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17 juillet 2008 4 17 /07 /juillet /2008 16:39

Comment passer du bois à la fleur ? Cette question qui vient du plus antique émerveillement de notre enfance, est une des tâche de la poésie. Considérons une seconde ce vers de Wang Wei :

 

木末芙愹花 

 

La prononciation importe peu : Mu Mo Fu Yong Hua

et le sens est banal : "La fleur éclôt au bout de l’arbre", ou quelque chose comme ça.

 

L’intérêt du vers réside en fait dans la succession des caractères.

Il s’agit de passer de l’arbre (début du vers) à la fleur (fin du vers).

Les deux premiers sinogrammes sont construits sur le caractère de l’arbre : , auquel est ajouté un trait. Le signe de l’arbre est donc en transformation, il grandit, il accumule de nouveaux éléments.

 

Le troisième caractère voit disparaître l’arbre, mais donne l’impression de faire évoluer le deuxième caractère. Apparaît alors la clé de l’herbe : , si bien qu’est accentuée la transformation de la végétation, du bois vers la fleur.

 

Les deux derniers sinogrammes comportent le caractère de l’homme : , ce qui, d’après la collègue qui m’en a parlé, peut vouloir dire que le poète, ou tout au moins une figure humaine, est déjà incluse dans le paysage, mais dans un état latent, ou spirituel. L’homme est d’ailleurs déjà introduit dans le troisième caractère, avec l’élément qui, laissé seul (sans la clé de l'herbe qui le couronne) signifie « mari », ou « monsieur ».

 

La présence de l’herbe, puis celle de l’homme, prépare l’éclosion du dernier caractère, qui en est constitué, et qui se prononce dans une ouverture de la bouche (Hua), après quatre sons plutôt étouffés.

C'est ainsi que la beauté, comme la branche de l'arbre en hiver, se cache parfois dans la matérialité même des signes. Quand le sage montre la lune, il faut parfois savoir regarder le doigt.

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Published by Guillaume - dans mots
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commentaires

Guillaume 04/04/2010 10:04



Belle analyse Sandrine. Merci et bravo pour ce commentaire.



Sandrine 03/04/2010 02:47



Donc, ds une phrasede 8 mots, simples (concret en plus), au moins 3 dimensions, celle de la "valeur" du sinogramme et sa place dynamique ds la construction de la phrase (et inverse!arbre puis en
dernier fleur/à la traduction) ; une dimension "philosophique"( homme et arbre se ressemble beaucoup, pas simple), où en fait c'est la clé qui donne la dimension évolutive ? La
même clé, dans un autre contexte purement botanique n'aurait pas la même incidence sur le sens ? Si j'ai bien compris :-) ?! Et une "dimenssion" phonique, avc l'ouverture de la bouche qui vient
accentuer le sens de la phrase. C'est un monde à part entière !!! Ce genre de poésie était-il exclusivement destiné à la lecture individuelle ou avait-il aussi d'autre fonction?


Pour ta conclusion je lis -aussi- que  pénétrer l'apparence d'un signe ce n'est pas l'intégrer; et s'en satisfaire, c'est ne pas le faire exister. Magnifique langue vivante
donc ! Merci beaucoup Guillaume.


 



Guillaume 02/04/2010 22:47



Merci Sandrine. Ce genre d'écriture concerne seulement certains types de poèmes, ce n'est même pas automatique dans tous les poèmes.


Une clé, c'est un élément de sinogramme, placé généralement à gauche ou au-dessus, et détermine une partie du sens du caractère, ou rassemble plus ou moins un champ lexical. A priori, les
caractères qui sont couronnés de la clé de l'herbe peuvent logiquement désigner quelque chose en rapport au végétal.



sandrine raux 02/04/2010 21:30



Bonsoir Guillaume, encore une découverte :-), est-ce le même "procédé" dans toute phrase, ou est-ce seulement réservé à la poésie ? Et qu'est -ce qu'une clé ?



Guillaume 02/04/2010 20:48



C'est vrai que le chinois littéraire et classique a quelque chose d'infiniment beau. En ces temps de frayeurs et de fascination morbide concernant la Chine industrielle, une attention sincère à
sa vieille poésie serait utile, je pense, pour apprendre à tisser des liens riches avec les Chinois.