Dans le village touristique de Tong Li, le musée n’est pas bien indiqué mais il bénéficie d’un superbe espace. Deux espaces, en réalité, très différents l'un de l'autre. Le début de l’exposition consiste en un jardin et deux bâtiments européens (début XXe) se faisant face, avec des objets éparpillés dans le jardin et une exposition scientifique dans les deux maisons. La suite de l’exposition se passe dans des pavillons en enfilade (si j’ose dire) comme une maison chinoise traditionnelle, avec des cours intérieures qui se succèdent.
Avec la haine du sexe qui caractérise le régime actuel, et la gêne qu’il suscite
dans la population, ce musée est une prouesse incroyable, une anomalie, une exception remarquable qu’il faut soutenir. Le voyageur a l’impression qu’on a tout fait pour l’empêcher de le visiter
: déménagement dans un village à 80km de Shanghai, aucune mention même sur les brochures touristiques de Tong Li, aucune indication sur la carte. Or, contrairement à tout autre lieu
difficile à trouver, vous n'oserez pas demander la direction aux passants. A tout cela j'ajoute, pas de chauffage dans les salles, pourtant très humides!
Une fréquentation assez faible le jour où j’y étais alors que le village était plein à craquer partout ailleurs. On sent que cela vivote que ça peut.
Des godemichés vieux de 2000 ans, des pierres, des photos de paysages où la montagne ressemble à un vagin, des objets taoïstes en assez grand nombre. Les conservateurs ont une vue du moine taoïste comme un sage particulièrement porté sur la chose. Des porcelaines plus modernes, difficiles à dater. Un certain nombre de sculptures très récentes, non présentées comme telles et d’un goût plutôt moyen. C’est l’ennui avec ce lieu : on a envie de le défendre à tout prix pour ce qu’il représente, et parce qu’on n’en peut plus de l’idéologie ambiante qui règne en Chine et qui empêche les gens de penser et de s’écarter des opinions les plus ennuyeuses sur tout. Mais si on veut être honnête, on est obligé de reconnaître que des pièces vraiment intéressantes, il n’y en a pas assez pour remplir un tel espace. En revanche, cela ferait une très belle salle, et très populaire, au Musée de Shanghai.
Des jeunes rigolent en passant devant l’entrée. Depuis la ruelle, ils photographient la statue d’un gros gnome (peut-être antique) au pénis énorme, qui accueille les visiteurs. Je ne sais pas pourquoi ni comment il est possible que cette statue soit visible de la rue, mais ce n’est qu’un mystère parmi d’autres, qu’une contradiction inexplicable parmi toutes celles que les Chinois doivent accepter sans poser de question.
Le fondateur du musée est un sacré personnage. Retraité de l’Armée de Libération Populaire, il est devenu professeur de sociologie à l’université de Shanghai, et a profité de ses relations et d’une relative libéralisation de la vie politique locale, il y a vingt ans, pour faire des enquêtes sur la sexualité des Chinois, puis pour collectionner des objets de toutes les époques.
Cela reste une visite incontournable pour le touriste. Outre que c’est dans un village très beau, avec une architecture splendide et des temples et des jardins, le musée laisse une bonne impression qui dure longtemps.
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