Jeudi 20 septembre 2007

Tenez, voyez ce que je lis dans Mao II, de Don Delillo :

« -Quand je pense à la Chine, qu’est-ce que je vois ?

- Des gens, dit Karen.

- Des foules, corrigea Scott. Des gens qui cheminent laborieusement dans de larges rues, pédalant sur des vélos ou poussant des charrettes, foule après foule dans le zoom, paraissant encore plus rapprochés qu’ils ne le sont, l’embouteillage total, et j’imagine comme ils se fondent dans l’avenir, comme l’avenir fait place au non-conquérant, au non-agresseur, au chemineur laborieux, au désindividualisé. Totalement calme dans le zoom, foule après foule, pédalant, marchant, sans visages, survivant à peu près bien. »

 

Je ne suis pas si sûr de la pertinence de l’association Chine / foules. Un professeur de géographie disait : « La Chine, c’est beaucoup d’histoire, beaucoup d’espace et beaucoup de gens. » C’est vrai qu’au-delà d’une certaine limite, la masse change de qualité et devient énergie. On dit par là que la Chine est une affaire de quantité avant tout, et il me semble que cela vient d’une paresse d’observation.

Ils sont nombreux, c’est indéniable, mais sont-ils si « désindividualisés » que cela ? Je ne sais pas, je ne crois pas. J’aime me poser dans un coin et regarder les gens passer. Je ne vois que des individus. Et si je regarde la foule, alors elle n’est pas différente de celles de Paris et comporte les mêmes mystères.

Je recommande de regarder les Chinois, avec soin et longuement. Je ne m’en lasse pas, et certains visages me hantent quand je suis seul.

 

 

par Guillaume publié dans : mots
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Commentaires

La description me fait penser à des feuilles mortes, tas après tas,sans provenance ni destination, poussées par le vent dans la rue poussiéreuse, bien qu'on save qu'il n'y a pas les deux feuilles qui ont les mêmes visages...
Commentaire n° 1 posté par Neige le 21/09/2007 à 06h56

Oui, c'est assez proche d'une vision végétale des foules chinoises. Comme souvent quand on est loin, on ne voit pas de détails alors on croit qu'il n'y en a pas.

Commentaire n° 2 posté par Guillaume le 23/09/2007 à 13h46
Michel Tournier a dit un jour qu'il voyait les femmes comme des moutons évoluant en vastes troupeaux indifférenciés. Je pense toujours à cet aveux quand j'entends des gens dire que les Chinois, ou les Papous, ou les Eskimaux sont peu différenciés (aveec parfois de grandes théories savantes sur l'individualisme, l'héritage du christianisme, le totalitarisme, ou je ne sais quoi). Et c'est valable aussi pour les paysages, les façades d'immeuble, les chiens et les chats, les cailloux, les fourmis : il y a des gens qui voient partout des masses indifférenciées, alors que les éthologues savent qu'il y a, par ex, des fourmis paresseusses et d'autres travailleuses. Il y a une paresse du regard dont on est tout à fait libre de se débarasser, et c'est la chance des gens au regard attentif que de vivre dans un monde infiniment riche et varié.
Commentaire n° 3 posté par Mart le 27/09/2007 à 10h11
Pauvre Tournier !
Commentaire n° 4 posté par François le 27/09/2007 à 13h00
En même temps, on ne peut pas être attentif à tout et je suis sûr que Tournier a une vision infiniment plus fine que la mienne en matière d'épaules, de jambes ou de fesses masculines. Et ceux qui passent des heures à regarder des fourmis au point de les connaître chacune par leur petit nom sont sans doute aveugles aux mille nuances qui distinguent entre elles les chaises Louis XVI.
Commentaire n° 5 posté par Mart le 27/09/2007 à 14h27

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