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31 décembre 2007 1 31 /12 /décembre /2007 03:29
D’abord il y a son ignorance. Dans ses mémoires, Un vrai roman (Plon, 2007), il est souvent question de la Chine. Il s'en fait passer pour un grand connaisseur, mais c’est son inculture qui saute aux yeux.

Inculture géographique, en premier lieu. Il situe les grottes de Longmen « près de Nankin »… C’est comme dire que celles de Lascaux sont près de Lyon.

Inculture littéraire aussi. Les seuls auteurs qu’il cite sont Sun Zi et Zhuang Zi. Lao Zi de loin. Bo Juyi une fois. Les absences de Cao Xueqin, et surtout de Li Bai, sont incroyables. Un amoureux de Mozart ne peut laisser passer Li Bai, c’est rigoureusement impossible. Plus globalement, pas un mot des narrations et des fictions, comme si les Chinois n’avaient passé leur temps qu’à déclamer des formules obscures dans un style dépouillé. Rien sur la sagesse sexuelle des anciens Chinois, rien sur Li Yu (dont Leyris – que Sollers ignore aussi – avait traduit le célèbre roman pornographique par un très beau : Ton corps est un tapis de prière), rien sur Jin Ping Mei. Pour un érotomane comme Sollers, c’est le signe implacable qu’il est très loin de la Chine, qu’il n’en parle jamais avec ses amis, qu’il n’a pas de commentateurs qui, sur son blog, relance son intérêt et lui font découvrir des choses.

En peinture et calligraphie, il ne parle que de Shi Tao. Soit. Mais ne rien dire de Ba Da Shan Ren, c’est bizarre. Je le répète, c’est impossible. Pour ne pas rester obsédé toute sa vie par la vie et l’œuvre de Ba Da Shan Ren, il faut n’avoir aucune proximité, aucune habitude de la Chine.

Et puis il y a son rapport avec la langue chinoise. Il dit, p.107, avoir « fait deux ans de chinois ». Il l’écrit à nouveau p.173. Qu’est-ce que ça veut dire, deux ans de chinois ? Ca veut dire qu’on n’en a jamais fait, voilà tout. C’est comme les gens qui disent qu’ils ont lu tel livre quand ils avaient 17 ans : ça explique pourquoi ils ont tout oublié, mais ça interdit aux autres toute forme de mépris. D’ailleurs Sollers ajoute, p.107 : « (trop tard, et pas suffisant, il faut commencer à 8 ou 9 ans) ». A la page 173, ça change : « (trop peu, il faut commencer à 9 ans) ». C’est faux, je le dis tout de suite. Je connais des gens qui ont commencé après l’âge de 25 ans et qui ont un très bon niveau. Il dit avoir traduit les poèmes de Mao, ce qui est possible avec des gens qui expliquent chaque caractère et le sens général, et en écoutant la musique du poème plusieurs fois, car dans ce cas ce qui compte c’est l’usage du français, pas la connaissance du chinois. Il dit avoir eu en tête une nouvelle traduction de Zhuang Zi et Lao Zi, ce qui est quasiment une preuve qu’il ne connaît que très partiellement la culture chinoise. C’est le genre d’idées qu’on a dans la fièvre des débuts, quand on n’a pas idée de la complexité des choses.

Alors, il sort des preuves, et leur naïveté d’enfant est touchante. Il dit que Jean Lévi lui offre sa traduction de Zhuang Zi, dont il cite la dédicace : « Avec estime et amitié ». Vous voyez ? Même Jean Lévi m’estime et m’aime, si c’est pas une preuve que je suis aussi un spécialiste de la Chine ! Il dit que Simon Leys est aujourd’hui très gentil avec lui, loin des combats des années 70. Il oublie simplement, il occulte, que c’est Simon Leys qui s’est fait insulté à l’époque, pas lui.

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Published by Guillaume - dans mots
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Guillaume 03/01/2008 22:21

Tu te demandes ou tu affirmes ? Parce que ce n'est pas la même chose Klossowski et Leyris, ça change même tout. J'ai pu me tromper sur le traducteur (mais pourquoi mon esprit aurait substitué le deuxième au premier, cela m'étonne vraiment). En revanche je doute que la traduction du titre soit si sèche. J'ai été frappé par cette formule adressée à une femme : ton corps est... Je me demande ce que Sollers pense de tout ça (lui qui ignore superbement Klossowski, par la même occasion).

Ben 03/01/2008 14:22

A propos d'erreur, justement, je me demande si ce n'est pas plutôt Klossowski qui a traduit Rouputuan, le roman de Li Yu, et si le titre de sa traduction n'est pas, plus précisément, "la chair comme tapis de prière" ( Pauvert, 1963 ). Quel emmerdeur, ce Ben.

Guillaume 31/12/2007 22:33

Relever les lacunes de mon blog ? Non mais je n'attends que ça, moi, qu'on me dise : "mais quand vas-tu parler d'un tel ou de telle chose ? " C'est la beauté du blog. Sollers non seulement il dit des conneries, ce qui n'est pas mal en soi, mais en plus il n'y connais rien, ça c'est un peu plus grave.Mais je vais écrire un éloge de Sollers quand j'aurais déssoulé, attends un peu...Bonne année à tous.

Ben 31/12/2007 17:44

Je ne suis pas un grand fan de Sollers et ce que tu en dis invite à considèrer avec une certaine distance un peu dédaigneuse ce genre de maos repentis. A l'époque, il y avait plein de maoistes occidentaux qui déliraient complètement sur la Chine sans en savoir grand'chose, c'est une chose qui est completement oubliée, en France. Mais il témoigne aussi d'une sorte d'attraction qu'exerce depuis longtemps la culture chinoise sur des occidentaux. De ce point de vue, on peut dire que sa fascination est aussi la nôtre et remarquer que son mélange d'ignorance, de présomption et de curiosité nous ressemble peut-être un peu. Un Chinois ou un sinologue qui lirait ce blog pourrait aussi en relever les lacunes, les naïvetés et les erreurs. C'est une remarque un peu pénible, en somme. Mais après tout, ce n'est pas grave, de dire des conneries. Si?