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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 12:36
Dans le café où je corrige des copies, je vois de nombreux jeunes gens qui invitent de jeunes filles à boire un capuccino ou un latte. Pour beaucoup d’entre eux, c’est une expérience inédite que de passer tant de temps en présence d’une personne de sexe opposé. On voit sur leur visage et leurs gestes qu’ils font un effort considérable pour maintenir un bon niveau de communication. Ils ne sont pas là pour passer un bon moment avec un(e) camarade, mais pour trouver un mari et une femme. C’est donc une véritable épreuve pour les deux, dans les deux sens du terme. 

Ils se jaugent, s'évaluent, mesurent le niveau de vernis social, le taux de tolérance au silence, la capacité de divertissement, l'usage de l'argent.
Certains se débrouillent impeccablement, ils rigolent, se font des sourires charmants, ont déjà de la complicité, mais pour d’autres, c’est un calvaire, une galère. Ils ne se disent rien, ont échoué plusieurs fois à faire monter l'ambiance et finissent la journée sur les rotules, en passant par la case café comme un devoir.

Je ne suis pas sûr de savoir ce que représente pour eux le café occidental où ils vont. C’est un peu cher, c’est occidental et c’est du café, alors ce doit avoir une vague connotation de classe.

On voit que ce sont des couples sans expérience quand ils restent moins d’une demie heure. Les autres Chinois rentabilisent le prix du café en restant l'après-midi entier à bavarder, à regarder leur ordinateur ou à lire. Mais pour ces couples en devenir, quand la fille n’est pas plus dégourdie que le garçon, une fois la boisson consommée et la sueur au front épongée, il n’y a, même en cherchant un peu, aucune raison de rester.

Je me mets à la place de ces jeunes hommes et je ressens leur malaise. Ils ont la même inexpérience du beau sexe que celle que j’avais à la puberté. On m’aurait dit, à 13 ans, que je devais trouver épouse, j’aurais été aussi peu loquace, aussi peu brillant, seul avec une camarade de classe, vue et connue depuis des années dans le cadre familier et peu érotique de la cour de récréation, de part et d’autre d’une table où je ne me serais jamais assis auparavant, et sirotant un breuvage étranger, amer et vainqueur, sans plaisir et sans idée de ce qu’il fallait entreprendre pour la suite.

Généralement, il suffit que je replonge dans une copie pendant quelques minutes pour que, relevant la tête, je ne vois plus personne à la table des amoureux en herbe.

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Published by Guillaume - dans saveurs
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commentaires

ebolavir 20/03/2008 03:55

Il y a ceux qui vont au Starbuck du Guoji dasha (c'est à Tianjin; le café le moins cher est à 13 yuans) et ressemblent à ça, mais il y a aussi ceux qui paient deux yuans pour avoir la paix au Jardin du Peuple (Renmin gongyuan pour ceux qui connaissent) en fin d'après-midi, et se caressent sur les bancs à l'ombre des allées couvertes, en évitant les agglomérations de retraités qui jouent aux cartes (c'est gratuit pour eux). Ceux du jardin ressemblent tout à fait aux jeunes Français du même age. Peut-être moins hardis (mais ma pratique personnelle date fort).

A part ça, l'adolescent moyen chinois, entre son dortoir de huit à l'université et sa chambre toujours ouverte dans le tout petit appartement de ses parents, a bien du mal à se trouver un coin d'intimité. Neige de Nanjing peut en parler. Pareil pour les adultes, dortoir de l'unité de travail et deux ou trois générations dans la même petite boîte à vivre. Pourtant le sentiment et le péché fleurissent comme ailleurs.

François 19/03/2008 17:53

Sans compter le symbole du phallique stylo rouge répandant, corrigeant (tiens , tiens prends çà), salissant et souillant les blanches copies de ces si... chastes (?) copies chinoises... Beau billet j'en babille.

michel jeannès 19/03/2008 16:43

Le capuccino, toute une symbolique érotique dans ce petit capuchon de crème!