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13 janvier 2008 7 13 /01 /janvier /2008 04:33

La venue de Claude Imbert à Fudan fut un grand moment pour la vie intellectuelle de l’université. Une femme qui fait partie de l’élite mondiale de la philosophie actuelle vient parler à mes étudiants, de Rousseau, de Baudelaire, de Delacroix. « Ce n’est pas rien », me dis-je parfois, dans des instants épiphaniques (ma vie intérieure occasionne en effet des plongées dans des commentaires d’une rare sophistication.)

Pendant qu’elle introduisait sa conférence, des étudiants et des collègues chinois installaient le matériel technique qui allait permettre de projeter des images. 
Trois espaces, celui de la parole, celui de la réception, séparés par celui de la technique. Ce sont ces trois espaces que j’ai filmés dans la vidéo ci-dessous, maladroitement. Trois territoires qui sont à mon avis l’image de la beauté et de la fragilité de l’enseignement. Entre une parole émise et son exploitation dans la vie de quelqu’un, fût-ce une méditation ou une rêverie, il faut traverser des espaces continuellement. Le professeur vit dans la réalité des paroles qui disparaissent, qui sont oubliées. L’étudiant, lui, fait face à un débordement d’informations, et sera peut-être touché par telle ou telle parole.

Dans ce grand déversement des paroles et des informations, Claude Imbert a inlassablement proposé une façon de parler rigoureuse, exigeante et chaleureuse à la fois. Son sourire et sa voix exprimaient le grand respect qu’elle nourrissait pour les étudiants chinois. Elle a su éviter les deux écueils qui menacent les étrangers en coopération universitaire : prendre les Chinois pour des parisiens au fait de l’actualité française, ou leur parler comme à des enfants qui n’ont aucune culture.




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Published by Guillaume - dans Profs-Etudiants
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François 16/01/2008 15:31

"Les productions d'intelligibilté, ce serait les arts martiaux en Asie", moi c'est une idée que je serai, que je suis le premier à approuver car j'ai toujours pensé que quelque part la philosophie était un sport de combat -pour paraphraser le titre d'un documentaire sur Bourdieu, la "sociologie est un sport de combat"- mais en disant cela , on risque de faire une scission importante et par trop schématique entre pensée artistique "occidentale", et pensée artistique "asiatique ". Il n'y a pas de peintures en chine ? de musique ? de danse ? si bien sur , mais le probléme c'est que l'on continue à les interpréter comme Baudelaire interprétait Delacroix ou Hegel dans son Esthétique. Puisque l'on parle de logique (de Frege en particulier que je ne connais absolument pas) , on peut penser que l'on est encore dans une logique ethnocentrique vis a vis de la Chine en particulier et de l'asie en général. C'est vrai qu'il y'a des avancées avec François Jullien et Jean François Billeter ( allez rions un peu , et parlons d' "une philosophie de l'ouverture" pour paraphraser un bonapartiste contemporain) avec tout ce qui concerne la question du paysage , de la pensée zen, du corps,la question de ""la valeur allusive" qui n'est pas si mal quoi qu'on en dise etc... mais si un jour on interprétait ou réinterprétait Rousseau à travers Lao-zi ou Tchouang Tseu, si on pensait la question du paysage occidental par exemple à travers les poémes de Li bai et d'autres poétes chinois n classiques ca aurait une autre gueule aussi.non fam ? Hegel , c'est pas la premiére fois qu'on s' y attaque , il a eu sa dose le pauvre . Pour moi , on aura fait de gros progrés (on : la France et les jeunes européens) le jour où( par exemple)'de futurs Claude Imbert pourront se former auprés de professeurs chinois spécialistes des "productions d 'intelligibiltés" asiatiques , ou l'on abordera plus largeement la question des rapports entre sensible et intelligible , pensée et création en Chine , au Vietnam etc et par conséquent, autrement qu'à travers le sempiternel prisme Platonicien . Le truc serait de trouver un t ruc nouveau , une sorte de troisiéme voie qui ne serait pas de la "pensée"(trop floue) , ni de la "philosophie" (trop marquée idéologiquement et sonnant trop "occidental"), cette fameuse "troisiéme voie" .... (j'ai lu un truc sur ce sujet à propos des existentialistes qui en parlaient déjà et expliquait la peur du péril jaune ainsi, la peur des occidentaux pour un truc nouveau, qui ne les dépasserait pas , mais qui i finalement les remettraient à leurs places. Il n'ya pas que le ""Concep"t ,l'"Art" c'est vrai quoi ! Il n'y a pas que le romantisme , PLATON, et la Joconde, il y'a des trucs qui y ressemblent mais exprimé et signifiant des trucs différents suivant les pays, les cultures...) "troisiéme voie" qui taraude l'occident depuis au moins la fin de la seconde guerre mondiale et qui reste encore à construire, à définir , sans que l'on retombe vers d'autres extrémes. (Le Concept ,l'Art,Le Beau , Le Bien le Mal etc...)Finalement il fait chier Hegel ! 

Ben 16/01/2008 11:35

"Les productios d'intelligible, ce sont les images, la peinture, la musique, la danse..." L'idée que tu développes est plus interessante que ce que j'avais compris. Certes, la pratique des arts paraît indépendante et peut même conditionner l'exercice philosophique, et il y a en elle quelque chose qui reste irréductible à la production conceptuelle, la production d'"affects". Ce qui reste cependant bizarre, dans la formule discutée, c'est le mot "intelligible": pourquoi parler de production d'intelligible pour désigner la production artistique? L'"intelligible", c'est du vocabulaire néo-platonicien qui désigne un truc ultramondain qui s'oppose, de toute manière, au sensible et à l'affect : à la matière, au sentiment, à la couleur, au geste... Ce qui semblerait impliquer, si on reste sur l'hypothèse selon laquelle les "productons d'intelligible" se font dans les oeuvres d'art, que l'artiste est une sorte de "Créateur" au sens biblique, le créateur ou celui qui dévoile le Logos ( l'"intelligible"). Analyse de la création artistique tout à fait classique par ailleurs, elle est développée par Platon dans Ion. Autre remarque: Madame Imbert oppose, dans sa formule, cette fameuse "production" à la pensée. Tu interprètes: à la philosophie. Mais si c'était seulement de la philosophie que l'art se dstingue, ça ne poserait pas de probleme; par contre, distinguer une production ésthètique de la "pensée", c'est supposer que l'art n'est pas ou pas complètement de la pensée: il n'y aurait alors qu'une seule forme de pensée, la pensée rationnelle, pleinement consciente d'elle-même. L'art serait de la pensée encore obscure à elle-même, quelque chose qui finalement peut bien, chronologiquement, précèder la philosophie, mais lui reste, en réalité, inférieur. Thèse hégelienne qui réduit l'art à n'être qu'un moment dans l'odyssée du développment de l'Esprit.Haha. Un peu de philo, ça réveille.

Guillaume 16/01/2008 00:48

Les productions d'intelligibilité, ce sont les images, les peintures, la musique, la danse, ce serait les arts martiaux en Asie. J'imagine que c'est un travail sur la matière des choses, sur les corps, qui n'est pas guidé par une pensée déjà régnante, mais dont émane la pensée. La pensée se construit dans un travail de tâtonnement dans des oeuvres matérielles, et c'est pourquoi le philosophe doit rester attentifs aux arts et aux lettres. La peinture de Delacroix n'est pas seulement décoration, mais production d'intelligibilité. Elle inaugure un rapport à l'espace, un jeu de regards, une relation entre l'homme et son environnement, etc. que le poète (Baudelaire) puis d'autres penseurs, peuvent expliciter. On assiste alors à l'émergence d'une pensée, qui ne pouvait pas préexister aux productions d'intelligibilité qui l'ont rendue possible.  C'est ce qui est dit, déjà, dans mon billet.Si vous trouvez ces idées stupides, je vous prie de m'en rendre responsable, pas Claude Imbert, car c'est ma compréhension, je ne prétends pas avoir pénétré sa théorie avec finesse.A toute fin utile, je rappelle que Claude Imbert est la traductrice du logicien Frege. Je connais ce dernier bien trop mal pour savoir si les idées de la philosophe lui sont redevables de quelque chose. Mais s'il y en a qui s'y connaissent en logique...

François 15/01/2008 12:32

Je dois avouer que j'ai du mal a saisir le sens profond de cette formule. Je dois etre un peu con  , mais je ne crois pas tant que ça. C'est d'ailleurs ce qui à la fois me fascine et me révulse dans le discours philosophique : ce style parfois obscur , si ce n'est abscon, cette rhétorique de la formule bien faite mais dont on ne comprend rien finalement, une formule qui n'a pas d'autres but que de rester une formule, un simple exercice de rhétorique ne suscitant aucune réflexion, aucune pensée, bref le vide philosophique derriére les dorures du beau discours. Je serai curieux de savoir qui, parmis les étudiants chinois ont compris le sens profond de cette phrase et l'ensemble de la conférence et ce qu'elle a réveillée ou produit  chez eux ? Tu dis qu'"elle est restée"(la formule), mais c'est un point de vue personnel. Est-ce que Claude Imbert a réalisée des "productions d'intelligibilité" avec ces chers étudiants chinois ou est -elle demeurée une simple postiche sensée représenter "une vraie professeur de philosophie" (et les autres profs -de fle , de llittérature, etc.. c'est quoi, de "faux profs" ? Dans tout les cas c'est une grande chance que de pouvoir écouter cette professeur et  sans doute un grand bonheur que de pouvoir s'imaginer revivre les grandes heures du structuralisme en plein coeur du Shangai des années 2000, c'est un peu surréaliste  comme position mais aprés tout pourquoi pas, cela demeure une expérience interessante que ce voyage dans le temps et dans l'espace.

Ben 15/01/2008 10:06

"La pensée ne précède pas les productions d'intelligibilité qui la rendent possible". Ah bon. Ca pourrait vouloir dire quoi, au juste? Qu'avant même de penser, tu as déja produit les "conditions d'intelligibilité" dans lesquelles ta pensée va "devenir possible". Ah ouais d'accord. Mais alors, ces "productions", elles se font comment? Pas par la pensée, elle n'est pas encore possible, connaud. Par l'Impensé, par la Structure, l'Inconscient,  les conditions de possibilité a priori d'une pensée, un truc comme ça. Mais si c'est ça, alors comment ce qui est produit fait-il pour être intelligible? C'est pas comme si on disait que les conditions de la pensée ne sont pas en elles-mêmes pensées, ce qui serait une idée assez banalement néo-structurolo-kantienne, en somme. Dans ce cas, la structure ne serait pas par elle-mêe, intelligible. Serait-ce pas plutôt une sorte de platonisme résurgent : au commencement était le logos, l'intelligible que nul n'avait pensé mais qui devait produire la pensée. Moi, ça me fatiguerait, cette espèce de ritournelle des Grands Classiques de La Pensée occidentale. Je sais pas, mais si tu vas faire un "séminaire", l'idée, c'est un peu de travailler avec ton auditoire, pas de lui transmettre la bonne parole.