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4 novembre 2007 7 04 /11 /novembre /2007 01:44
Finalement, pour dire en un mot ma position sur ces questions de pédagogie, je dirai qu’on ne s’occupe pas assez des étudiants chinois de haut niveau.

Tous les Français présents en Chine, et ayant une compétence dans le domaine de la didactique, sont tournés vers les débutants. Tous se posent des questions essentielles sur la meilleure manière d’enseigner le français langue étrangère (fle), mais aucun ne s’intéresse vraiment à ce que l’on peut faire avec les étudiants qui savent à peu près parler, lire, comprendre et communiquer en français. On dirait que leur travail s’arrête là.

On est tellement démunis, face à eux, qu’on préfère continuer de les voir comme des débutants. Cela m’avait déjà frappé en alliance française, où les étudiants sont classés du « niveau 1 » au « niveau 5 », répartis en 500 heures de cours. Les Chinois qui veulent aller en France sont obligés de suivre préalablement ces 500 heures de français. Or, j’avais observé que nous étions performants avec les niveaux 1,2 et 3, et que nous devenions inefficaces avec les niveaux avancés. Cela était reflété dans les tests d’évaluation qui étaient trop faciles, à mon goût, et les évaluations orales pour lesquelles nous n’avions pas d’exigences très élevées, puisque nous nous satisfaisions de voir les étudiants se débrouiller en français pendant quelques minutes. Dans ce cas, les étudiants progressaient jusqu’au niveau 3, puis se reposaient sur leurs acquis, car l’équipe pédagogique n’avait pas les ressources, ou l’imagination, de leur en demander plus. J’avais dit un jour lors d’une réunion : « Prenez un bon étudiant de niveau intermédiaire, qui vient de passer brillamment son test niveau 3. Faites-lui passer le test niveau 5, et même le test niveau 6, et corrigez sa copie au milieu des autres copies de ce niveau avancé. Il obtiendra une note aussi bonne que le peloton de la classe. » On n’a jamais tenté l’expérience. S’il y en a qui étaient à cette réunion et qui lisent ceci, je les prie de bien vouloir me pardonner d’être aussi emmerdant, en réunion comme en d’autres circonstances.

La même chose se répète dans le contexte universitaire. Les étudiants en « études françaises » passent leur licence en quatre ans, mais tout le monde se trouve fort dépourvus quand les étudiants atteignent la troisième année. Là où j’enseigne, le niveau des étudiants est bon, donc ils sont francophones à la fin de la deuxième année. Mais les étudiants dont je m’occupe sont surtout ceux de troisième année, quatrième année et master. Moi, naturellement, cela m’enchante car je peux faire de la littérature, de l’histoire, de l’histoire de l’art, de la politique… Mais que se passe-t-il lors du grand séminaire des lecteurs français, organisé par l’Ambassade de France à Pékin ? On ne parle encore que des débutants. Nous sommes pourtant un certain nombre, en Chine, à nous occuper de ces classes avancées, mais personne ne se penche sur eux de manière un peu sérieuse. C’est pour moi inexplicable.

De la même manière, quand les services de la coopération universitaire proposent des modules de formations aux professeurs chinois, ce n’est jamais pour ces étudiants de niveau supérieur, mais pour acquérir des techniques d’enseignement du fle.

Alors j’ai beau me retenir, ça devient plus fort que moi : il faut que j’ouvre ma gueule. Et de rappeler que les débutants, nos collègues chinois s’en occupent déjà très bien, que nous pourrions peut-être commencer à parler littérature, grands courants de pensée, méthodologie, dissertations, notes de synthèse, mémoires de recherche, thèses ! L’université, ça devrait être le lieu du savoir, de la recherche, ou est-ce que je me trompe ?

Nous avons la chance d’avoir en face de nous des jeunes Chinois trilingues, quadrilingues (chinois mandarin, shanghaien, anglais et français), extrêmement intelligents, doués, âpres au gain, ayant des centres d’intérêt multiples et une réelle aptitude à la compétition : profitons-en et mettons la barre un peu plus haut, que diable !

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Published by Guillaume - dans Profs-Etudiants
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commentaires

Denis a Hong Kong 10/11/2007 19:09

Bonjour ,Guillaume!Je suis Denis. Je suis a Hong Kong.Je suis tres surpris que tu fais de la litterature et de l'historie de l'art dans la classe elite! En ce cas, j'ai perdu beaucoup de chance de les apprendre.Je t'ai ecrit un courrier electronique a GMAIL.com.I am looking forward to hearing from you soon!

Denis a Hong Kong 10/11/2007 19:07

Bonjour ,Guillaume!Je suis Denis. Je suis a Hong Kong.Je suis tres surpris que tu fais de la litterature et de l'historie de l'art dans la classe elite! En ce cas, j'ai perdu beaucoup de chance de les apprendre.Je t'ai ecrit un courrier electronique a GMAIL.com.I am looking forward to hearing from you soon!

Francois 06/11/2007 08:38

Mais non, mais non mon bon Guillaume, tu n'es pas emmerdant en réunion (ailleurs non plus bien sur, enfin je ne crois pas).Tu es tout excusé de tes emportements sur les différents tests de niveau a adopter dans les classes d'Alliance Française chinoise.En tout cas, tes récents articles sur l'enseignement sont vraiment interessants,et suscitent interrogations et réflexions.Sur les niveaux avancés il y'a beaucoup à dire. Je crois qu'il ne faut pas avoir peur de se faire plaisir. J'ai de bons souvenirs de cours avec ma classe "Nanshida" (qui avait la caractéristique d'être mi universitaire, mi Alliance Française), que j'ai eu la chance, grâce à la direction, de garder tout au long de l'année (et avec laquelle j'ai gardé certains contacts d'ailleurs): je les ai vu évoluer tout au long de l'année et c'est je crois grace à çà que j'ai pu prendre du plaisir avec eux, j'ai pu les suivre pendant une longue période et le temps ça compte dans l'enseignement c'est même la valeur première a gerer à mon avis ! Oui, comme un instit avec ses chers petits finalement et ça c'est une sacrée chance, d'aller au-delà des sessions , des saisons , et de se calquer sur un rythme scolaire "normal", annuel en tout cas.Avec ce rythme on peut vraiment voir la question des sessions sous une autre dimension et parler de pleins de choses sous des angles différents.

Guillaume 05/11/2007 09:14

On pourrait le faire. L'année dernière, Fudan a vu la mise en scène d'une pièce de Georges Pérec, et cette année des étudiants ont monté la comédie musicale Notre Dame de Paris. Ce n'est pas encore du théâtre classique...

ebolavir 05/11/2007 06:13

Moi aussi, je suis ahuri du niveau qu'atteignent les quelques étudiants chinois de français que je connais, après deux ans (je ne suis pas professeur, nous discutons ensemble pour des "échanges de langues", et j'apporte quelques notions d'import, par exemple les conntations du mot "Grenelle" dans un article de journal). Pour passer des idées de "pédagogie active de haut niveau", faire lire le livre de Peter Hessler "River Town" (Harper, 2001, ISBN 0060855029), au chapitre "Shakespeare with chinese characteristics". Il fait étudier, réécrire pour la Chine, et jouer (en anglais bien sûr)  "Hamlet" et d'autres pièces, à des étudiants d'école normale qui doivent devenir enseignants. Est-ce qu'on fait la même chose avec le Cid ou Figaro ?