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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 04:04

L'histoire est simple, troublante et scandaleuse, et elle montre le chemin à parcourir pour que la Chine devienne normale.
Après avoir sélectionné quelques CV pour remplir un poste d'enseignant dans mon université, nous procédons à des entretiens téléphoniques. Nous commençons par celle qui a le meilleure profil : qualifications, expériences, compétences, âge, elle représente la personne idéale pour ce poste. 
Soudain, une collègue chinoise pousse un cri : la postulante a commis l'irréparable ; elle a fait un stage de deux mois, il y a six ans, chez "Reporters sans frontières", organisation qui est devenue l'incarnation du mal absolu chez nos amis Chinois.
Nos amis Chinois ne voudront rien entendre, car la défense de leur patrie passe avant tout, même si n'importe quel discours peut passer pour la défense de la patrie. "C'est très grave, dit ma collègue, avoir travaillé avec cette organisme est impardonnable." Mais on pardonne quand il y a faute, me permets-je, ici, nous avons une femme qui, lorsqu'elle était étudiante, a fait un stage dans une association légale, autorisée... Rien n'y fera, la jeune femme a beau être motivée, parfaite pour le job, faire preuve de diplomatie, n'avoir aucune intention négative envers la Chine, elle est devenue indésirable. Elle est devenue coupable, co-responsable des manifestations pro-tibétaines à Paris et ailleurs. Une collègue refusera même de lui parler au téléphone et dira bien fort qu'il faut raccrocher. 
Deux choses émanent de cette discussion. Premièrement, un homme est sali par des actions passées, pas seulement par des actions, mais par des contacts, des connaissances, etc. Et il est sali irrémédiablement. Deuxièmement, l'impureté d'une chose actuelle est rétroactive et corrompt tout ce qui a eu un lien avec cette chose dans le passé le plus lointain.   
De quelle vision de l'homme avons-nous affaire ici ? Y a-t-il quelque chose comme un humanisme chinois ? Et quelle est le rapport au temps que cela enveloppe ?
C'est un retour brutal vers les réflexes de la Révolution culturelle, où tout pouvait vous accuser.
C'est la limite de ce qu'on peut accepter, dans quelque pays que ce soit, sans se sentir le coeur au bord des lèvres.
C'est le signe que la recherche de la vérité ne vaut rien en Chine, devant toute posture patriotique. Il suffit de s'avancer, de bomber le torse, de déclamer d'une voix forte des paroles fausses, calomnieuses, injustes, stupides, mais clairement patriotiques, et vous marquez des points.

C'est un signe des temps, de la nervosité, de la fermeture, de l'émotivité du temps présent, et que je ressens depuis le mois de mars.

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Published by Guillaume - dans idées
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commentaires

spicyhotpot 18/06/2008 21:01

Non, l'universite n'est pas la pour maintenir la paix sociale, personne n'a dit le contraire.D'un autre cote personne ne va embaucher quelqu'un percu comme un potentiel fauteur de troubles.C'est pour cela qu'en France un recruteur ne peut demander l'orientation politique d'un candidat ou son appartenance syndicale.Cette histoire de refus d'embauche est une tempete dans un verre d'eau. 

clic 16/06/2008 18:53

Je ne sais plus quoi dire. Au risque de me répéter: vous avez raison tant que vous considérez que le rôle d'une université est de maintenir la paix sociale, mais cela n'est pas le cas. Comment qu'on tourne les choses, une université doit donner de la culture scientifique et des capacités analytiques aux individus. Il me semble difficile de soutenir qu'une université (de lettre il me semble dans le cas présent) devrait d'un côté apprendre à analyser des textes, à en saisir le sens, à le situer dans son contexte; de l'autre endoctriner politiquement des individus (ça marche aussi pour la science) ou en tout cas, faire prévaloir, dans la sélection d'une personne, un critère politique sur un critère universitaire. L'argument de Descombes était que cela ne peut pas fonctionner, car une université qui viserait des objectifs politiques ne pourrait pas former de bons étudiants. Et je crois que les chinois, qui ont produit des classements internationaux des universités et qui cherchent à donner de plus en plus de place à l'innovation, souhaitent avoir la meilleure formation possible.Après, cela n'empêche évidemment pas l'université de fonctionner. Et on peut même comprendre ce comportement. Mais à peu près tout ce qui naît dans un esprit humain peut se comprendre, d'une façon ou d'une autre, ça ne veut pas dire qu'on le juge positivement. Quoi qu'on dise, le fait que cette personne ait fait un stage chez RSF ne signifie pas qu'elle formente la révolution, sauf à aller plus loin que comprendre les recruteurs: accepter leur raisonnement. C'est tout de même ce qui me semble au coeur du raisonnement de Descombes: l'irrationnalité de la fin politique est démontrée par les mesures qui sont prises en son nom. Or ces mesures ne sont pas seulement des mesures qui sont mauvaises parce qu'elles se trompent de fin, mais elles sont mauvaises en ce qu'elles supposent une mauvaise analyse de la réalité. Autrement dit, l'université, en tant que lieu de recherche et de pédagogie, n'est pas un espace politique, elle ne doit pas l'être. Du coup, la question que l'on peut se poser est: pourquoi, effectivement, il s'agit d'un espace propice à la révolte (en Chine comme dans beaucoup d'autres pays)? je suppose que la réponse cohérente avec ce raisonnement est: parce que l'université ou la société sont mal gérées. C'est parce que la gouvernance des universités se fait selon des idéologies politiques que l'activité analytique à laquelle on entraîne les individus aboutit à ce qu'ils prennent des positions politiques, qui est la simple conséquence de leurs capacités d'analyse.Il me semble que le raisonnement s'achève par là. L'irrationnalité de la gouvernance politique de l'université tiendrait à ce que soit elle produit de mauvais étudiants (et ne concourre pas au développement de la société) soit elle produit des révoltes, mais en tout cas, elle n'est pas tenable et qu'il est donc assez vain de tenter de la justifier.

spicyhotpot 16/06/2008 11:18

clic,Un poste d'enseignant dans une universite chinoise est un poste sensible (les revolutions commencent dans les universites). En ce sens, du point de vue chinois je pense que ce critere apporte un element factuel pour cerner la candidate.Ensuite, pour rebondir sur le commentaire d'ebolavir, le fait que RSF soit une organisation etrangere et aggressive rappelle sans doute de mauvais souvenir aux chinois quelque soit le message de l'association.Maurice a raison: cette candidate etait au minimum naive.En France on ne va sans doute pas loin avec la mention "benevolat chez les scientologues" sur son CV, en chine idem avec RSF. Donc on adapte pour se vendre.

Mauvais esprit 15/06/2008 19:44

Choquant.Sans aucun doute. Mais si cette jeune femme avait de riches qualifications et des expériences nombreuses, pourquoi mentionnait elle un lointain stage (de très courte durée!) qui n'est guère significatif pour celui qui recrute un enseignant de langue, si ce n'est une volonté de le "provoquer" ou de le "narguer". Plus que le stage lui même, c'est le fait de le revendiquer qui est gênant! Pas très diplomate la candidate ou en tout cas bien maladroite. Et oserai-je dire qu'elle n'était finalement sans doute pas très adaptée à un poste, qui sans se renier, nécessite un minimum de diplomatie, non? N'adapte-t-on pas son CV à l'emploi auquel on postule en France comme ailleurs?

clic 15/06/2008 15:45

Précisément Ebolavir "selon le poste, il y a des choses qu'on a pas le droit d'avoir fait."Selon Descombes, la cause "irrationnelle" se repère parce que son militant est incapable de se soumettre aux règles qui régissent les différentes activités auxquelles il participe. Ce que montre Guillaume ici, c'est bien que pour le poste en question, cette femme était la mieux indiquée, mais que le recruteur fait intervenir ici un critère qui n'a pas sa place.On peut soutenir que cela se passe comme cela régulièrement, bon, pourquoi pas. Il me semble que l'exemple, tel qu'il est décrit (la personne qui demande que l'on raccroche en plein milieu d'une conversation) traduit bien le raisonnnement proposé par Descombes (qui, tel que je l'ai compris, n'est pas très original d'ailleurs)