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22 janvier 2008 2 22 /01 /janvier /2008 04:51
En fouinant dans la bibliothèque, j’ai mis la main sur une curieuse chose : Loin des Blondes de Thomas Raucat, publié chez Gallimard en 1928. Il s’agit d’un recueil de nouvelles assez drôles et bien écrites, qui consistent en des récits de voyage en Asie, Japon, Chine et Cochinchine.

Ces nouvelles sont pourtant inconnues des lecteurs contemporains. Et pour cause, le livre n’a pas été réédité depuis 1928, du moins à ma connaissance.  

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Moi qui compte devenir éditeur amateur, je me disais que cela tombait merveilleusement : des textes de voyage en Asie, les années trente, un titre accrocheur, un style léger, tout me correspondait. Sauf que voilà, il y a une raison pour que Gallimard ne le réédite pas : l’homme est une ordure. Il est colonialiste, nationaliste et pervers.

 Il passe la moitié de son temps à chercher des prostituées, si possible jeunes, très jeunes. Lors de la traversée de la mer de Chine, on lui dit que Shanghai est connu pour ses adolescentes lubriques. Il n’aura alors de cesse de passer la nuit avec une fille de 13 ans.

La nouvelle qui s’intitule « Une nuit à Shang-Hai » le voit dans cette quête d’un autre monde. Ce serait comique si cet homme n’était pas un pédophile. Extraits :

 

« J’expliquai à mon guide ce que je désirais – une petite Chinoise un peu jolie et surtout très jeune. » p.124

« Je ne suis pas possédé par la folie des femmes, lui dis-je en substance, (…) Ce que je veux trouver, c’est un fruit vert, une de ces petites qui, paraît-il, sont la curiosité de Shang-Hai. » p.125

« - Treize ans, je veux une fille de treize ans, répétais-je en comptant sur mes doigts. » p.126

« En ce qui concerne ma concubine, mes désirs étaient comblés. Elle était toute jeune, et, comme je la fis déshabiller, je vis qu’elle était excessivement bien faite. Elle avait le ventre tendu comme un tambour, et sur le corps aucune trace de duvet. » pp130-131

« Puis nous passâmes aux caresses. De ma vie je n’avais jamais rencontré une petite bête humaine aussi docile, douce et souple. » p.131

« Je caressais ses joues avec mes doigts, puis je la berçais doucement, comme une enfant. Cette pauvre petite prostituée aimait l’affection et les câlineries. Contre moi, elle se mit à ronronner comme une chatte. » p.132

 

Les amateurs de Shanghai et de villes en sont pour leurs frais. Raucat n’en montre que des ruelles interlopes et des maquerelles cupides, prêtes à charger 12 scandaleux dollars pour des filles de 16 ans à l’air « pourtant bien décidé ».

Les phrases que je cite ne rendent pas justice à l’impression littéraire d’ensemble, qui n’est pas aussi glauque. Mais ce sont les phrases que la presse d’aujourd’hui ne manquerait pas de relever pour condamner le livre.

Pourtant, je continue de me poser la question. Faut-il s’interdire de l’éditer parce qu’il est pédophile et raciste ? Est-ce même politiquement correct de se l’interdire ? Après tout, l’historien de la littérature pourrait voir en lui un précurseur de Houellebecq et constituer un groupe d’écrivains ignobles qui, pour n’être pas fréquentables, n’en sont pas moins lus. Les pervers participent à la vie littéraire, ils disent des choses réelles de la société et de l’homme de leur époque. J’ai tendance à penser qu’il est préférable de les rendre accessibles au public. Cela les rend moins terribles. 

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Published by Guillaume - dans sexe-amour
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commentaires

François 26/01/2008 11:52

C'est vrai qu'a relire mes commentaires (dans d'autres blogs aussi de Guillaume) j'ai un peu honte (je ne les relis jamais, j'écris sans réfléchir, sans me relire, ce qui est une vraie erreur ), en plus ça ne vole vraiment pas haut, je peux comprendre qu'il faille "s'accrocher". Dans mes commentaires , j'y vois parfois de l'aggressivité, beaucoup de prétention, de la rancoeur, de la jalousie , beaucoup d'"ondes négatives" finalement (pour parler jargon new wave), des fautes de frappes, d'orthographes, une vraie calamité .Mais ça me rappelle aussi de bons souvenirs quand je me rappelle de ce que je faisais au moment de les écrire, c'est important le souvenir, ça compte. Souvenir de la Chine réelle , souvenir de la Chine virtuelle...

Mart 25/01/2008 19:07

François et Delphine qui discutent ensemble, faut s'accrocher pour suivre ...

lougavatch 25/01/2008 17:58

y' a une floraison précoce de romarin actuellement dans le sud du Languedoc, j'voudipas!!!

Delphine 25/01/2008 17:08

A Ben, j'ai voulu dire que si la gêne en plus (++) devenait l'intolérance collective, on ne serait pas loin du retour au médiéval. Je connais pas mieux la culture occidentale, je ne connais que les superficiels...la "codification freudienne" en est la preuve:P. C'est emprunté du propos d'un prof, si je me rappelle bien il parlait de la théorie du rêve de Freud, en tout cas c'était bien la psychanalyse qui était en question, qui était "comme les drogues" auxquelles on s'y attache et dont on dépend pr la connaissance de soi. Mon intention est de dire que tout n'est pas remplaçable, qu'un A capté n'a pas forcément un a'  qui s'y correspond. Prenons le fameux complexe d'Oedipe, ça se varie selon les conditions extérieures et n'est pas tjrs valable (au moins pas pr moi)A François, humm...j'ai oublié cette phrase: pardonnez-moi à l'avance de mon ton excessif, si vous le trouvez..Je joue juste la passionnée du débat hihi. Je ne connaispas l'oeuvre de Houellebecq, sinon le film adapté de Les Particules Elementaires. On avait parlé de lui en Chine en 2005 mais pas grd chose. Je sais pas s'il y a des chercheurs chinois qui se jettent dans son oeuvre, mais en ce moment ils devraient s'intéresser davantage à Beauvoir... Sur la gêne, c'est typiquement hétérogène car ce qui est hétérogène est "ce qui ne va pas dedans", c'est DANS le système semblable(de la relation hétérosexuelle, dans le cas pédophile), quand on évoque le crime comme le viol du pédophile ce serait déjà sortir du système(et sortir de l'intention du livre cité en haut), et notre gêne se transforme en fureur ou horreur. Nous ne sommes plus gênés mais rassurés de nous même("ça y est j'ai pas de problème comme ça), par le critère moral qu'a établi la loi. Je m'arrête, sinon je finirai jamais mon dossier av de partir!

François 24/01/2008 18:10

On se calme les enfants...Ce n'est qu'un débat aprés tout, j'apprécie les référencs de Delphine , Camus, et surtout Duras, ce n'est pas bête du tout...mais je demande ce qu'elle pense de Houellebcq , si elle l'a lu ou si on en parle en Chine de ce gars la ( a mon avis non ,mais c'est juste pour savoir...).Ouais retournons au moyen-age,soyons fous!