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25 décembre 2007 2 25 /12 /décembre /2007 04:06

C’est un ami chinois qui m’a parlé le premier de cet article du « Time » sur la déchéance de la culture française. Il trouvait les arguments du journaliste américain très convaincants, et c’est ce qui m’étonne le plus.

Les Chinois, pensais-je naïvement, devraient trouver amusant, au contraire, cette arrogante résistance culturelle que la France oppose aux Etats-Unis.

J’ai eu l’occasion d’en parler avec d’autres amis chinois. Curieusement, ils n’abordent pas cette question avec une « mentalité chinoise », mais en adoptant le point de vue anglo-saxon. Ils sont imprégnés, tout simplement, des raisons et de la façon de raisonner de la culture dominante, même si ces raisons contredisent leur propre façon de procéder.

Par exemple, ils reprennent l’argument selon lequel la seule chose qui compte est le marché, le succès commercial d’une œuvre. Pire, ils admettent l’idée que le déclin de la culture française se voit à ce qu’elle ne s’exporte plus aussi bien en Amérique. A aucun moment ils ne semblent regarder leur propre culture sous cet angle : leurs grands classiques sont largement ignorés, aux Etats-Unis, et si l’on suit le raisonnement du journaliste du « Time », on devrait alors considérer la littérature chinoise comme nulle et non avenue. Hong Lou Meng ? Un détail insignifiant face à Men come from Mars, Women come from Venus.

Autre exemple, la critique de l’exception culturelle. Les Chinois, plus que d’autres peuples, devraient être sensibles à l’idée que les productions culturelles ne sont pas des produits commerciaux au même titre que les baignoires et les appareils ménagers. Mes amis défendent au contraire l’argument qui dit que les aides de l’Etat sont le signe évident que la culture est moribonde. Pourtant, les Chinois ne défendent-ils pas leurs opéras, leur production musicale ? Ils ont bien raison, d’ailleurs, ce serait une tragédie de voir disparaître le Kunqu pour la seule raison que les Américains ne s’y intéressent pas, et que le goût du grand public s’en détourne temporairement.

On pourrait imaginer qu’ils voient cette polémique de loin, et qu’ils se disent, avec recul : « Mais que signifie cet acharnement contre la culture d’un petit pays comme la France ? Qu’on les laisse s’amuser, s’ils sont aussi centrés sur eux-mêmes. Qu’on les laisse faire leurs films bavards s’ils en ont envie, qu’est-ce que ça peut nous faire ? »

On pourrait penser aussi qu’ils prennent les choses avec pragmatisme et qu’ils profitent du volontarisme français pour faire produire et diffuser des films chinois que personne d’autre aujourd’hui n’a la capacité de produire : « Après tout, laissons-les faire. Avant de mourir tout à fait, ils auront plutôt développé, à leur petite échelle, quelques aspects de la culture chinoise. » Même chose pour les écrivains chinois qui bénéficient de l’orgueil des Français qui aiment se voir comme une nation universelle : François Cheng, Gao Xinjian, Dai Sijie, c’est toujours ça de pris pour le rayonnement de la littérature chinoise en Europe.

Mais non, ce n’est pas ce que j’entends. Ils n’ont pas la fibre européenne, il faut le reconnaître. Non seulement ils sont influencés par la façon de penser américaine, mais en plus, leur façon de voir les pays européens découle des rapports de force réels qui émergent aujourd’hui : le monde dépend de la danse de deux géants, la Chine et les Etats-Unis, tout ce qui est en dehors de cette danse n’a pas de poids.

Dans certaines questions qu’on me pose, et dans certains silences polis que je reçois, je crois percevoir l’intime conviction de mes amis chinois que « la mort de la culture française » n’est pas une formule provocatrice, mais l’évidence du monde à venir.

 

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Published by Guillaume - dans idées
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Mart 07/01/2008 21:55

"Or, bcp est dit dans le titre de couverture du Time magazine : un journal anglo-saxon aurait-il dit de même de la culture d'un autre pays ?"
Non, sans doute pas en effet, et il faut y voir le signe qu'"on" attend encore bcp de la culture française : quand on cessera de nous seriner avec son prétendu déclin, c'est qu'elle aura décliné pour de bon.

Mais ce n'est pas pour demain.

En attendant, moi, je trouve la culture française en pleine forme. J'ai vu hier soir, par exemple, un excellent film français très français ("Un baiser s'il vous plaît"), et on vient de m'offrir une place de concert pour aller écouter une excellente chanteuse française très française (Camille). Si on veut s'amuser à faire des listes, c'est facile.

Delphine 07/01/2008 21:25

DU DÉMANTÈLEMENT MINUTIEUX ET INSENSÉ DE NOTRE SYSTÈME ÉDUCATIF FRANCAIS

«Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et la charisme d’un engagement porté par l’espérance»...
Ce sont les propos illuminés de l'individu élu par une partie des français qui auraient mieux fait de tourner 7 fois leur main dans leur poche avant de voter - ou de rester scotchés devant tf1, au lieu d'inaugurer une nouvelle mutation de la démocratie en "démocratie totalitaire" (dixit l'habile penseur Alain BADIOU, dans son ouvrage "De quoi Sartkozy est-il le nom?").
Avec une telle pensée, comment espérer un sursaut salvateur de notre culture française, de notre "exception" française, dès à présent pervertie par un despote en herbe qui en renierait presque Darwin.
Inquiétant.

michel jeannès 03/01/2008 14:37

L'important dans la culture française, c'est le fromage. Tant qu'on ne nous force pas à manger de la pâte cuite, on reste sous notre cloche.

Guillaume 28/12/2007 14:26

L'article parle de la valeur commerciale et mercatique de la culture française, mais parce que le journaliste ne voit pas de valeur artistique qui en serait indépendante. La fin de l'article est, comme le dit A. Compagnon dans Le Monde, une convention du journalisme américain qui préconise de finir sur une touche positive.La question qu'il faudrait se poser aussi, si du moins il fallait s'en poser une, c'est quid de la culture italienne, espagnole, allemande, anglaise, flamande, enfin des communautés qui nous soient comparables. Ont-ils, tous, une industrie cinématographique vivante, une musique populaire aussi variée, une littérature vraiment meilleure, de meilleurs musées et de meilleures bibliothèques, etc. ? Les Anglais, surfant sur le bénéfice de la langue américaine, devraient à ce jeu de comparaison, être largement devant (ils le sont peut-être d'ailleurs, je ne sais pas), mais nos autres voisins ? Or, bcp est dit dans le titre de couverture du Time magazine : un journal anglo-saxon aurait-il dit de même de la culture d'un autre pays ?

Mart 26/12/2007 10:05

L'article parle assez clairement de la valeur commerciale de la culture française, non de la valeur artistique. Et malheureusement, il n'y a pas grand chose à opposer à son constat.
La question qu'il conviendrait donc de se poser est : pourquoi la culture française se vend-elle si mal, malgré sa qualité ?
Je crains que la réponse soit partiellement dans l'article : parce que l'idée dominante est qu'il ne se passe plus rien d'intéressant en France, que notre culture décline, que nos films et livres sont vides et bavards. La France n'est plus à la mode, tout simplement.