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19 novembre 2007 1 19 /11 /novembre /2007 03:54
Photo-satellite-Chine.jpg

Un petit jeu à faire pour nos amis chinois. Les lecteurs qui ne sont pas chinois peuvent le faire faire à un ami chinois.

 

1-     Dessinez une carte de la Chine.

2-     Tracez une ligne qui délimite l’est et l’ouest.

3-     Placez sur votre fond de carte les villes de Pékin, Shanghai, Xian, Guangzhou.

4-     Réfléchissez et placez les villes de Lhassa (Tibet) et Urumqi (Xinjiang).

5-     Regardez une carte officielle de la Chine et comparez.

 

Normalement, la différence sera saisissante. Que ce soit des étudiants en sciences sociales, en études françaises, ou des professeurs, j’ai toujours eu le même résultat : Xi'an est systématiquement placé à l’ouest de la ligne centrale. 
La carte de géographie physique montre qu’au contraire, toutes les villes de 3 sont à l’est du pays. Et non seulement les villes de 4 sont à l’ouest, mais elles sont très loin vers l’ouest.

C’est-à-dire que les Chinois ont une représentation agrandie de l’est, et réduite de l’ouest. Ils rapetissent les grands déserts, les interminables territoires de l’ouest.

Ils donnent à la « civilisation Han » une place démesurée. Est-ce en raison de l’influence réelle, politique, économique, culturelle, qu’elle a toujours eue sur l’ensemble de la Chine ?

Des étudiants ont eu un gros doute, un moment de flottement. Je leur dis, vous avez réduit l’ouest, ils disent non. Vous avez agrandi, proportionnellement, ce qui est à l’est, ils disent non.

Ils disent aussi qu’il ne faut rien interpréter de tout cela. Ils ont peur, avec raison, des conclusions hâtives et des jugements à l’emporte-pièce. Alors ils donnent diverses explications de ces dérives cartographiques. Certains disent que cela signifie seulement qu’ils dessinent mal. D’autres disent que la Chine est trop grande, qu’il est normal de se tromper. D’autres que la carte tracée au tableau (par leur soin) est trop petite. Alors on refait le jeu, et là, cela devient extraordinaire.

J’efface le tableau, je récupère la carte officielle que j’ai fait circuler, et je trace moi-même un espace abstrait censé représenter la Chine. Un grand parallélépipède. Je trace une ligne en plein centre, et je redemande aux étudiants de placer les mêmes villes. Ils les remettent au même endroit, Xi'an à gauche de la ligne. La vision d’une carte officielle, coupée en deux et montrant explicitement Xi'an à droite de ladite ligne, semble ne pas les affecter.

Xi'an, dans leur cœur, c’est à l’ouest. D’ailleurs, disent-ils, « Xi » veut dire « ouest ».

Ils me disent que mon jeu est absurde, qu’on ne peut pas découper la Chine comme ça. Pourquoi pas ? Je fais la même chose avec la France, avec les Etats-Unis, et ils placent sans hésiter les villes importantes sans faire d’erreur. C’est bien la perception de leur pays qu’ils ont de travers.

Un jour, une brillante étudiante a dit : « Penser un pays d’un pur point de vue physique n’a aucun sens. 

- C’est vrai, répondis-je, mais penser un pays sans notion claire de sa géographie physique ne peut que mener à des contresens. »

Elle me dit qu’on ne peut pas séparer le territoire des facteurs économiques, politique ou culturels. C’est dans ces moments que je trouve le boulot d’enseignant magnifique. On apprend plus, en un an, au contact d’étudiants, qu’en dix ans d’études à la Sorbonne (c’est une expression médiévale.)

En sciences sociales, comme en sciences naturelles et comme en philosophie, il faut savoir séparer conceptuellement les éléments d’une même réalité, pour avancer dans la compréhension de cette réalité. Etre en Chine nous rappelle que cela peut être un déchirement. Que cette séparation, toute scientifique qu’elle est, a aussi des conséquences idéologiques, affectives, et qu’elle peut causer du désarroi.  

 
carte-chine.jpg

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Published by Guillaume - dans Politique
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commentaires

Guillaume 25/11/2007 02:10

Je ne les ai pas poussés à l'erreur. A la répétition de l'erreur, j'ai été au contraire très surpris et troublé moi-même, comme on l'est quand on ne comprend pas ce qui se passe autour de soi. La discussion qui a suivi n'avait pas pour but de prouver que les étudiants avaient tort, mais d'essayer de comprendre. Maintenant, en effet, si je refaisais ce jeu, je m'y prendrais avec plus de douceur. 

Marc Artemi etc. 24/11/2007 12:25

Guillaume avec un G

Marc Artemi etc. 24/11/2007 12:23

Cher guillaume,
À propos de l'exercice en tant que tel que tu donnes aux étudiant.
À tes commentaires j'ai l'impression qu'ils ont étés suffisamment décontenancés et touchés dans leur convictions pour ne pas te suivre dans ta recherche du pourquoi, "Ils ont peur", "Ils me disent que mon jeu est absurde". D'autant plus que tu renouvelle ce sentiment en les poussant à l'erreur une deuxième fois. Étais-ce de leur montrer avec insistance qu'ils se trompent le plus important??

Sans autres façons je mettrais ça en partie sur ta personnalité entière. Je m'avance sûrement dans ma vision des choses et n'y connais rien en théorie d'enseignement mais j'aime à croire que tu es de ces profs. qui préfèrent secouer les esprits quitte à laisser quelques commotions parfois.
Après tout c'est quand même ceux là dont on se souvient le mieux des années plus tard et qui suscitent des vocations, non?

Guillaume 23/11/2007 00:01

Chengdu est incontestablement Han, mais pas le Sichuan dans son ensemble, Ebolavir. Quand le Tibet était un pays, sa superficie dépassait de beaucoup les frontières de l'actuelle province autonome qui porte son nom. Les Chinois ont réduit son importance en le morcelant et incluant de grandes parties de territoire dans les provinces du Sichuan, du Qinhai, etc.Par ailleurs, ce que vous dites est vrai et c'est la première partie de votre dernière phrase qui pose questions : la perception de mes étudiants est fausse géographiqement. Comme le dit Grégoire, c'est à se demander si le Chinois de la rue (et ces Chinois-là sont l'élite de la nation!) s'est "approprié" ces territoires et ces populations de l'ouest.

gregoire 22/11/2007 17:49

J'avoue que j'aurais mis Xian a la place de Lanzhou ...Les chinois situent la frontiere nord/sud sur le changjiang (un fleuve a couleur, le bleu ou le jaune, je ne sais jamais)Pour la frontiere est/ouest il ne semble pas y avoir de limite aussi claire. L'article m'a donne envie de reverifier mes vieilles cartes: sous les dynasties Han et Tang, les 2 periodes fastes et magnifiees de l'histoire chinoise, Xian etait effectivement la frontiere ouest de l'empire.Celui ci s'est pourtant etendue subrepticement au Tibet, Sichuan et autre Xinjiang sans que la population et la culture Han ne semble se les approprier "geographiquement"Est ce un probleme de vitesse d'impregnation ou de blocage culturel, chine pluri-millenaire contre chine centenaire et televisee ?