
Photos Cécilia de Varines
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Les cadrages se réduisent parfois à une rigueur de lignes extrême. Une rectitude implacable qui en impose
considérablement au voyageur. Le jardin Yu, qui se caractérise par ses volutes, ses nuages de pierres, sa matière dilatée, ses conflits dynamiques entre architecture et éléments naturels, le foisonnant jardin Yu devient par
moment austère, sévère, à la limite de l'abstraction japonaise, et proche de l'esprit de l'architecture moderniste.
Cet arbre droit, derrière la fenêtre, repose l'esprit du voyageur qui a été confronté depuis deux heures aux formes tortueuses, aux mouvements des
poissons, aux rêveries curvilignes. Mur blanc sur mur blanc, la composition redonne confiance dans l'immobilité des choses. Seul le bambou rompt discrètement avec la stricte alternance entre
verticalité et horizontalité, et raffraîchit le moment de silence et de méditation monacale auquel ce lieu invite.
Il n'y a pas que les ouvertures qui sont variées et changeantes, il y a aussi ce que l'oeil regarde au loin. L'aménagement de zones
d'ombre près de soi et de zones lointaines éclairées, attirant l'oeil. Les fenêtres et les portes permettent donc de redoubler la circulation du promeneur, en ajoutant le réseau des lignes
de vision aux courbes labyrinthiques de la marche.
Il arrive que le voyageur confonde ces fenêtres avec des miroirs. La répétition des motifs architecturaux, des grilles
ornementales, des toits, aident à cette confusion. D'ailleurs, elles sont un peu des miroirs, puisqu'elles donnent toujours à voir l'intérieur du jardin ; les fenêtres d'un jardin
chinois est un lieu d'où le jardin se contemple lui-même, par où la concubine voit une autre concubine. Pour le maître des lieux, en revanche, nul besoin de réflexion puisque l'oeil
n'a aucune échappée vers l'extérieur.
Le maître jardinier connaît l'art des distances. Grâce à des portes, des zigzags et des éclairages variés, il fabrique des
machines de vision qui démultiplient les capacités de l'oeil nu. Choses lointaines cadrées par des fenêtres proches, ou cadres lointains mettant en valeur la concubine qui, là-bas, ne
se doute pas que deux yeux noirs la regardent.
par Guillaume
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