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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 01:21

L'architecte sino-américain a conçu le nouveau musée en s'efforçant de reprendre des motifs de l'architecture traditionnelle chinoise, et de les agencer, de les transformer, de les fusionner dans une construction contemporaine. Le résultat, s'il est intéressant par endroits, est décevant.
Pourtant, le voyageur y va le coeur léger, au milieu d'une journée plutôt joyeuse, où il a réuni tout ce qu'il aime. Le voyageur est prêt à s'enthousiasmer pour un peu n'mporte quoi, mais le sentiment général qui s'impose est une sorte d'ennui. Des formes géométriques qui peinent à donner une idée d'harmonie et de vertige. Quelques photos parviennent à capter des points de vue d'où l'on a une imression de géométrie spiritualisée, mais quand il s'y promène, le voyageur ressent surtout l'atmosphère qui se dégage des bâtiments administratifs français, des collèges de province, des bibliothèques municipales des Villes nouvelles. Sans mentir, je ne me suis jamais cru aussi proche de Villefontaine, voyez, ou de l'Isle d'Abeau, alors que j'aurais dû être transporté dans une expérience aux confins de la Chine éternelle et du postmodernisme. Peut-être cela signifie-t-il que l'Isle d'Abeau est plus classe que ce que j'avais imaginé...


Les portes, par exemple, ont cette forme pointue qui, même en se répétant et en se démultipliant, restent lourdes et sans grâce. Mis à part quelques endroits réussis, l'ensemble donne un goût de fadeur, de manque d'inspiration. On imagine l'architecte bâcler ce travail à coups de crayon rapides, afin de se consacrer à d'autres projets plus lucratifs, et laisser ses crobars aux mains des stagiaires de son atelier pour le réaliser. Puis on imagine les compromis qu'il a fallu faire pendant les travaux pour arriver à un résultat convenu qui va vieillir extrêmement vite.
A la sortie, je vois une jeune femme qui attend un taxi. Je lui demande où elle va, et comme nous allons au même endroit, la gare, nous partageons un pousse-pousse. Je raconte cela pour montrer que j'étais dans une excellente humeur, absolument pas grognon, comme je peux l'être parfois, et que mon jugement sévère sur le musée n'est dû qu'à l'architecture elle-même. La fille a 26 ans et elle termine ses études d'architecte. Elle retourne à Nankin, où elle habite. "Nankin ? Mais j'y ai vécu deux ans! Quelle coïncidence." Elle avoue qu'elle n'a pas beaucoup aimé le musée non plus. L'architecture chinoise, dit-elle, ne s'adapte pas à l'architcture moderne. De toute façon elle s'en fiche, elle veut changer de formation, elle pense qu'être architecte en Chine est trop difficile.



Restent les expositions et les collections. En ce moment, je recommande la visite du musée pour ces curieux cloisonnés, dont un homme d'affaire de Hong Kong a réuni une collection unique au monde. Une autre exposition est très intéressante : une série de photos de Shanghai, de la région entre Shanghai et Nankin, et d'autres endroits de Chine, datant des années 1840/1850, par des voyageurs suisses.

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Published by Guillaume - dans Monuments
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commentaires

François 04/06/2008 18:51

C'est vrai qu'elle est charmante cette beauté du Jiangsu, mais Luluc, c'est du poulet ? (je ne parle même pas de Spring...mais Luluc quand même...)

Rosa 04/06/2008 09:24

Toujours contente de découvrir un blog intéressant sur la Chine.Pays que j'aime beaucoup et où j'ai eu le plaisir d'aller plusieurs fois.En septembre dans le Guizhou

Ben 31/05/2008 15:56

Ah oui, l'"autre" Neige, alors ?Est-ce donc Pei qui a fait tous ces trucs, le musée de Suzhou, la pyramide du Louvre et la tour Jin Mao ? il n'y a donc qu'un seul architecte moderne et de tradition chinoise ? As-tu d'autres exemples de réalisations modernistes et d'inspiration chinoise ?

Guillaume 30/05/2008 13:58

Une photo de la "fille simple", il y en une que tu as vue bien des fois : c'est celle de la bannière du blog "nankin en douce".
Le vide de la tour Jin Mao n'est pas spiralé, mais seulement cylindrique. Pei a plutôt voulu mettre à profit la forme, ou le volume, de la pyramide, mais sinisée, et ça ne fonctionne pas aussi bien qu'au Louvre. Au Louvre, nous avions un peu cassé notre tirelire, et je crois que cela paraît.

Ben 30/05/2008 13:22

Quand on regarde la photo du portail du musée, on a l'impression que l'architecte a repris un thème traditionnel de la pire maniere qui puisse être : en adoptant un lieu commun ( les toitures à la chinoise ) avec des matériaux modernes. On est un peu au niveau du type qui colle une statue gréco-romaine en ciment dans le jardin de sa villa. a l'opposé, je pense qu'on peut adapter l'architecture chinoise à l'architecture moderne, mais il faut partir du concept, de l'essentiel, du raport entre le plein et le vide, pas d'un détail pittoresque reproduit artificiellement. en ce sens, la tour Jin Mao dont tu parlais pourrait paraître plus authentiquement chinoise qu'un portail en verre et en béton reproduisant la forme le lieu commun le plus éculé de l'achitecture chinoise traditionnelle.Cela dit, moi, la forme spirale de la tour Jin Mao, ça me gêne un peu. Une spirale, ça monte vers le ciel ; le vrai vide originel est sphèrique, pas cylindrique. et, en même temps, si je me faisais construire un pavillon, j'adorerais peindre la charpente en rouge avec des angles de toit qui remontent. Et je m'arrangerais pour qu'il y ait un peu de brume accrochée aux bambous pour faire ressortir l'étendue du vide avoisinant.