Les vieux maîtres jardiniers cultivaient l'art du cadrage, des siècles avant la photographie. Parfois, ils dressaient des murs et des écrans pour le seul plaisir
de mettre en valeur ce qu'ils plantaient derrière. Ils pouvaient élaborer des arrangements floraux complexes, créer des illusions entre le minéral et le végétal, et ne proposer aux promeneurs
qu'une ouverture carré qui n'en montre qu'une petite parcelle. L'oeil reconstituera, ou pas, l'ensemble du paysage.
Cette photo a été prise au jardin Yu, de Shanghai. Elle me fait irrésistiblement penser au cinéma, aux paysages de westerns américains. L'éclairage du soleil de mi-journée donne une illusion de
profondeur qui me ravit. Voilà un moment de repos qui met le voyageur à distance. Parfois, on entre dans un jardin comme dans un intestin. Parfois, comme ici, il fait le spectacle en nous
laissant dehors, en nous en séparant par un cadre.
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