Comme personne ne parle de la photo de ma bannière, je vais le faire, car c’est une photo qui me plaît, à moi. Mais c’est peut-être parce que je suis shanghaien. Je la trouve poignante. Je l’ai prise depuis le ferry qui me ramenait du Japon, en février 2007. 
Ces tours en construction (qui doivent être terminées à l’heure actuelle) ont quelque chose de troué, d’ouvert, de strié. De fragile et d'élégant.

Cela ressemble à des ruines en construction.



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C’est un jeune écrivain qui a la tête singulièrement bien faite. A 35 ans, il a déjà écrit dix livres qui semblent être marqués par des qualités de mesure, d’équilibre trouvé entre érudition, narration, réflexion et fiction. Il ne se laisse pas déborder, Olivier Bleys, il maîtrise, il a du métier, et ça se voit.

Il est venu à l’université Fudan faire une conférence sur l’histoire des voyages. Il l’a construite en deux temps trois mouvements, entre un taxi et un café, sans hésitation, avec modestie et intelligence. Si les questions des étudiants ne l’y avaient pas forcé, il n’aurait pas dit un mot de son propre travail. Il aurait pu passer quelques heures avec nous sans même que nous sachions qu’il était écrivain.

Grand comme un jour sans pain, il se déplaçait avec lenteur, toujours entouré d’une nuée d’étudiantes et d’enseignants. Sa compagne, un peu à l’écart, prenait l’air dégagé de celle qui est habituée. Tous les deux avaient les traits tirés par le décalage horaire, et la conférence avait ce côté planant qu’on reconnaît chez ceux qui ont trop longtemps travaillé, ou trop longtemps fait l’amour.

Il improvisait sa conférence en parlant lentement et distinctement, ce qui est une qualité rare : c’est à cette qualité que l’on distingue quelqu’un qui sait s’adresser aux étrangers. J’ai entendu d’autres intervenants qui vivaient à l’étranger, qui ne travaillaient qu’avec des étrangers, et qui n’avaient pas la moindre idée de la manière de leur parler. Or, savoir parler aux étrangers est aussi important que de savoir parler, je ne sais pas moi, aux femmes, aux enfants, aux électeurs. Beaucoup de gens n’ont pas l’intuition des mots que les Chinois connaissent ou ne connaissent pas ; ils ne possèdent pas l’instinct de l’évolution de la langue, qui permet de dire des idées fortes dans des phrases simples. Il n’y a rien de tel pour développer sa densité d’expression. Savoir remplir de vie et de pensée trois phrases élémentaires, trois phrases nues, voilà une compétence qui n’est pas plus inutile qu’une autre.

Bleys nous a parlé de Marco Polo, des différentes visions du monde qui se sont succédé dans l’histoire, des évolutions de la cartographie. Des raisons pour lesquelles nous voyageons. Il nous a appris, par exemple, que ce n’est qu’en 1911, avec la découverte du pôle sud, qu’on a terminé le dessin de la carte du monde. 1911. J'ai l'impression que j'étais déjà vivant. 
Puis il a terminé par un retournement de situation, un bouclage de boucle, en vieux loup de mer des conférences qu’il est : les voyageurs contemporains, enfoncés dans les imageries du tourisme de masse, sont comme les premiers marchands médiévaux qui ne connaissaient rien d’autrui, mais qui avaient des préjugés assez clairs sur ce qu’on pouvait trouver là-bas, à l’autre bout du monde, là où les licornes broutent de l’herbe d’or.

Nous l’avons invité à manger un festin chinois, car il restait à l’université l’après midi. C’est le bonheur d’être enseignant à Shanghai, on profite davantage de la présence des écrivains et des chercheurs français. Des plats et des plats et des plats, en nombre théoriquement calculables, mais calculés de façon à donner aux invités l’idée d’infini et d’interminable gastrique. Des poissons, des raviolis, des crêpes qu’on se prépare soi-même, des soupes, du porc, des légumes, du tofu, des crevettes, des champignons qui ressemblent à des algues, des châtaignes qui étaient peut-être des marrons d’eau, et j’en passe. La table tournante où sont empilés les plats doit donner l’image d’un monde prospère et tourbillonnant. 
Le collègue qui a réalisé la commande me fait un geste de connivence : je crois qu’on les a impressionnés. J’acquiesce d’un signe de tête. On leur a fait tourner la tête, tu veux dire.

Vous pouvez écouter, sur France Culture, le feuilleton d’Olivier Bleys consacré au compositeur brésilien Villa-Lobos, tiré de son dernier roman, Semper Augustus (Gallimard, 2007). Vous pouvez aussi lire son blog, qu’il met à jour régulièrement, ce qui est assez rare et généreux pour un écrivain.

Sollers utilise la Chine comme une catégorie mentale, un rapport au temps et à l’espace. Chez lui, la Chine est un écart avec nous, c’est le recul nécessaire pour penser l’histoire de l’Europe. Le fameux « détour » de François Jullien. C’est une Chine de non-sinologue.

Quand il se décrit comme un « écrivain européen d’origine française », Sollers ajoute : « Exactement ce que dira de moi un dictionnaire chinois. » Un vrai roman, Mémoires, p.261. Outre le narcissisme délirant (car il sait bien que jamais les Chinois ne s’intéresseront à lui, ni aux courants littéraires et théoriques auxquels il a pris part), la vision est assez juste d’une Chine qui sera le prochain maître de l’écriture de l’histoire. Vue de Chine, les Français n’existent pas au même titre que les « vrais » peuples. La France n’est qu’un moment de l’histoire, une induration, qui est née et qui mourra. L’Europe, par exemple, existait avant la France, et elle existera après. Un Chinois du siècle prochain étudiera la culture française comme, aujourd’hui, on le fait de l’Empire austro-hongrois, ou même de l’Europe centrale.

Quand il parle des Chinois, Sollers ne parle pas de gens réels, mais d’un type d’humanité dont nous devrions nous inspirer, et moi qui traverse une longue phase de sentimentalité, d’admiration et presque d’adoration pour la Chine et les Chinois, ça me plaît assez.

D’abord il y a son ignorance. Dans ses mémoires, Un vrai roman (Plon, 2007), il est souvent question de la Chine. Il s'en fait passer pour un grand connaisseur, mais c’est son inculture qui saute aux yeux.

Inculture géographique, en premier lieu. Il situe les grottes de Longmen « près de Nankin »… C’est comme dire que celles de Lascaux sont près de Lyon.

Inculture littéraire aussi. Les seuls auteurs qu’il cite sont Sun Zi et Zhuang Zi. Lao Zi de loin. Bo Juyi une fois. Les absences de Cao Xueqin, et surtout de Li Bai, sont incroyables. Un amoureux de Mozart ne peut laisser passer Li Bai, c’est rigoureusement impossible. Plus globalement, pas un mot des narrations et des fictions, comme si les Chinois n’avaient passé leur temps qu’à déclamer des formules obscures dans un style dépouillé. Rien sur la sagesse sexuelle des anciens Chinois, rien sur Li Yu (dont Leyris – que Sollers ignore aussi – avait traduit le célèbre roman pornographique par un très beau : Ton corps est un tapis de prière), rien sur Jin Ping Mei. Pour un érotomane comme Sollers, c’est le signe implacable qu’il est très loin de la Chine, qu’il n’en parle jamais avec ses amis, qu’il n’a pas de commentateurs qui, sur son blog, relance son intérêt et lui font découvrir des choses.

En peinture et calligraphie, il ne parle que de Shi Tao. Soit. Mais ne rien dire de Ba Da Shan Ren, c’est bizarre. Je le répète, c’est impossible. Pour ne pas rester obsédé toute sa vie par la vie et l’œuvre de Ba Da Shan Ren, il faut n’avoir aucune proximité, aucune habitude de la Chine.

Et puis il y a son rapport avec la langue chinoise. Il dit, p.107, avoir « fait deux ans de chinois ». Il l’écrit à nouveau p.173. Qu’est-ce que ça veut dire, deux ans de chinois ? Ca veut dire qu’on n’en a jamais fait, voilà tout. C’est comme les gens qui disent qu’ils ont lu tel livre quand ils avaient 17 ans : ça explique pourquoi ils ont tout oublié, mais ça interdit aux autres toute forme de mépris. D’ailleurs Sollers ajoute, p.107 : « (trop tard, et pas suffisant, il faut commencer à 8 ou 9 ans) ». A la page 173, ça change : « (trop peu, il faut commencer à 9 ans) ». C’est faux, je le dis tout de suite. Je connais des gens qui ont commencé après l’âge de 25 ans et qui ont un très bon niveau. Il dit avoir traduit les poèmes de Mao, ce qui est possible avec des gens qui expliquent chaque caractère et le sens général, et en écoutant la musique du poème plusieurs fois, car dans ce cas ce qui compte c’est l’usage du français, pas la connaissance du chinois. Il dit avoir eu en tête une nouvelle traduction de Zhuang Zi et Lao Zi, ce qui est quasiment une preuve qu’il ne connaît que très partiellement la culture chinoise. C’est le genre d’idées qu’on a dans la fièvre des débuts, quand on n’a pas idée de la complexité des choses.

Alors, il sort des preuves, et leur naïveté d’enfant est touchante. Il dit que Jean Lévi lui offre sa traduction de Zhuang Zi, dont il cite la dédicace : « Avec estime et amitié ». Vous voyez ? Même Jean Lévi m’estime et m’aime, si c’est pas une preuve que je suis aussi un spécialiste de la Chine ! Il dit que Simon Leys est aujourd’hui très gentil avec lui, loin des combats des années 70. Il oublie simplement, il occulte, que c’est Simon Leys qui s’est fait insulté à l’époque, pas lui.

Il y a, paraît-il, dans les étages d’une bibliothèque de l’université, un véritable trésor de livres français.

Les pères jésuites, qui ont fondé l’université « Aurore », au début du 20ème siècle, possédaient de belles ressources. On peut imaginer des milliers d’ouvrages du 19ème, entassés, sous la poussière, dans une pièce fermée. Il paraît que la pièce est grande, plus grande que l'actuelle bibliothèque de l'institut des langues étrangères, toutes langues confondues.

Dans notre département, seul un professeur émérite a visité ce fonds ancien, qu’on appelle parfois le « trésor ». C’était il y a quinze ans. Depuis, il est possible que personne n'y ait mis les pieds.
Ce trésor nourrit mes rêves, cela fait un an que j'imagine m'y promener, comme dans une cité fabuleuse et endormie, un Angkor Vat de papier et de cuir.
 
Le voyageur, qui n'a pas de bibliothèque à lui, qui disperse ses propres livres chez les uns et chez les autres, qui, à chaque déménagement, fait porte ouverte pour laisser ses amis se servir dans tous ceux qu'il ne peut pas conserver, le voyageur fantasme sur la présence mystérieuse, presque mystique, d'un fond intouchable de reliques culturelles.

On peut imaginer des documents d’archive étonnants, des gazettes de l’époque, des récits de voyage oubliés, publiés à Shanghai à l’époque des concessions étrangères, des voyages dans la Chine des Qing.

Je rêve de voir des livres de géographie aux cartes médiévales. 
Je rêve de trouver des témoignages sur le Shanghai du 19ème siècle.

Je rêve de tomber sur de grands Traités des jardins, avec des eaux-fortes sur des pages gigantesques.
On peut imaginer bien des choses encore. N'est-ce pas la spécialité du voyageur, que d'imaginer sans trève ?

 

On peut imaginer, mais sans aller beaucoup plus loin, car il est très difficile d’accéder à la salle du trésor.

L’autre jour, j’y suis allé avec deux membres éminents de l’institut des langues étrangères, nous avions une lettre d’autorisation dûment signée par un directeur de quelque chose, et nous avons reçu une fin de non recevoir. Un fonctionnaire, que nous avons cherché d’étages en étages, a fini par nous dire que non, c’était impossible en l’état. Il fallait encore l’autorisation d’un autre chef, qui était absent ce jour-là.

C’est un ami chinois qui m’a parlé le premier de cet article du « Time » sur la déchéance de la culture française. Il trouvait les arguments du journaliste américain très convaincants, et c’est ce qui m’étonne le plus.

Les Chinois, pensais-je naïvement, devraient trouver amusant, au contraire, cette arrogante résistance culturelle que la France oppose aux Etats-Unis.

J’ai eu l’occasion d’en parler avec d’autres amis chinois. Curieusement, ils n’abordent pas cette question avec une « mentalité chinoise », mais en adoptant le point de vue anglo-saxon. Ils sont imprégnés, tout simplement, des raisons et de la façon de raisonner de la culture dominante, même si ces raisons contredisent leur propre façon de procéder.

Par exemple, ils reprennent l’argument selon lequel la seule chose qui compte est le marché, le succès commercial d’une œuvre. Pire, ils admettent l’idée que le déclin de la culture française se voit à ce qu’elle ne s’exporte plus aussi bien en Amérique. A aucun moment ils ne semblent regarder leur propre culture sous cet angle : leurs grands classiques sont largement ignorés, aux Etats-Unis, et si l’on suit le raisonnement du journaliste du « Time », on devrait alors considérer la littérature chinoise comme nulle et non avenue. Hong Lou Meng ? Un détail insignifiant face à Men come from Mars, Women come from Venus.

Autre exemple, la critique de l’exception culturelle. Les Chinois, plus que d’autres peuples, devraient être sensibles à l’idée que les productions culturelles ne sont pas des produits commerciaux au même titre que les baignoires et les appareils ménagers. Mes amis défendent au contraire l’argument qui dit que les aides de l’Etat sont le signe évident que la culture est moribonde. Pourtant, les Chinois ne défendent-ils pas leurs opéras, leur production musicale ? Ils ont bien raison, d’ailleurs, ce serait une tragédie de voir disparaître le Kunqu pour la seule raison que les Américains ne s’y intéressent pas, et que le goût du grand public s’en détourne temporairement.

On pourrait imaginer qu’ils voient cette polémique de loin, et qu’ils se disent, avec recul : « Mais que signifie cet acharnement contre la culture d’un petit pays comme la France ? Qu’on les laisse s’amuser, s’ils sont aussi centrés sur eux-mêmes. Qu’on les laisse faire leurs films bavards s’ils en ont envie, qu’est-ce que ça peut nous faire ? »

On pourrait penser aussi qu’ils prennent les choses avec pragmatisme et qu’ils profitent du volontarisme français pour faire produire et diffuser des films chinois que personne d’autre aujourd’hui n’a la capacité de produire : « Après tout, laissons-les faire. Avant de mourir tout à fait, ils auront plutôt développé, à leur petite échelle, quelques aspects de la culture chinoise. » Même chose pour les écrivains chinois qui bénéficient de l’orgueil des Français qui aiment se voir comme une nation universelle : François Cheng, Gao Xinjian, Dai Sijie, c’est toujours ça de pris pour le rayonnement de la littérature chinoise en Europe.

Mais non, ce n’est pas ce que j’entends. Ils n’ont pas la fibre européenne, il faut le reconnaître. Non seulement ils sont influencés par la façon de penser américaine, mais en plus, leur façon de voir les pays européens découle des rapports de force réels qui émergent aujourd’hui : le monde dépend de la danse de deux géants, la Chine et les Etats-Unis, tout ce qui est en dehors de cette danse n’a pas de poids.

Dans certaines questions qu’on me pose, et dans certains silences polis que je reçois, je crois percevoir l’intime conviction de mes amis chinois que « la mort de la culture française » n’est pas une formule provocatrice, mais l’évidence du monde à venir.

 

Parfois, mes étudiants écrivent des histoires qui font penser aux paraboles qu’on peut lire chez les anciens sages chinois.

Ainsi cet homme du pays Zheng qui, voulant acheter une paire de chaussure, mesura son pied à l’aide d’une corde. Puis il tarda à acheter sa nouvelle paire, car quand il essayait des chaussures, il oubliait d’apporter sa corde. Quand ses amis lui faisaient reproche de cette conduite illogique, l’homme répondait :

« Rien n’est exact que ma corde ! Je préfère me fier à cette corde qu’à mes pieds. »

Nul doute que se cache là-dedans une sagesse, quelque chose de propice à élever l’âme ou à se prémunir d’un danger quelconque.

Une étudiante raconte, par écrit, la vie qu’elle avait au lycée. L’année du concours d’entrée à l’université est terrible.

« Chaque jour je me levais à six heures et sortais de la maison à six heures trente. J’avais cinq heures de cours le matin, deux heures l’après midi, suivies d’un examen. Je rentrais chez moi à dix-huit heures et faisais mes devoirs jusqu’à minuit. C’était une journée ordinaire. »

La pression que les familles chinoises vivent autour de l’examen est inimaginable, je pense. Un examen qui détermine tant de choses dans la vie d’un jeune adulte, pour des familles qui n’ont qu’un enfant, et dans une concurrence inouïe, est incomparable avec tout ce qui se fait dans le monde.

Mon étudiante se souvient de cette année-là comme d’une période heureuse. « Je me souviendrai toute ma vie de ma vie de lycée, surtout des soutiens de mes amis et de mes parents. »

 

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Voici le restaurant où a dîné Sarkozy quand il est passé à Shanghai. Sur le Bund, donnant sur Pudong, le restaurant des frères Pourcel fut pour mes amis et moi un grand moment de réunion gastrique.
Des "lasagnes de queue-de-boeuf" à la "déclinaison de poire Belle Hélène", précédés d'une minuscule soupe au foie gras émulsionné (ou soupe émulsionnée de foie gras truffé), la bouffe nous satisfit suffisamment pour décider qu'à l'avenir, nous nous ferions une bonne table par mois (ou tous les deux mois, selon la lourdeur de l'addition.)


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Nous y allâmes moins sur un coup de tête qu'à la suite d'un pari. Dans un bar, la semaine précédente, nous parlions d'un film et et n'étions pas d'accord sur le nom du réalisateur. Je lançais un défi : "on cherche sur internet, et si j'ai tort, je vous paie un lunch chez Jean-George." Sous-entendu, si je gagne, c'est vous qui m'offrez ledit lunch. Grégoire trifouille son ordinateur de poche et voilà que mon triomphe éclate. Après, dans le cours de la discussion, le Jean-George s'est transformé en l'autre restaurant français du Bund.
Restaurant à la décoration dépouillée, moins raffinée et confinée que le Jean-Georges, et une ambiance moins orientée "business".

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Arrosé de deux bouteilles de Pessac-Léognan, le repas fut très cher : l'équivalent d'un mois de salaire pour un professeur d'université.

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La statue du Mao, c'était la grande marque de reconnaissance de l'université Fudan. On se donne rendez-vous à ses pieds, on flâne autour.

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Il y a quelques années, les ouvriers de la Chine communiste ont achevé la contruction des tours jumelles Guang Hua. Elles abritent les départements de sciences, mais aussi ceux de philosophie et de chinois. Dans ces tours se passent des choses intéressantes : une grande philosophe, C. Imbert, y a parlé de Rousseau pendant plus d'un mois ; une magnifique Chinoise francophone y donne des cours et organise des colloques de littérature comparée ; des groupes religieux américains s'infiltrent, donnent de l'argent et cherchent à imposer leur présence au sein de l'élite chinoise.


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La vue générale montre la concurrence des symboles. Nul besoin de déboulonner la statue de Mao. L'architecture postmoderne peut écraser le grand Timonier plus efficacement. Entre les deux symboles, la Banque Agricole fait un lien visuel que le voyageur interprétera comme il veut.

 



Tout cela, c'est ce qu'on peut voir de mon bureau, exposé au nord.

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