Chines
Car ce qui est extraordinaire, c’est qu’on ne sait pas forcément que tout cela existe, même quand on vit à Shanghai, qu’on est étranger, qu’on est curieux, qu’on fouine volontiers et qu’on fourre son tarin un peu partout.
La plupart des résidents étrangers ne connaissent pas la Bibliothèque Zi Ka Wei, sinon elle serait pleine de Français venus feuilleter les vieux numéros du « Journal de Shanghai », une parution de l’entre-deux-guerres, cataloguée consciencieusement, et qu’on va vous chercher dans les archives sans rechigner. Même « L’écho de Chine », écrit et publié à Shanghai, dont nous avons tous les numéros postérieurs à 1897, les bibliothécaires nous autorisent avec grâce à le manipuler. Le papier est tellement vieux que le simple fait de tourner les pages un peu rapidement le déchire.
Cela nous change du vieux fonds de livres français de Fudan, que des pseudo bibliothécaires protègent comme le saint Graal dans la plus grande indifférence de leur détérioration poussiéreuse.
Ici, au contraire, vous demandez un livre au titre intrigant, Confucius en pull-over, de Maurice Dekobra (1934), aucun souci, un personnel diligent vous le pose cinq minutes plus tard sur la belle table en bois qui vous sert de bureau. Vous allumez la lampe art déco devant vous et vous glissez dans une lecture aristocratique pour pas un rond.
En allongeant les pieds sous la table, le voyageur se prend à rêver. Il se verrait bien chercheur dans des endroits haut de plafond comme ceux-là. Du bois un peu partout, un balcon pour prendre le soleil ou l’air frais, plus de 500 000 livres datant d’avant la prise de pouvoir des communistes, vingt langues représentées, un quartier commerçant électrique derrière lequel se ramifient un beau réseau de rues calmes et charmantes pleines de maisons des années trente. Un vrai bonheur pour le piéton précaire.
Pour tout vous dire, ce que je fais, moi, mais je ne veux forcer personne, c’est qu’à la fermeture de la bibliothèque, à 17h00, je prends des petites rues entre-deux-guerres au hasard et je marche dans la direction générale de l’est et du nord-est. Une heure plus tard, j’arrive au Face bar, une autre maison construite à la fin du XIXe siècle et, curieusement, beaucoup plus connue des étrangers (cela doit être dû au quartier, qui est en effet plus fréquenté par les Européens). Là, je me fais battre au billard par la moindre gonzesse qui passe, je bois quelques bières et je peux affirmer que ma journée a été bien remplie.
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