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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 00:42

J’entends souvent dire qu’avec internet, c’est la fin du off, la fin de la séparation entre privé et public, etc. Très bien, alors je vais balancer méchamment.

J’étais au restaurant avec trois amis, mais comme c’est internet, je vais divulguer les noms, je prends le risque.

J’étais chez Jean George, restaurant excellent où je me rendais pour la troisème fois, avec, je cite de mémoire et par ordre alphabétique, Aloïs, Arthur et Grégoire. Voilà, je me fous des conséquences, c’est la force d’internet, c’est le risque des blogs, la splendeur du cyberjournalisme.

J’irai plus loin : Arthur et Aloïs venaient de s’acheter un e-phone et tripotaient leur superbe appareil, tandis que Grégoire, rongé par la jalousie, car il possédait une version vieille de six mois d’un super téléphone pas aussi classe que l’e-phone, gérait comme il pouvait les effluves et les vapeurs, dues à une soirée qui ne s’était terminée que quelques heures auparavant.

Moi, au contraire, je m’étais préparé pour être concentré sur la nourriture et la boisson, car je suis plus attaché qu’un autre aux choses de la fourchette, du palais et de la mécanique gastrique. Je m’étais levé à 7h30, et avais mangé jusqu’à 9h00. J’étais, par conséquent, parfaitement au point pour profiter d’un déjeuner de qualité sur le Bund. A 13h00, la digestion était faite, je n’avais ni trop ni trop peu faim. Le bon équilibre.

Nous demandons à parler au sommelier. Un Français approche et nous parle des fameux vins chinois dont on parle tant. Les vins de « Grace Vineyard » bénéficient d’une bonne réputation. Des collègues m’en ont parlé, un homme d’affaire français y consacre un billet sur son blog, des émissions de télévision ont été faites autour d’eux. Ils concurrencent, paraît-il, les vins européens. Le sommelier est un peu gêné, il nous dit que ces vins sont « bien faits ». Il ne sort pas de ce vocabulaire peu engageant : « Non non, c’est tout à fait sympathique. Il est bien en bouche, il a de la rondeur… Il manque peut-être un peu de structure mais, pour un vin chinois, c’est tout à fait intéressant. Les blancs surtout… Les rouges, c’est autre chose. » Mouais. Qu’est-ce qu’on fait, les mecs ? Je pose quelques questions techniques au sommelier qui ne sort pas de sa réserve polie. « Si vous voulez, dit-il, je peux vous faire goûter le chenin blanc et le chardonnay. Vous pourrez comparer. » Très bien, goûtons voir si le vin est bon.

Le chenin blanc est une exclusivité Jean George. Vous le saurez, si vous voulez boire ce qui se fait de mieux en vin blanc chinois, il faudra venir chez Jean George, ce qui, je vous le dis tout de suite, est plutôt une bonne chose à faire si, comme moi, vous attachez plus d’importance à votre palais qu’à d’autres parties de votre anatomie. Nous goûtons les deux blancs de chez Grace Vineyard et nous prenons le chenin blanc pour l’apéritif. Il est 13h30 et notre sommelier fronce imperceptiblement les sourcils, sans se départir d’un sourire professionnel. Quelque chose lui dit que nous allons rester un peu longtemps.

Grégoire trouve que le vin a des bulles, mais à part cela, tout le monde est satisfait du chenin blanc. Nous commandons. Je conseille à mes amis le foie gras brûlé et le filet de bœuf, que je trouve succulents. Grégoire, dont on ne sait jamais tout à fait s’il est avec nous ou s’il flotte dans les réminiscences des bacardi-cokes étoilés, préfère une soupe aux champignons avant le bœuf. De mon côté, j’opte pour la salade de crabe et une pièce de veau. Je ne serai pas déçu du voyage.

Nous arrosons les plats de résistance d’un rouge du même producteur chinois. Il ne sera pas dit que nous n’avons pas essayé, et j’avoue que j’étais très curieux d’en avoir le cœur net. La bouteille de merlot n’a pas eu le même succès. Arthur l’a trouvé excellent à la première gorgée mais a émis des réserves au fur et à mesure que le repas tirait  vers la fin. Aloïs ne disait rien – mais en même temps, Aloïs ne parle jamais beaucoup, alors son silence est difficile à interpréter – et Grégoire a finalement admis que son gosier était matelassé de telle façon que les liquides ne pouvaient pas être distingués d’un quelconque cocktail de boîte de nuit.

Le dessert a mis tout le monde d’accord. Le grand classique des desserts : le « Jean George Chocolate Cake », qui fond et vous réchauffe le cœur, qui vous rend meilleur homme et plus indulgent avec vous-même, à défaut de l’être avec les autres.

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Published by Guillaume - dans saveurs
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commentaires

Guillaume 15/04/2008 13:47

Ebolavir, je ne vis pas dans le luxe pour oublier que je suis pauvre mais pour en profiter. Cela ressemble à un sophisme mais ce n'en pas un, pas seulement.
Grégoire, l'histoire arrivera plus tard, quand j'aurai photographié la bouteille que le sommelier nous a donnée!

gregoire 15/04/2008 04:20

mon cher guillaume, tu sembles un peu amer a l'evocation de ce dejeuner. Certes on n'y a pas parler business autant que le cadre l'aurait voulu, mais bon, on commence presque a s'habituer a tout ce luxe. La prochaine fois: tasting menu aux platanes, toutes nos papilles feront grace aux escargot truffes. Il faut bien admettre que le steack du Jean Georges n'est pas mauvais mais enfin, si c'est cela la grande cuisine  .... :)Surtout, j'aurai mentionne l'episode de l'etiquette de vin et de l'erreur suppose du sommelier:  ce n'est pas tous les jours qu'on est pris pour un critique du Gault et MillaudGregoire "je sais pas si c'est du vin ou du champagne mais en tout cas il ya des bulles"

ebolavir 14/04/2008 03:45

Ah, la civilisation ! Comme disait un penseur cher "pour que la bonne cuisine existe, il faut des riches." Mes amis qui se lancent dans la boulangerie-pâtisserie française à Pékin s'interrogent: faut-il faire plein de croissants à 3 yuans pour la foule qui descend du bus devant la boutique, ou des gâteaux follement chers pour celles qui enverront leur chauffeur se garer après les avoir déposées au pied de la terrasse ?
Mon ascendance populiste me faisait pencher vers la cause des bons produits pour les pauvres. Mais le discours de Guillaume, qui est pauvre et vit dans le luxe pour l'oublier, me fait hésiter.

François 13/04/2008 16:13

Ah quand même , 500 yuans...autant bien bouffer à Paris à ce prix la...,remarque on a pas la vue sur le bund ce qui change tout quand même et puis shangai reste shangai.Quand au bacardi-coke c'est une sorte de "cuba libre" à la chinoise si je comprend bien, car c'est la meme recette, '"l'étoilé' en moins

François 13/04/2008 10:10

Sympa vos petites soirées, et la chanteuse américaine avec tout çà, volatilisée dans les vapeurs de baidjiu je présume..Et le Pauvre Grégoire avec son gosier matelassé (c'est ce qui arrive quand on va trop au pieu ahahah)...Avec tout çà , tu ne nous dis pas ce que c'est qu'un "bacardi-cokes étoilés", ni à combien reviennent finalement ces petites sotteries entre amis...

Guillaume 13/04/2008 15:22


Ce n'était pas une soirée, mais un déjeuner. La chanteuse américaine s'est en effet volatilisée, en tout cas je n'ai plus le plaisir de la voir, et de tout façon, nous ne voulions pas de femme avec
nous, c'était un rendez-vous business/copains, sans emmerdement d'aucune sorte (je plaisante). Un bacardi coke, c'est du coca cola avec du rhum, "étoilé" c'est une touche de poésie, et ça nous a
coûté 500 yuans chacun (c'est pourquoi nous faisons la tournée des grandes tables à midi, quand c'est possible, car le soir, c'est le triple du prix).