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24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 03:13
Les départs de Chine sont toujours un peu déchirants. Surtout pour les professeurs qui voient venir vers eux des théories d'étudiantes pimpantes, toutes plus adorables les unes que les autres, se frotter à eux commes des chattes pour témoigner, la larme à l'oeil, de leur tristesse à devoir se séparer. Cela m'était déjà arrivé à Nankin, avec de merveilleux étudiants pleins de poésie, les textes de Neige, la tendresse des uns et des autres. Cela recommence, amplifié, à Shanghai, puisque j'y suis resté un an de plus et que j'ai eu davantage de temps à consacrer aux équipes de Fudan. Hier a eu lieu la cérémonie de clôture de la "classe élites". Les étudiants, que j'ai vu neuf heures par semaine pendant deux ans, montait une comédie musicale. Ils m'ont réservé un accueil très chaleureux, au milieu de tous les discours officiels et des rituels diplomatiques de rigueur. Applaudissements bruyants, gerbe de fleurs, embrassades, les étudiants ont voulu, non casser le protocole, mais le dynamiser, le réchauffer en offrant une émotion qu'eux seuls pouvaient apporter. La figure du professeur était un peu la seule qui pouvait fédérer les besoins d'affection, d'expression et d'émotion qui sont générés par la constitution d'un groupe. Ils m'avaient demandé d'écrire un discours, et de l'envoyer en avance, pour qu'ils puissent le traduire (et peut-être s'assurer que je n'y disais rien d'inapproprié). C'est ce discours que je reproduis ci-dissous. J'aurais pu être plus court, plus sobre et plus collectif. Plus léger et moins prétentieux. Mais il y avait bien assez de discours mesurés, pleins de remerciements plus ou moins sincères. J'ai profité de mon rôle d'électron libre, de sage précaire, pour écrire quelques mots centrés sur les étudiants. Il n'y a qu'eux qui m'ont vraiment importé et je voulais leur rendre hommage sans excès de pudeur. Alors c'est peut-être excessivement impudique, je ne sais pas. A vous de juger. Université Fudan, lundi 23 juin 2008 Chers amis, C’est avec émotion que je prends la parole devant vous. Nous allons nous quitter après deux années de travail intense. Avec les étudiants, nous nous sommes vus trois fois par semaine pendant deux ans, c’est beaucoup, c’est comme si nous avions vécu ensemble. Pour moi, ils sont un peu des membres de ma famille, et pour eux je suis peut-être, en plus d’un professeur, une sorte d’oncle… Cela a été un véritable plaisir de vivre toutes ces heures avec vous. Nous avons beaucoup travaillé, beaucoup ri, beaucoup lutté contre le sommeil, beaucoup lutté contre la faim, et je ne vous ai jamais dit combien vous avez été importants pour moi. Pour mieux voir la Chine, d’abord, et pour y être heureux. Mon voyage de quatre ans dans votre pays a été extraordinaire. J’ai énormément appris, énormément regardé, observé, énormément cherché à comprendre. Et j’ai très peu compris. Mais grâce à vous, à ce que vous m’avez dit, grâce à ce que vous avez écrit, grâce à ce que vous ne m’avez pas dit, grâce à vos gestes, vos visages, vos regards, votre présence, j’ai l’impression d’avoir pénétré une partie du monde chinois que peu de gens ont la chance de découvrir. J’ai découvert avec vous la jeunesse d’un pays qui se transforme profondément, une jeunesse qui nourrit de nombreux espoirs pour l’avenir, mais aussi de nombreuses craintes, parfois des angoisses et des souffrances. J’ai surtout été touché par votre incroyable positivité, votre combativité respectueuse, votre calme optimiste, votre gentillesse espiègle. Quand j’étais fatigué, c’est vous qui me donniez de l’énergie. Quand j’étais de mauvaise humeur, vous me pardonniez et vous saviez me redonner de la joie. Je souhaite à tous mes amis d’avoir l’occasion de faire ce beau métier de professeur avec des étudiants comme vous. La classe élites m’a aussi permis d’observer de l’intérieur un travail de coopération universitaire entre deux pays. Cela m’a beaucoup plu et m’a beaucoup apporté. Je n’ai été qu’un professeur, sans pouvoir de décision et sans connaissances très vastes dans ce domaine, mais l’impression que j’en retire, c’est que la grande force de l’université chinoise, ce sont ses étudiants. L’université chinoise peut se reposer avec confiance sur eux pour se développer. Les étudiants chinois ont su forcer mon admiration, mon affection, et c’est avec sincérité que je leur souhaite un brillant avenir.

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Published by Guillaume - dans Profs-Etudiants
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François 24/06/2008 11:17

Et bien tonton Guillaume, c'est moi qui te remercie de nous avoir fait réver et profiter de la Chine pendant ces quelques années.