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12 décembre 2007 3 12 /12 /décembre /2007 11:25
Corriger des copies, c’est la malédiction des professeurs. Qui dira les nuits, les jours et les week-ends à lire des copies d’étudiants ?

Etre professeur en Chine implique de beaucoup corriger, car les collègues chinois vous considèrent comme le mieux placé pour cette tâche.

Heureusement, le voyageur se rend vite compte qu’en lisant autant, il a accès à des espaces mentaux que les jeunes gens ne partagent pas facilement. Ils racontent des histoires, développent des idées, construisent des plans, élaborent des critiques. Rien de tel pour savoir comment pensent les jeunes Chinois d’aujourd’hui. Je devrais dire : « les étudiants chinois » car rien ne me permet d’assurer que les autres, l’immense majorité de ceux qui ne bénéficient pas de formation universitaire, pensent de la même manière.

La richesse de mon boulot, c’est le point de vue qu’il donne sur ce que pensent les jeunes Chinois, ce qu’ils ressentent, ce dont ils rêvent, ce qu’ils rejettent et critiquent, ce qui les rend tristes, ce qui les oppresse, ce qui les rend heureux, ce qu’ils ont envie de raconter, ce qu’ils perçoivent de leur propre culture, ce qu’ils perçoivent des étrangers, ce qu’ils perçoivent de la France.

Dans l’intimité d’une feuille blanche, avec pour seule barrière l’obligation d’utiliser telle ou telle structure de langue, une étudiante raconte l’histoire d’une poupée qui « ne sourit jamais ». La fille à qui appartient la poupée était très joyeuse, puis à l’adolescence, des malheurs arrivent à sa famille, la douleur atteint le cœur de la jeune fille, qui, « petit à petit, s’est habituée à cacher ses vrais sentiments. Elle ne riait plus et ne pleurait plus. »  Puis à vingt ans, « assise de nouveau en face de sa poupée, elle murmura : ‘Maintenant, nous sommes les mêmes, toi et moi, avec un masque !’ »

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Published by Guillaume - dans Profs-Etudiants
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commentaires

arnauld 28/12/2007 16:09

c'est une vraie chance de decouvrir la Chine en etant professeur de francais. On decouvre tellement avec et a travers les etudiants chinois...

François 14/12/2007 13:35

Cette histoire de masques , c'est vraiment interessant , pertinent. Surtout quand on sait la valeur du masque dans l'ensemble de la théatralité asiatique (theatre no japonais , opera kun, danses cambodgiennes), je n' avais jamais pensé à le mettre en rapport avec cette fameuse histoire de "ne pas perdre la face" dont j'ai soupé pendant un an quand j'étais en Chine et qui avait fini par me dégouter d' en saisir mieux le sens.

Guillaume 14/12/2007 00:50

Le facétieux premier commentateur s'amusait avec les deux sens du mot correction. Cette histoire de face, que les Chinois ne font perdre à personne, de peur qu'on la leur fasse perdre, je la prends avec des pincettes. Je ne trouve pas que les Chinois s'empêche d'engueuler qq'un en public, je vois bcp de scènes d'humiliation, dans la rue. Quand tout va bien, en revanche, oui, on garde la face, mais n'est-ce pas le cas partout ? Malgré tout, "perdre la face" semble être plus important ici qu'ailleurs, surtout je crois parce qu'elle correspond à un mot et à un jeu d'expressions de la langue chinoise souvent employés (plus qu'à une profonde différence culturelle).L'histoire de la fille et la poupée reprend cette idée de masque en écho à la face, et montre bien la douleur de grandir.

Delphine 13/12/2007 12:19

je pars de ce que la correction ne vient pas forcément de la crainte de perdre la face, et j'essaie d'expliquer d'où vient cette demande de correction chez les Chinois.J'interprète, je juge pas. Moi aussi j'apprécie bien le "français exotique", comme l'écrit de Neige, comme le français parlé par les Italiens, les Roumains, les Indiens,comme le français que je parle qui amuse par fois mes amis français et moi même. Non mais je suis d'accord, le "français francophone" n'est pas parlé que par les Français.

ebolavir 13/12/2007 03:15

A Delphine: c'est un très mauvais sentiment, mais j'aime bien le français exotique des Chinois qui connaissent parfaitement la langue mais ne sont peut-être jamais allés en France. Je pense par exemple à l'anonyme qui a traduit les nouvelles de Lu Xun pour les éditions en langues étrangères (livres de poche bilingues à couverture grise). C'est parfait, et en même temps il choisit des mots que je n'utiliserais pas, c'est autre chose que le français de France, je redécouvre la langue. Neige de Nanjing me donne la même joie. Et ce qu'écrivent les Québécois aussi, qui parlent une autre langue dans la vie de tous les jours. Le français n'appartient pas qu'aux Français.