Parfois, à table, en soirée ou en réunion, un homme parle de politique avec véhémence. Le ton de sa voix devient agressif et tout le monde écoute sans expression sur les visages. Dans ces moments, il est important de ne montrer ni accord ni désaccord. Il arrive que les étrangers puissent assister à ces scènes-là, mais il est nécessaire, je crois, que l'étranger en question soit ignorant de la langue chinoise, pour qu'on puisse lui traduire les choses dans une douce généralité.
Attention, ce qui suit est une hypothèse, une impression. Les lecteurs qui veulent des certitudes et des observations scientifiques sont priés soit de passer à une
autre lecture, soit de participer à la réflexion sur l'aspect générationnel du rapport à la politique.
Les gens qui ont connu la Révolution culturelle ont parfois cette attitude claironnante, beaucoup plus que les gens qui ont moins de quarante ans. En général, selon mon expérience, les
"moins de quarante ans" ne parlent jamais de politique, même pour la forme. En revanche, les plus jeunes, les étudiants, les jeunes adultes, en parlent davantage. Je ne sais pas à quoi
c'est dû, et je ne suis pas sûr que ce que je dis là soit observé par d'autres, mais il me semble que ceux qui sont nés dans les années 70 ont grandi dans une période où l'on ne
parlait plus de politique, mais que ceux qui sont nés dans les années 80 ont eu à subir dans les années 90 et 2000 un retour de l'enseignement idéologique, ainsi qu'une diversité d'opinions
au sein même du Parti.
Si bien que l'on trouve parmi les "moins de trente ans" qui osent parler, à la fois des gens sans convictions fermes et d'autres totalement conditionnés par l'idéologie du pouvoir, des jeunes
assez libéraux voire très libéraux (même en termes de droit d'expression et de droits de l'homme), et d'autres qui problématisent les questions de démocratie et de droits.






Commentaires