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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 11:50

Comment les Chinois perçoivent-ils l'aide des pays étrangers pour la gestion de la catastrophe actuelle ?
J'avoue ma naïveté : je ne m'attendais pas à ce qu'elle fasse l'objet de suspicion, de gêne ou de rejet. J'ai donc été surpris d'entendre que si Pékin a finalement accepté cette aide, c'était pour des raisons diplomatiques, pour ne pas mécontenter les étrangers.
Ce que j'ai entendu n'aurait peut-être pas dû m'étonner, c'est la marque d'une population qui n'a pas l'habitude de vivre dans une communauté internationale. "La Chine n'en a pas besoin ; nous avons assez de bras, assez de technologie et assez d'argent pour faire face à ce malheur."
Un virulent agacement agitait mes amis, qui voyaient chez les Français un air de grands seigneurs qui voudraient qu'on s'agenouille parce qu'ils envoient un petit chèque et quelques couvertures. L'idée que chez nous, à l'Ouest, lorsque nous connaissons une catastrophe naturelle, tous les pays voisins se mobilisent et offrent une aide que l'on ne refuse jamais, ne les avait pas effleurés.
Tout devenant un enjeu nationaliste, ils ont peur d'être pris pour des imbéciles, même et encore dans le plus grand trouble. Les Japonais risquent de se moquer d'eux, les Français veulent faire oublier leur maladresse, les Américains vont chercher à obtenir des informations, et, pire que tout, phobie des phobies, la présence d'étrangers va produire du chaos. Les étrangers n'ont donc aucune pitié ?
La sentimentalité des Chinois est rudement mise à l'épreuve. Il ne faut pas leur en vouloir, ils sont à cran, il y a trop de choses à digérer en même temps, trop de changements trop rapides et trop bouleversants. Un monde nouveau à comprendre, et, avant de le comprendre, à construire, et à reconstruire.
Là-dessus, la lecture d'articles de presse qui font planer un doute et un calcul sur la gestion des événements par le régime, l'impression constante qu'on les méprise, la comparaison que l'on fait avec la Birmanie, leur donnent envie de dire : "Reprenez-les, vos couvertures, on s'en sortira sans vous."
Mais nos conversations restent courtoises, elles ne débordent pas, nous continuons de nous apprendre des choses les uns aux autres, dans un climat de respect et d'affection, et c'est le plus important.

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Published by Guillaume - dans idées
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guillaume 26/05/2008 03:41

Très juste, Mchel, mais cela montre la distance à parcourir avant d'avoir confiance en ses voisins, avant de ne pas être humilié par le seul fait que des collègues vous viennent en aide dans des moments d'urgence.

michel jeannès 24/05/2008 10:20

Un B-A-BA en thérapie est de laisser l'autre formuler une demande. Plutôt que proposer une aide et envoyer des couvertures et des vivres d'autorité, il conviendrait peut-être de signifier cette possibilité d'aide si besoin. Chaque peuple a le droit de prendre soin de sa souffrance à sa guise.

clic 23/05/2008 10:56

Oui, j'avoues avoir été souvent dérouté par les: "vous ne comprenez pas, dans nos montagnes, personnes ne peut passer saufs nos pilotes d'hélicoptères, les européens n'ont pas de grande montagne, ils vont pas y arriver". Ou encore "vous ne parlez pas chinois, vous allez ralentir nos sauveteurs plutôt que nous aider".Même sentiment un peu étrange à Toulouse lors d'une veillée pour les morts du sichuan: un chinois tient haut et agite un grand drapeau chinois. J'ai eu envie de lui expliquer qu'un drapeau en Europe, dans cette situation, se met plutôt en berne, mais je n'ai pas osé (j'ai appris depuis que les drapeaux chinois en berne ne sont pas pliés, simplement ils sont positionnés moins haut sur le mât, apparament). De fait, cela donnait un côté un peu surréaliste à cette manifestation qui laissait les passants songeurs: ils manifestent contre le tibet ou quoi?