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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 07:53
L’autre jour, nous discutons sur un article que je lisais dans Les échos. Une amie me dit : « Il ne faut pas trop faire confiance aux articles écrits par des étrangers. Les étrangers ne connaissent pas bien la Chine, ils ne connaissent pas très bien nos traditions, donc ils mélangent un peu tout. »

Elle me dit qu’en Europe, les gens lui posent des questions qui finissent par l’énerver, elle qui est d’un calme olympien. On lui demande si le régime politique est dur, si la vie est acceptable, si les Chinois sont heureux. Elle dit que les étrangers s’imaginent que la Chine est un pays horrible, où l’on met tous les journalistes en prison.

« Il faut les comprendre, lui dis-je. C’est vrai que les médias donnent une image globalement négative de la Chine, mais dans la mesure où c’est un pays sans liberté politique… »

Une autre amie prend la parole : « Sans liberté, tu exagères. Moi je me sens parfaitement libre.

- Pourrais-tu écrire sur internet ou dans un journal que le Tibet ou Taiwan ont le droit à l’indépendance ?

- Non, puisque je ne le pense pas.

- Mais imaginons qu’un Chinois veuille le dire, c’est une hypothèse, est-ce qu’il serait autorisé à le faire ? »

A cette dernière question, je ne crois pas qu’un seul Chinois pousse la naïveté au point de répondre par l’affirmative. En revanche, ils trouveraient vraiment loufoque qu’un compatriote puisse penser de telles énormités.

Moi, grosso modo, je trouve que les étrangers font un assez bon travail d’information et de recherche sur la Chine. Des dossiers dans les hebdomadaires, avec des points positifs et des choses inquiétantes, ou même révoltantes, mais qui donnent envie d’aller vivre quelque temps dans ce pays. Les livres plus sérieux tiennent toujours à donner la parole à des chercheurs chinois. Je ne dis pas que tel ou tel journaliste ne dit pas parfois de grosses bêtises, mais on se fait une idée en faisant des synthèses, et pour cela, je suis certain qu’on comprend relativement bien la Chine d’aujourd’hui.

Ceux qui dénoncent la presse étrangère donnent des exemples baroques, qu’ils prennent soin d’exagérer, et en tout cas de rendre invérifiables.

Les Tibétains se réveillent et risquent leur vie pour faire parler d’eux, pour rappeler au monde entier qu’ils sont opprimés. Est-ce qu’on en parle sur CCTV ? Dans l’agence Xinhua ? Si leur sort n’était pas tragique, je me réjouirais des manifestations des Tibétains. Plus je vis en Chine, plus j’admire les gens qui ont le courage de se lever pour dénoncer les injustices.

Les J.O. qui arrivent, je vous avoue qu’ils me soûlent déjà. J’ai donné à trente étudiants, au mois de janvier, une composition à écrire sur l’année 2008 qui venait de commencer. Tous, absolument tous les étudiants ont écrit que ces J.O. étaient l’événement le plus important de l’année pour la Chine. Tous, mais tous ! ont écrit que c’était l’occasion pour leur pays de donner une bonne image au monde entier. Ils ne se rendent pas compte que le fait même qu’ils disent tous la même chose, dans une belle harmonie, donne déjà une image déplorable.

On commencera à avoir une bonne image de la Chine quand on laissera les gens avoir des opinions divergentes, sans les écraser dans le sang, comme c’est le cas ces derniers jours au Tibet.  

Une bonne occasion de donner de soi-même une bonne image, mardi prochain : au procès de Hu Jia, le laisser libre et prononcer un discours humain qui ne mange pas de pain. Au contraire de cela, le jugement sera certainement sans pitié, les Chinois n’en seront pas informés et continueront de râler de la mauvaise opinion que les étrangers véhiculent.

 

 

 

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Published by Guillaume - dans Politique
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commentaires

Nico en Chine 19/03/2008 08:45

Je ne suis pas certain que les sentiments des chinois à l'égard de leurs dirigeants soient si clairs. Je n'ai pas rencontré beaucoup de chinois qui soutiennent le tibet/taiwan (mais il y en a quand même), mais je n'en connais pas non plus qui soient de fervents supporters du PCC, y compris parmis les encartés.

Guillaume 17/03/2008 15:25

Tu n'as pas tort, mais tu devrais préciser ce que tu veux dire. Faire une enquête sur la différence des opinions des Chinois en fonction de leur génération et de leur niveau socio-culturel, ce serait intéressant si on entre dans les détails, sur comment ils perçoivent les villes, les campagnes, les évolutions de la société... Mais la vision "paranoiaque" de l'histoire l'absence de sens critique envers le pouvoir, je crois qu'il n'y aura pas là de grandes surprises.

Ben 17/03/2008 14:48

"tous les Chinois Han", "un grand nombre de Chinois"... Quelqu'un sait-il ce que les Chinois pensent ? je ne vois pas de raisons pour que l'éditorialiste du Monde le sache mieux que quiconque, y compris un Chinois. Pas plus que moi, je ne sais ce que pense "un grand nombre de français". La génération au pouvoir en Chine,  ce sont des gens qui ont 50-60 ans ou plus, et ont tous connu la Révolution culturelle. Comment pourraient-ils n'en avoir aucun souvenir ? Et les gens qui ont 40 ans ont connu Tienanmen de plus ou moins de près. Bien sûr, on peut refouler un souvenir, le maquiller, quoi qu'il en soit ce genre de choses continue d'agir d'une façon plus ou moins  souterraine. Evidemment, le cocktail culpabilité/dénégation n'est pas quelque chose qu'on va mettre à découvert volontairement. Et il va se mélanger avec d'autres élément installés par-dessus. On le voit bien dans "le livre d'un homme seul", de Gao. Les jeunes, eux, ils regardent la télé, ils apprennent à l'école... Qui décide ce qui passe à la télé, ce qui est appris à l'école ? Les 50-60 ans ou plus. Personnellement, ce n'est pas à 20 ans que je me suis mis à avoir des idées politiques "pensées par moi-même", maintenant encore je me demande s'il y a quelque chose dans mon crâne qui n'y ait pas été mis.

Guillaume 17/03/2008 06:24

Je suis d'accord avec la fin de l'éditorial du monde. "Nombre de Chinois", ça veut tout dire tous les Chinois Han, moins une toute petite partie de gens qui aiment tellement la Chine qu'ils voudraient qu'elle change. Sinon, tous les autres font passer les idées politiques après le patriotisme, qu'ils ne distinguent pas une seconde du nationalisme.
1989 est maintenant complètement oublié, évacué, et les seuls souvenirs de l'histoire contemporaine qui restent fort présents, c'est l'invasion des Japonais.

Francois 16/03/2008 14:58

Encore une fois c'est une remarque valable pour les petits français ce que dit Ben de la génération chinoise élévés dans les années 80. Personnelement je me suis toujours senti plus a l'aise avec la génération des "seventies", plus d'affinités, plus de complicités pour dialoguer..c'est trés curieux comme phénoméne . La aussi, sur un cas comme ça les sociologues (a moins que ce ne soit des psys...) ont du pain sur la planche... Mais c'est troublant car je suis de 77 et parler avec quelqu'un de trois années de plus (donc 80 ou 81) me semble plus distant, me semble plus éloigné dans la façon de voir, de concevoir et vivre le monde que quelqu'un de trois années de moins (de 73 ou 74 par exemple). Faites l'essai autour de vous , vous verrez c'est vraiment troublant parfois. On dirait que la génération des 80 pour aller vite a integrer un truc que la génération des 70 ne digére pas ou n'a pas assimilé. Les enfants de Giscard contre génération mitterand pour caricaturer betement...Mais je dois me tromper lourdement, je ne parle que d''aprés mes expériences personnelles, c'était pour étayer sur le débat "générationnel" en chine sur lequel je n'ai aucun avis en particulier, sinon celui ci : qu'il existe peut-être une génération intermédiaire en chine de nouveaux super dirigeants (les trentenaires quadras actuels pur aller vite ou ceux qui ont vécu denxiaoping de pleins fouets) que l'on ne connait pas encore trés bien, pas encore trés discernables, car moins "charismatiques" idéologiquement et historiquement, à cheval sur la génération de la révolution culturelle et ceux de la nouvelle jeune génération.