardant espoir dans un environnement dur au possible. Le roman peut aussi être vu comme une métaphore de l'homme (ou du pays?) en train de grandir, perdant ses illusions au fur et à mesure qu'il prend conscience de lui-même.

François 02/08/2008 23:34

J'attendrai mon bon guillaume, j'attendrai...prends ton temps , et continue avec tes superbes billets comme celui-ci qui nous donne si envie de nous plonger dans la litterature sur la Chine contemporaine.

Guillaume 01/08/2008 19:01

Bien sûr Linlin, la vie est dure pour les Mingong, cela ne fait pas de doute.J'offrirais bien ce livre à Fudan, mais je crois l'avoir perdu, comme beaucoup de mes possessions, à Shanghai. En tout cas, il est en prêt à l'alliance française de la rue Wusong.Brothers, il faudra attendre qu'il coûte moins cher...

Francois 01/08/2008 15:01

Guillaume, merci pour cette recommandation de lecture.Il y'a aussi le livre "Brothers" , j'attend que tu en parles dans ce blog, que tu nous donnes ton avis;

Denis a Shanghai 01/08/2008 13:01

Guillaume, est-ce que tu peux offrir ce livre au Departement de Francais de Fudan? :)