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26 mai 2008 1 26 /05 /mai /2008 20:48

Un couple d'amis français vient d'accoucher d'un petit d'homme, au coeur de Shanghai.  Plutôt que d'aller dans un hôpital occidental, ils ont choisi un hôpital chinois de bonne réputation, qui possède un étage VIP. En Chine, il y a un peu partout des coins VIP (et, plus généralement, la notion de privilège imprègne les pratiques quotidiennes et les rapports à l'espace, dans la ville comme dans les vies).
Moi qui suis une petite nature, le récit de l'accouchement m'a fait défaillir. Il m'a fallu boire deux bières pour m'en remettre et me tenir sur mes jambes.
Il semblerait que les Chinoises accouchent différemment des autres. On dit (mais c'est peut-être une connerie, moi je répète ce qu'on me dit) qu'elles optent pour les césariennes, que c'est extrêmement courant en tout cas. Pour cette raison, les infirmières manqueraient d'empathie pour la souffrance des étrangères qui accouchent par voie naturelle. En général, mes amis reconnaissent que le personnel était professionnel et que les bonnes décisions ont été prises au bon moment, mais ils sont restés choqués du peu d'attention qu'on leur a témoignée, du manque d'explication, de suivi, de soutien, de chaleur. Dans les heures de douleur, les infirmières gardaient ce sourire chinois que l'on reconnaît bien et qui peut être si dur à supporter, même lorsque l'on sait que ce n'est pas un sourire méchant. Un sourire qui s'affiche devant le malheur des autres, et qui semble aux Occidentaux être une moquerie, mais qui n'est certainement qu'une réaction de gêne. Par ailleurs, des femmes qui accouchent, elles en voient des centaines et, généralement, les femmes chinoises sont prises en charge affectivement par la famille.
Lorsque le bébé est né, les femmes chinoises restent un mois au lit. Pendant la grossesse, elles mangent un oeuf tous les jours, et après l'accouchement, elles boivent du lait. On reconnaît bien là les principes de médecine traditionnelle, fondée sur la ressemblance des éléments : vous voulez être forts, mangez des couilles de taureau ; vous voulez calmer votre feu intérieur, prenez-moi de cette poudre de serpent ; vous êtes enceinte, consommez des oeufs...
Les étrangers restent étonnés par le fait que les femmes chinoises gardent le lit un mois. Les raisons sont variées, je suppose que la cicatrisation due à la césarienne y est pour beaucoup, mais ce n'est jamais la raison que les Chinois invoquent quand ils m'en parlent. Généralement, on me dit que c'est la tradition, les recommandations des docteurs et des grand-mères.
Puis les Chinoises retournent au boulot, et alors, se passe un phénomène extraordinaire : elles perdent tous leurs kilos superflus en quelques semaines! Elles avaient doublé de volume pour engraisser le petit empereur, et elles se retrouvent toute pimpantes, légères et fines un mois plus tard.
On ne m'enlèvera pas de la tête que sur cette question, comme sur d'autres, nous devrions observer de près nos amis chinois. 

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Published by Guillaume - dans Santé
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Guillaume 12/06/2008 15:42

Chère Yuxia, Nietzsche disait la même chose que ta mère, comme quoi...
Très intéressant, ton témoignage sur les césariennes.

Yuxia 11/06/2008 16:25

Je ne connais pas trop de choses à l'accouchement, mais j'en entends parler beaucoup. Selon ma mère, c'est une occasion de renaître une bonne santé de femme. C'est à dire, si une femme ne va pas très bien du au système intérieur, l'accouchement d'un enfant et le repos d'après peuvent l'aider à renouveller son corp. Ceci m'a beaucoup étonné, pourtant il y a pas mal de cas autour. Par contre, si ce mois de rétablissement ne se passe pas bien, certaines maladies pourraient s'enraciner et se révéler plus tard.
A propos de la césarienne, de plus en plus de médecins la déconseillent dans la région natale en expliquant des mauvais effets causés par l'anesthésie. Du coup, les futures mamans sont très courageuses d'essayer l'accouchement naturel. Or, comme elles gardent toujours une autre option dans leur tête, beaucoup y rénoncent en demi-chemin et appellent sur le tas un secour par la césarienne. C'est le cas d'une des mes cousines et de beaucoup d'autres qui partagaient avec elle la même chambre.

Guillaume 08/06/2008 05:09

Merci Agathe pour ce beau commentaire. Cela nous éclaire sur le bon sens des coutumes chinoises. Je suis étonné, en revanche, du fait que les femmes n'osent pas avouer leur fatigue post accouchement,cela en dit long sur les illusions qu'elles entretiennent sur le regard que nous sommes censés poser sur elles.

agathe 07/06/2008 23:06

Bonjour Guillaume,Puisqu'il s'agit d'accouchement, je vais faire ma connaisseuse, tout en m'efforçant de ne pas faire trop ma maline.En fait, dans la tradition française ( et européenne) il y avait aussi autrefois une période longue pendant laquelle la femme restait couchée, avec pour seule tâche l'alaitement du bébé. Les autres femmes, voisines, mères, soeurs et belles-soeurs assuraient pendant ce temps le travail domestique de la maison, en même temps qu'elles réconfortaient la maman. Cela durait de trois à six semaines et s'appellait les " relevailles".Il n'y avait pas de lait maternisé bien sûr et il était crucial que la mère réussisse à alaiter son enfant. Si elle "échouait", une autre, nourrice de son état, pouvait la relayer mais cela compliquait toute l'économie familiale, surtout dans les familles pauvres ( chez les riches et les nobles d'ailleurs, les femmes, c'était assez dramatique, ne pouvaient souvent ni alaiter, ni élever  et dorloter l'enfant, cette basse tâche étant réservée aux domestiques).Il faut bien dire que la période qui suit l'accouchement est terriblement difficile, bien que belle. C'est épuisant de fabriquer un enfant et d'accoucher.  Perte de liquides vitaux,  chute hormonale, effort sportif que représente l'accouchement : c'est un exploit unique, il faut le vivre pour comprendre cela. En outre, les femmes sont souvent très génées de leur état et n'osent ni se confier, ni avouer qu'elles sont fatiguées ( je l'ai constaté avec TOUTES les mères que je connais !) . Elles sont abandonnées à leur état, selon moi. Comme si la société actuelle n'acceptait que des femmes jeunes, belles, minces, en forme. Souffrir, dans cette perspective et être fatiguée, est une faiblesse, qui, pour n'être pas admise, ni par la femme, ni par l'ensemble de la société, est d'autant plus difficile à assumer ; il ne faut pas s'étonner, dans ce contexte, de la multiplication des dénis de grossesse et des IVG ( ces enfants désirés mais impossibles à avoir).J'ai cru mourir après Jacques. Pour lui comme pour Gaspard, je n'ai pas pu, faute de forces suffisantes, poursuivre un alaitement complet au delà de quelques semaines ( je le désirais pourtant fortement). Après cela et pendant que je le vivais, je me suis posée intensément la question : comment faisaient les femmes qui, autrefois, n'avaient pas la solution des biberons de lait maternisé ?Diverses lectures, films sur le sujet m'ont montré qu'en fait, elles ne faisaient rien d'autre qu'alaiter, dormir et manger, jusqu'à l'installation solide de l'alaitement. Ce modèle des relevailles, je m'en suis servi à la naissance de mon petit dernier, Guillaume. Je suis resté au lit trois semaines, en me relevant progressivement et en ne faisant presque rien. Ben était complètement d'accord et a très bien assuré la gestion du quotidien, grâce au congé de paternité. Il savait que cela se passerait mieux ainsi pour tout le monde. Guillaume a finalement été alaité 13 mois. L'enseignement du passé est excellent parfois... La Chine est un pays dont les traditions sont imprégnées de sagesse, j'espère qu'elle les gardera en deçà de sa modernisation galopante. Pour une sinologue fameuse que j'ai entendu l'an dernier sur France Cul., c'est le cas, ça le restera et c'est la force de ce peuple.Sinon, par rapport aux kilos facilement perdus, nous ne sommes pas toutes égales et c'est une question de constitution physique : cela s'explique autant par des facteurs génétiques que par l'alimentation, selon les études scientifiques récentes portant sur ce sujet.

sisi 29/05/2008 08:54

Oui connaissez vous le nom d'un ouvrage de médecine chinoise (en français)