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14 février 2008 4 14 /02 /février /2008 12:29
J’ai fait ici, et sur Nankin en douce, assez de réserves sur l’œuvre de François Jullien pour me permettre d’en recommander la lecture dorénavant.
 

Le sinologue Jean-François Billeter avait publié un pamphlet en 2006, Contre François Jullien (Allia), auquel a répliqué l’intéressé :

Chemin faisant. Connaître la Chine, relancer la philosophie
(Paris : Le Seuil, 2007).


Les premières et les dernières pages de Chemin faisant montre un homme blessé dans son orgueil. Il en perd un peu son sang froid, pour tout dire, et prend une pose supérieure qui le discréditera aux yeux des lecteurs qui n’iront pas plus loin.

Car il faut aller plus loin. Les chapitres centraux de ce libelle sont l’occasion pour le philosophe, de réexposer son approche, pour répondre à un certain nombre d’accusations ou de critiques.


Et c’est tout l’intérêt des polémiques, c’est la raison pour laquelle il faut en produire de temps en temps : quand elles sont bonnes, elles revivifient un champs de recherche, un domaine du savoir. Elles prennent l’allure d’un combat de coq, mais elles mettent en lumière des idées, des positions théoriques. Les mauvaises polémiques ne sont que des combats de coqs. Les bonnes polémiques explicitent, sous le bruit des combats, les concepts, et les rendent plus saillants. Les bonnes polémiques font évoluer les idées pendant que les belligérants attaquent, défendent, contre attaquent, dédaignent, disqualifient, montrent du doigt, ricanent.


Je pense que la polémique Billeter Jullien est de celles-là : une belle polémique qui, sous les querelles de personnes, nous permet de repenser notre rapport à la Chine, notre façon d’écrire sur elle, ce qu’on peut attendre d’elle.

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Published by Guillaume - dans gens de lettres
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François 15/02/2008 13:44

Moi par contre, je me suis gavé de François Jullien juste avant de partir en Chine ("Eloge de la Fadeur" qui est de loin le meilleur et le plus plaisant à lire, mon préféré que j'ai perdu en route, "Le détour et l'accés" sur pensée grecque -chinoise, et puis des articles , interviews de ci de la et je pense même que c'est lui qui m'a donné l'idée de partir en Chine quand j'y repense, inconsciemment...) Je le croisai souvent à Paris quand j'étais étudiant, dans le quartier Mouffetard -entre Jussieu et le collége international de philosophie- on le voyait passer souvent ,un jour , je me souviens, je l'ai vu remonté toute la rue mouffetard avec une pile de livres rouges énormes sous chaque bras, il passait comme ça, on aurait dit un pauvre paysan chinois; c'est toujours impressionnant de voir un auteur que l'on aime vraiment bien en chair et en os, en simple citoyen finalement, perdu dans ses pensées arpenter les rues.Mais je n'ai jamais osé lui parler ; de toutes façons , pour lui dire quoi ? "J'aime beaucoup ce que vous faites ! Moi aussi j'aime bien la philosophie,alors comme ça on se chamaille avec monsieur Billeter hein..un petit autographe siou plait." ce genre de trucs un peu con con qui nous bloque devant un auteur. Alors , je ne dis rien mais c'est dommage de faire çà, il vaut mieux entamer la conversation, sonon on a des regrets, et ce n'est pas bien d'avoir des regrets. Maintenant qu'il est de plus en plus connu je ne suis pas sur qu'il circule aussi aisément dans les quartiers étudiants de Paris, ca doit étre la cohue sinon. En tout les cas, ce que je voulais dire, c'est que de plus en plus depuis que je suis rentré de Chine et que mon séjour nankinois se décante lentement, et bien ,je constate comme Ebolavir qu'il y'a énormément de similitude en effet entre pensée chinoise et française. Sans rentrer dans des considérations philosophiques ou littéraires que j'ai toujours aimé lire mais que je maitrise mal moi aussi il y'a des expériences de retour de voyage vraiment bizarre. Ou c'est moi qui hallucine complétement , mais parfois , dans la ville ou j'habite, quand je m'interesse à l'architecture des grands appartements en passant comme çà, des hlm classiques typiques de la région parisienne, je me rends compte de plus en plus des similitudes avec celles que j'ai vu en Chine, c'est vraiment troublant parfois. C'est encore plus frappant quand on s'interesse aux toits, la façon dont ils sont agencés, construits, par rapport aux habitations elle même et surtout au ciel. Je vous laisse faire l'expérience. J'avais fait l'expérience dèja avec un copain en Pologne, à Varsovie et c'est assez interessant quand on s'y penche avec sérieux. L'architecture, c'est pas mal finalement pour distinguer deux pays, deux cultures.D'ailleurs ni Billeter , ni Jullien ne parle beaucoup de ça, curieux non ? Mais je les connais assez mal finalement.

ebolavir 14/02/2008 15:17

C'est très bien pour François Jullien qu'un autre soit venu questionner son schéma de base. J'essaie de le lire depuis longtemps, et j'avais l'impression qu'il s'était mis à faire du François Jullien, comme Barthes faisait du Barthes, dit-on. Pire, c'était devenu une marque, il s'était mis à faire des conférences aux hauts cadres (la "conférence sur l'efficacité" 100 pages, PUF 2005; pas encore lu, je l'ai prêté et il n'est pas revenu à temps). Témoin André Chieng (La pratique de la Chine, Grasset 2006, Livre de poche Biblio) conseiller d'entreprises, qui a mis son livre et ses conférences sous le patronage du même Jullien dont il met le nom à chaque reprise de souffle et en note au bas de chaque page, tout en racontant autre chose. J.F. Billeter nous avait rappelé que l'idée force "la Chine, l'autre monde civilisé" (Simon Leys) était plus une pièce d'idéologie impériale refourbie par les Jésuites et les gens des Lumières qu'une réalité. Pour moi qui n'y connais rien, c'est évident que les Chinois dans leurs têtes sont très proches des Français, mais justement je n'y connais rien. Je vais lire "Chemin faisant". Direction la librairie du centre culturel français à mon prochain passage à Pékin.

michel jeannès 14/02/2008 12:59

N'ayant pas lu cet ouvrage et, par nature, regardant le monde par le petit loup de la borgnette, je constate dans ce billet l'emploi répété de la formule "combat de coqs", le mot "coq" étant la première fois au singulier (on pense alors à un coq solitaire aux prises avec son reflet, un coq narcissique comme un coq sait l'être ) et la deuxième fois au pluriel (ce qui semble plus adapté au combat, le but de celui-ci étant de ramener le nombre de combattants au singulier, lesdits combats étant  réputés meurtriers). Le coq est aussi le symbole... de la France. Mais j'ergote sur une coquille...un coq de combat est toujours seul, d'un côté ou de l'autre du miroir.