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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 10:14
Je sais que j'ai déjà fait le coup plusieurs fois, mais là c'est sûr, c'est officiel de tous les côtés. Je quitte la Chine dans un mois, jour pour jour.
Je pars du pays où j'ai réalisé plusieurs de mes rêves de gosses pour aller réaliser un autre rêve : celui d'aller écrire une thèse, et de passer mon temps à cela. Une bourse m'a été généreusement offerte pour que je puisse vivre dans les bibliothèques et les colloques pendant trois ans.
Alors je quitte la Chine et c'est un peu dur. Je sais déjà combien certaines choses vont me manquer, certains visages, certaines voix, une affection dans les contacts. Les massages de pieds, les fruits dans la rue, les restaurants pas chers et délicieux, le son du chinois, la tête des Chinois, le jour qui commence dès 5h30, les soirées au Face bar.
J'ai choisi de ne pas organiser de fête de départ, sauf quelques apéro pour discuter le bout de gras avec ceux qu'on ne croise pas souvent hors des occasions professionnelles. Mais sinon, pas de fêtes, d'abord parce que je n'aime pas trop cela, et ensuite parce que je ne me vois pas très joyeux à l'idée de fêter le fait même que je vais quitter tout ça.
Les différences culturelles impromptues, celles qu'on n'avait pas prévues, les réactions anti-françaises stupides, les déchaînements irrationnels ou le sentimentalisme dégoulinant, tout cela qui, sur le moment, vous fait fuir, mais qui, à terme, après avoir passé la crainte de devenir fou ou dégénéré, vous marque et dessine une nouvelle image de la Chine, encore plus attachante que celle qu'on s'était faite avec les paroles avantageuses lues ou entendues. Ces crises, ces folies, ce nationalisme borné, cette fierté démente, cette arrogance sont en fait les symptômes d'une société qui se transforme et qui a du mal à trtrouver des repères. Alors les gens se recroquevillent sur de pseudo-traditions qui n'ont rien de traditionnelles, ou qui n'ont rien de chinoises.
Jamais je n'aurai eu autant le sentiment du travail colossal qu'une nation doit accomplir, à certaines époques de son histoire. Nous sommes dans le moment chinois de l'humanité, où les problèmes sont affreusement graves, nombreux et intriqués : Il y a trop de Chinois, et en même temps la population vieillit, ce qui va rendre la charge trop lourde pour les générations à venir. Ils doivent se développer économiquement mais en arrêtant de polluer. Ils doivent garantir la paix sociale, ce qui leur rend la démocratie indésirable, mais les dirigeants savent mieux que tout le monde combien les Chinois peuvent devenir explosif quand ils sont à bout.
Nous sommes au moment chinois de l'humanité parce que l'évolution de la Chine va déterminer notre vie à tous. Paix ou conflits majeurs, droit international ou retour à la barbarie du chacun pour soi, planète sur la voie du salut ou pollution globalisée. Les Chinois peuvent rendre l'avenir harmonieux s'ils parviennent à résoudre leurs défis majeurs sans catastrophe, comme ils peuvent faire sombrer le monde dans le chaos. C'est quand même excitant comme enjeu!
C'est aussi pour cela que je suis triste de partir. Il me semble qu'il faudrait justement être là et observer les choses en ce moment, et dans les années à venir. Je suis très curieux de savoir ce qui va se passer avec la crise économique, après les J.O., après l'Exposition universelle de 2010. Curieux de savoir comment vont évoluer les questions tibétaine, ouighour et taiwanaise.
Bon, je ne serai pas très loin, je pourrai toujours lire la presse.
Et puis je reviendrai souvent, car la Chine a changé ma vie, et m'a peut-être rendu plus harmonieux, moi aussi, au fond.

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Published by Guillaume - dans Voyages
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commentaires

François 17/06/2008 08:20

Ce type est dingue, il quitte la Chine en nous laissant comme des cons...enfin pas trop puisque a mes yeux il a inventé le concept d''anar-chines", un truc encore a creuser qui pourrait définitivement relancer l'idée d'anarchisme et notre vision de la chine dans le même temps mais je lance l'idée comme çà, a creuser par les générations futures et pour toi petit étudiant en lettres qui digére ta biére et ton saucisson sec beurre en regardant marcher les filles quartier Gobelins, il faut te remettre a l'ouvrage a présent,ah tu t'endors a présent, et bien, je le fairai ce travail fainéasse !

jeanne 15/06/2008 19:09

Bonjour GuillaumeUn grand merci pour tout ce que j'ai pu lire de vous, au sujet de cette autre immense planète qu'est la Chine à mes yeux.Je pense que vous n'avez pas une sagesse précaire, juste une agréable légèreté de jeune homme qui prend de l'âge...Avec mon estime,Bon(s) vent(s) à vous pour tous vos projets

ebolavir 14/06/2008 14:10

"Payer en renoncement", j'essaie d'expliquer: celui qui a des charges ne peut pas partir, donc il n'a pas la douleur de renoncer a ce qu'il a (une epouse, des amis, l'endroit qu'il aime ...); celui qui n'en a pas, le sage precaire donc, peut partir et doit renoncer a ce qu'il a. De toute facon, depuis le peche originel, il est interdit a l'homme d'etre heureux. Dieu lui a dit, en le chassant du Paradis Terrestre "Je continuerai de te combler de mes bienfaits, mais desormais tu paieras." Chacun selon ses moyens.

Guillaume 13/06/2008 01:02

Bien sûr, ma petite Neige, je passerai te dire au revoir.

Neige de Pays de Neige 12/06/2008 17:00

Bonjour Guillaume,
Comme tu dis, tu as fait le coup plusieurs fois, et c'est cette fois-ci que je peux te dire tout tranquillement "au revoir".
Si tu as envie et que tu as le temps de passer à Nanjing avant ton départ, tu seras le bienvenu, tu le sais.
Tous mes souhaits pour toi.
Neige