Plusieurs Français sont arrivés récemment. Une petite stagiaire (les stagiaires sont souvent qualifiées de petites, je crois ; je n'en suis pas certain car c'est la
première fois que j'en ai une sous ma responsabilité) et un couple d'amis que j'héberge.
La petite stagiaire a dû aller plusieurs fois à la police pour s'enregistrer, et le nombre de papiers à fournir m'a fait pâlir. En plus du passeport, toute sorte de certificats d'hébergement, de
papier concernant le propriétaire du logement qui accueille l'étrangère.
Je craignais de devoir passer une journée ou deux au commisariat, puisqu'à ma vieille habitude, je n'ai jamais tous les papiers requis en règle.
Je me renseigne à l'accueil de ma résidence (sorte d'hôtel pour résidents étrangers travaillant à l'université Fudan), où la dame m'explique qu'a priori non, je n'ai pas à aller voir les forces de
l'ordre et de la paix harmonieuse. Je demande une ferme confirmation en étouffant ma joie. Nous appelons les bureaux des affaires étrangères de la fac qui confirment. Un scan des passeports de
mes amis suffira.
Déjà, la veille, quand ils étaient arrivés, mes amis n'avaient pas eu à signer de papier à l'hôtel, alors que d'habitude, dès que quelqu'un reste dormir chez moi, il faut remplir des
formulaires.
Dans un contexte tendu dont tout le monde dit qu'il faut être vigilant, aller à la police, respecter la loi, ne pas se laisser séduire par des extases tariffées, voilà des Français, artistes de
leur état qui plus est, donc potentiellement terroristes, laissés tranquilles dans le domicile précaires mais protégés d'un professeur à la petite semaine.
C'est à n'y rien comprendre et à perdre foi dans le système bien huilé de l'administration totalitaire. J'ai envie de dire : "réveillez-vous les policiers du ouèbe, et venez mettre au clair la
situation de ces mangeurs de tripes."
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