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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 14:07
JouretNuit04.jpg

Une même vibration traverse les très beaux films chinois Still Life, Jour et Nuit et A l'ouest des rails. Un voyageur un peu rapide mais amoureux des conclusions synthétiques pourrait déclarer que nous sommes devant une école, un mouvement, quelque chose qui fera date. 

Ils ont beau appartenir à des genres différents – les deux premiers sont des fictions, le troisième est un documentaire – on y retrouve de nombreux points communs : la lenteur, la douceur laissant passer la dureté (et inversement), le silence entre les répliques, le goût des grands espaces, la poésie industrielle, le monde ouvrier, une forme de nostalgie pour des mondes disparus, ou sur le point de disparaître, fussent-ils eux aussi industriels.

En regardant les DVD, cependant, un léger malaise se fait sentir. Tous ces Français, autour des cinéastes, ne les ont-ils pas influencés ? Ils sont omniprésents, admettons-le : producteurs, distributeurs, commentateurs, penseurs, techniciens, et même spectateurs, le nombre de Français et d’Européens engagés dans la vie de ces films est inouï !


JouretNuitAffiche.jpg

Mon impression vient déjà des films eux-mêmes : ces dialogues lents et contemplatifs, sans pathos, tout en retenue et en violence rentrée. Personne ne parle comme cela en Chine. Ce n’est pas grave, les films sont beaux, mais cela ne correspond-il pas exactement à ce que nous avons envie de voir, nous Occidentaux, de la part des Chinois ? Ne serions-nous pas prêts à les aider, à les financer, à les distribuer, etc. s’ils voulaient bien nous faire des films tels qu’on les imagine et tels qu'ils nous paraîtraient typiquement chinois ? Pas comme ces productions que regardent les Chinois, à la télévision, et qui heurtent notre goût de cinéphiles.



still-life.jpg

La puce que j’avais à l’oreille s’est furieusement agitée quand j’ai entendu l’interview de Wang Chao sur le DVD. Il parlait de taoïsme de manière suspecte ; on aurait dit un sinologue débutant, au sortir d’une conférence de François Jullien. Il posait, je ne sais pas, il se la jouait Chinois, il cherchait à nous impressionner. Puis un acteur a encore parlé de taoïsme, juste en passant, comme si c’était le mot à prononcer pour satisfaire ces étrangers qui attendaient avec impatience qu’on leur fasse, au cinéma, une synthèse du taoïsme, du confucianisme et du maoïsme. 
Alors, un peu de piété filiale par-ci, du non agir par-là, et des ouvriers qui explosent dans la mine, tout cela en Mongolie intérieure, et à un rythme extrêmement lent, si avec ça vous n’êtes pas contents, on se demande ce que vous voulez.



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Je ne dis pas que c’est conscient, ni surtout si c'est pertinent de ma part, mais il me paraît pensable que ces cinéastes chinois satisfassent, dans leurs œuvres, des désirs qui ne sont pas les leurs, et que ces films reflètent en partie ce que nous voulons voir de la Chine d’aujourd’hui.

 

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damien 03/01/2008 16:02

Il y a qques années, les inrocks avaient élu la scène de la piscine dans le loft, avec Loanna et Edouard comme acteurs principaux, film de l'année, alors je me permets de vous mettre en lien ci-dessous ce qui est pour moi le film chinois de l'année 2007 :http://www.youtube.com/watch?v=hwHhRcRDAN0Un épisode de télé réalité non formaté, la détermination d'une femme qui a tout à perdre, mais qui portée par son courage dénonce en direct les frasques extraconjugales de son mari présentateur sur CCTV5, (le type derrière avec lunettes et cravate bleue), elle bouscule les convenances, elle le sait et elle s'en excuse à plusieurs reprises ; violence des propos à laquelle les hommes répondent en essayant de la pousser hors cadre, elle cite à plusieurs reprises le ministère des affaires étrangères français qui aurait dit quelque chose comme « la Chine sera un grand pays quand elle n'exportera plus seulement des produits mais aussi des valeurs » . Déchaînement d'insultes sur le net chinois à l'encontre de cette femme courageuse, que l'on traite de pute qui salit le peuple chinois. D'autres commentaires plus mesurés pour la soutenir mais au final beaucoup d'internautes se focalisent sur l'adultère (fallait-il ou non le dévoiler, en public etc..), omettant le message de cette femme et la portée du geste.Car il est quand même difficile de ne pas être frappé par la symbolique de cette déclaration, faite lors d'une cérémonie de « baptême olympique » sur une chaîne nationale: on renomme la chaîne du sport CCT5 « CCTV Olympique », ou l'on se rappelle que le CIO avait donné à la Chine le soin de l'organisation des jeux en échange, parait-il, du droit à la liberté d'expression . (Mais y a-t-il une organisation plus surfaite que le CIO en ce bas-monde ?..).Surtout, on imagine bien qu'ils sont nombreux les chinois lésés, expropriés, enfermés, contaminés (liste non exhaustive) à avoir des revendications à faire en public, à vouloir réclamer que justice soit faite, et le PCC n'a pas envie qu'ils défilent à la queue leu leu devant les cameras de télévision. Donc exit le mauvais exemple, la vidéo est censurée, effacée des tablettes chinoises mais toujours, miracle d'incongruité, visible sur youtube depuis la Chine. Et je ne me lasse pas de voir cette femme irradier l'écran, au milieu de pantins qui ne savent plus quoi faire pour l'arrêter…

Guillaume 02/01/2008 15:44

Je serais quand même moins sévère avec mes compatriotes de l'industrie cinématographique. Les films mentionnés dans mon billet sont à mes yeux de beaux films. Et puis certains Chinois et Japonais n'ont pas attendu les Français pour faire de longs plans séquences.

galanga 01/01/2008 20:57

Je trouve particulièrement intéressant ce post (comme tout votre blog, merci à vous) que je découvre aujourd'hui, l’esprit et le corps encore englué de tourte foie gras-céleri-artichaut et de gâteau patate douce-chocolat-mûres (D’ailleurs : 新年快乐!)
Depuis plusieurs années déjà je vais voir quasi systématiquement la majorité des films asiatiques qui sortent en France. J’avais souvent été très déçu par les films chinois (sauf XiuXiu de Joan Chen). Cette année, j'ai cessé d’aller voir systématiquement ces films chinois, après avoir vu tous les films du festival du cinéma chinois au Max Linder, cet automne.
Ce festival m’a ouvert les yeux, sur le point que vous indiquer justement ; les films chinois sortis en France étaient trop souvent très ennuyeux, lents, avec ces satanés plans séquences qui durent trois plombes.
Et lors du festival au Max Linder, j’ai découvert la naïveté colorée d’Anayi, la réalisation géniale et le jeu d’acteurs magnifique dans « missing gun », la narration excellente de « electric shadows », le romantisme exacerbé de « The Knot », le bijou qu’est (à tous les niveaux) « Mon beau pays », la sociologie dépeinte avec finesse dans « Le jardin public », l’humour et encore la sociologie dans « Certificat de mariage », jusqu’à cet ovni de « western spaghetti » mongol nommé « L'âme de la steppe ».
Et là j’ai compris que ce que l’on voit habituellement en France du cinéma chinois ne correspond pas du tout à la réelle créativité et aux talents réels (et excellents) des réalisateurs chinois. La majorité des films du festival du Max Linder étaient fournis et traduits par l’office officiel chinois (le nom exact m’échappe), et ne sont pas des co-productions avec la France.
Il est pour moi clair qu’un groupe de producteurs français cherchent à imposer aux écrans français une esthétique prétendument chinoise (ou asiatique, car « Tropical Malady » est exactement du même acabit) mais totalement fausse. Depuis, chaque fois qu’un film chinois sort, je regarde si c’est une co-production française, et j’interprète également à l’envers les critiques (souvent de mèche semble-t-il) quand elles sont dithyrambiques, auquel cas je me méfie énormément (en fait je ne vais pas le voir).
Et « Une étoile imaginaire » est effectivement un film magnifique. Heureusement pour l’Europe, certains italiens savent encore faire des films (et les allemands avec « La vie des autres »), les français ne savent plus faire que de longs, lents et inutiles plans-séquences, y compris quand ils ne font que produire.
Tout ça pour dire que la déchéance culturelle française est pour moi bien réelle, mais pas parce qu’elle est menacée par la culture américaine, mais parce qu’elle a à ce point si peu de choses à proposer qu’elle va jusqu’à masquer aux yeux de son public le talent et la créativité d’autres pays, via la co-production de films d’une vacuité artistique à peine croyable.
L’ennemi est intérieur.

damien 11/11/2007 12:22

Je suis d'accord avec votre conclusion Ebolavir.Concernant Mángjǐng/Blindshaft, si on peut trouver le DVD avec un peu de chance en Chine, il faut noter qu'il a été tourné sans l'accord du Bureau du cinéma chinois, ce qui ne favorise pas sa diffusion...(contrairement au dernier film de Zhang Kejia qui s'est fait adouber par le gvt, mais qui osera le blâmer ?..). Li Yang s'est formé au documentaire en Allemagne. Il vit aujourd'hui à Pékin (pour ce que j'en sais). Alors oui, il connaît l'Europe, notre cinéma, il n'est pas vierge de cette culture barbare !-) Cela n'empêche pas, à mon avis, son cinéma d'être extrêmement sincère. C'est un cinéaste qui aujourd'hui n'a pas envie de se faire récupérer et je n'ai pas vu une quelconque volonté de manipulation dans son film.PS : Je ne pense pas que le public européen ait forcement soif de misérabilisme. Un film chinois en forme d'étude de mœurs qui se passerait chez les mega-riches pourrait lui aussi trouver son public, en Europe comme en Chine ! En revanche, les mines, de surcroît clandestines, sont franchement misérables.   

ebolavir 11/11/2007 08:35

Ca fait des siècles que les Chinois savent capter le désir de leurs clients et fabriquer la chose chinoise dont ils rèvent. Ma femme a vu pour la première fois de sa vie, au musée des Beaux-Arts de Lille, de la porcelaine chinoise du 18e siècle avec décor bleu de pagodes et de ponts en arc. Elle s'est demandée pourquoi on faisait en France des pots décorés de dessins naïfs de choses chinoises. J'ai découvert à la FIAC 2004 à Paris un art contemporain chinois tellement conforme que j'ai demandé à l'hôtesse d'un exposant, une galerie de Shanghai, si beaucoup de Chinois en achetaient. Réponse "nous avons une clientèle étrangère qui est très importante pour nous". Du coup, je me trouve rempli de doute. Est-ce que 盲井 "Blind Shaft" de Yang Li, qui met en scène deux mingong tueurs et des patrons de mine de charbon pourris a été réalisé pour satisfaire le goût misérabiliste occidental? Même chose pour 世界 "Le nouveau monde" de Zhang Kejia, qui se passe autour du parc 'le monde miniature' de Pékin? Je les avais trouvés justes, émouvants, montrant bien la réalité chinoise. Mais justement, moi je suis occidental. Je n'ai pas encore rencontré de Chinois qui les aient vus.Par contre, pour 铁西区"A l'ouest des rails", aucun doute possible, surtout que je les ai vus dans un circuit cinéphile sélect (le Cinématographe à Nantes, pour ceux qui connaissent). Pourtant, maintenant que je suis en Chine, je trouve que ça traduit parfaitement l'atmosphère, et le détail matériel, des quartiers à démolir et des zones industrielles en décadence telles que je peux les capter. C'est peut-être fabriqué pour l'Occident, mais c'est Chinois quand même et ça vaut la peine de les regarder.