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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 12:16

Le poète a fait une promenade entre les différentes façons de se souvenir et de faire vivre la mémoire, chez Baudelaire, Nerval et Proust. Textes à l'appui, pour éviter d'être trop général, devant un public qui, s'il connaît quelques poèmes de Baudelaire, n'a jamais lu Nerval et ne sait de Proust, généralement, que le fait qu'il était homosexuel et qu'il écrivait des phrases trop longues, Gérard macé a fait un cours de littérature comparée assez magistral. Sans concept technique, sans théorie universitaire, il a intérprété succinctment des passages des uns et des autres pour amener les étudiants à apprendre à lire, dans les mots des autres, leurs propres expériences du sommeil, de la sensation et de la réminiscence.
Ce qui est beau, dans la vie de Macé, c'est qu'il n'a jamais été universitaire. Il a enseigné le français dans un lycée technique, sans avoir à s'encombrer de prose académique, et il a écrit des poèmes, des promenades, des "choses vues" des "choses rapportées", des choses lues. Petit à petit, il s'est fait un nom, puis il a obtenu des prix littéraires (Médicis pour Ex Libris), et il a inspiré des chercheurs et des critiques de premier ordre (J. Starobinsky et J.P. Richard ont écrit sur lui). On a fait appel à lui pour écrire des préfaces.
Ce qui est beau, aussi, c'est sa manière de ne pas écrire. Il n'a jamais de stylo avec lui et ne prend jamais de notes. Il n'a pas écrit ses conférences pour les étudiants de Fudan car il s'en dit incapable. Huang Bei a donc fait l'interpète sans filet, avec pour seule préparation les quelques textes prévus à cet effet. Il ne connaît pas l'angoisse de la page blanche car il ne se met jamais devant une page blanche, sans avoir déjà des phrases qui se sont formées dans son esprit et qu'il peut retenir par coeur. Il se récite des phrases, il les rumine, les remâche, les modèle de l'intérieur avant de les inscrire sur un écran ou sur du papier. Après, dit-il, c'est un travail d'artisan, de finissage et de polissage.
Il n'est pas parti sans offrir au département de français quelques livres. Des recueils de poèmes, des récits de voyage (Illusions sur mesure), des critiques sur Proust (Le manteau de Fortuny) et sur Nerval (Je suis l'autre), et même des livres de Nerval dont il a écrit la préface. Pour nous, au département, ce sont des cadeaux inespérés et précieux, car les universités chinoises ne commandent pas de livres français, et que toute bibliothèque francophone, ici, se constitue par dons, par extractions, par soutirages, par suppliques, et même, parfois, par photocopillages.
Macé, toujours accompagné de sa femme, est ensuite parti pour l'inauguration de la "fondation Victor Segalen", dans un village du Zhejiang. Après quatre jours de conférences et de discussion, il n'aura pas chômé et je serais très surpris qu'il ne soit pas sur les rotules à la fin de ce week-end.  

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Published by Guillaume - dans gens de lettres
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François 12/04/2008 14:55

pARDON sAINT pAUL ROUX ! J'AI CONFONDU AVEC Paul Louis Rossi qui passait souvent dans la même emission la nuit sur France Culture avec Alain Veinstein, peut-être qu'il passe encore d'ailleurs... je n'écoute plus France Cul depuis un moment mais ses passages m'avaient frappé à chaque fois par sa simplicité et sa façon trés humaine, trés humble et trés franche de parler de la littérature. Le coté artisan est trés vrai, trés bien vu, c'est ce qu'on ressent chez d'autres écrivains français comme  Delerm,Djian,Bergougnoux, Michon , Bon , Noel, Jaccotet, Bonnefoy,etc...  Ils ne sont pas vraiment "artisans" mais y ressemblent, il y'a un coté "paysan" parfois qui est pas mal du tout, que j'aime vraiment bien.

François 12/04/2008 14:39

Un beau billet pour un grand monsieur qui prouve que la "carriére littéraire" n'est pas forcément égale à "carriére universitaire".Comme un Michon (il est de la même génération je crois) il "donne envie". Il m'a fait connaitre Paul Louis Roux.