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18 septembre 2007 2 18 /09 /septembre /2007 16:25
Images www.sengalarouge.com

L’autre soir, des copains jouaient de la guitare manouche dans un restaurant japonais au service légèrement désinvolte. Sur scènes, les doigts s'agitaient à vitesse grand V sur les manches, et dans la public, je retrouvais des amis et rencontrai des gens nouveaux. Cet automne, je rencontre pas mal de gens nouveaux. Pour cela, il faut reconnaître que Shanghai, ce n'est pas Nankin.

Une femme était là, qui dessinait les musiciens dans un carnet à dessins. Un pied nu sur la chaise devant elle, elle utilisait un petit pinceau japonais (muni d’un manche très court rempli d’une cartouche d’encre qui imbibe constamment les poils du pinceau.) Plus tard, elle mit de la couleur, grâce à une boîte de pastels ou d’aquarelles, je ne connais pas la différence.

Elle s’appelle Agnès. Graphiste de métier, elle voyage aujourd’hui à la recherche de la couleur rouge. Elle fait un tour du monde avec cet angle de vue. Elle va là où il y a du rouge, elle écrit, dessine et peint. Elle fait un recensement de tous les rouges, de toutes les utilisations du rouge, des symboles et des intensités. Elle parle des « rouges qui disparaissent », comme celui du sang de la place Tiananmen.

Nous avons devisé quelques heures ensemble, avant et pendant le concert de guitare manouche. Après le concert, à la terrasse où nous prîmes place, les copains avaient ressorti leur guitare pour chanter de vieilles ritournelles des années quarante, puis pour se relancer dans les mélopées transes de la technique manouche. Agnès me parla de l’Inde, qu’elle a adorée, du Japon, qu’elle va adorer selon moi. Nous convînmes qu’il était plus facile de parler de l’Inde que de la Chine.



La Chine, on y vient, on y voyage un peu, mais à moins d’avoir un intérêt particulier pour le pays ou sa culture, on se retrouve peu inspiré. En Inde, à l’inverse, on a accès plus facilement aux sentiments qui nous arrivent, les gens sont plus différents, sont plus colorés, les emmerdements sont plus obvies, nul besoin d’avoir étudié pour avoir une forte impression d’exotisme. La Chine demande plus d’efforts, il faut aller la chercher, la Chine, il faut se lever tôt. Même apprendre la langue n’est pas suffisant. Même voir du pays n’est pas suffisant. La Chine, c’est beaucoup d’espace, beaucoup de gens, beaucoup d’histoire et beaucoup d’efforts pour le voyageur. Et je trouve cela très bien, naturellement, j'aime que la Chine résiste au "tout à consommer" du tourisme de masse.

En discutant avec Agnès, je me suis souvenu qu’il m’avait fallu vivre un an en Chine avant de pouvoir écrire une ligne sur elle.

Je regrettai qu’elle parte dès le lendemain pour le Yunnan. Elle s’éloignait du monde Han sans avoir vu de jardins, sans avoir pratiqué la calligraphie avec des Chinois, sans avoir nagé dans le Lac des Nuages Pourpres, sans avoir écouté de Kunqu… Mais, pensais-je, ces choses demandent peut-être, elles aussi, beaucoup de temps. Il est certainement inutile de les expérimenter en coup de vent, sans être complètement disponible.

Alors maintenant, il ne reste plus qu’à attendre les productions chinoises d’Agnès sur son blog de voyageuse.



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Published by Guillaume - dans rencontres
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commentaires

Guillaume 28/09/2008 19:03

J'avais pris avanturière pour un truc fait exprès, l'aventure d'avant, ou d'hier comme tu l'as repris plus tard.

michel jeannès 28/09/2008 15:30

"un air d'avanturière." et là j'ai encore coquillé! l'avant-tür c'est l'avant-tür dirait-on en Germanophonie ("Tür" signifiant en allemend la porte). L'avant-tür est donc le seuil. Quant à l'avant-tür-hier, c'est déjà deux mains dans le passé, si l'on ne s'y prend les pieds.

michel jeannès 28/09/2008 15:25

Mais bon dieu c'est bien sûr, je suis sur un blog de spécialiste! mes excuses, j'ai posé le commentaire trop vite. le verlan plein d'allant n'est pas l'envers du crédo.

Guillaume 28/09/2008 10:48

Miroir en verlan, cher Michel, c'est Roimi, je pense, non riorim. Mais Senga est bien le riorim d'Agnès.Salut Agnès! Alors tu es de retour en France ? J'attends avec impatience tes billets et tes illustrations concernant la Chine.  

michel jeannès 28/09/2008 10:21

"Pas l'anagramme mais le même nom à l'envers, j e sais pas comment on dit."On dit "palindrome" lorsqu'il s'agit d'un mot qui se lit en aller-retour comme un train qui passe. Sinon, je pense que l'on parle de la lecture en "boustrophédon", de droite à gauche et de gauche à droite.J'emploie, quant à moi, un mot bricolé: le "Riorim" qui n'est pas un mot hébreu au masculin pluriel en "im" mais le mot "miroir" écrit en verlan.