J’avais déjà rêvé, il y a presque un an, d'une immense bibliothèque française, alliée à un centre de recherche qui concentrerait toutes les pratiques et les dons de livres à Shanghai. Etant donné que les Chinois n'achètent pas de livres français, et que les Français naviguent à vue, sans se projeter vers un avenir quelconque, des livres sont achetés et donnés sans véritable réflexion, par habitude, par acquis de conscience, par gentillesse, parce que cela s'est toujours fait.

Or, j'ai cru comprendre que cette idée de concentrer les efforts était partagée. Il se murmure que le consulat pourrait, dans un avenir indéterminé, envisager de concentrer ses dons de livres sur un seul lieu, et ainsi s'investir décisivement sur ce lieu. Ce n'est pas une information, c'est une rumeur qui n'engage que les gens qui la colporte. Si je la prends au vol, c'est que l'idée me plaît plutôt, même si elle n'aboutit pas. Voilà une initiative qui me réjouit, mais dont j'espère qu'elle se fera avec discernement.
D'abord, quel lieu ? L'alliance française, cela va de soi mais ce n'est pas universitaire. Le centre sino-français de l'université Tongji est une bonne idée, sauf que personne ne le connaît. La bibliothèque Zi Ka Wei, ce serait formidable. Deux autres possibilités : créer un centre ex nihilo, en grande banlieue, qui coûtera la peau des fesses, ou s'établir dans une université qui existe déjà et qui offre un bon cadre pour nos livres.
L'université Fudan serait un bon choix, pour moi, puisque j'y suis tous les jours et que cela me serait bien agréable d'avoir des livres par milliers sous la main. Mais je doute que cet argument pèse très lourd dans la balance ; les gens de la diplomatie française ont des idées et des exigences beaucoup moins altruistes que celles qui consisteraient à me rendre heureux. Heureusement, nous avons d'autres arguments à faire valoir : un personnel plus attaché aux livres que dans d'autres universités et, surtout, un fonds de livres anciens qui date du temps des concessions internationales. Et puis, Fudan, c'est la fac la plus prestigieuse de la ville, à défaut d'être la plus francophile.
Quel que soit l'emplacement, le plus gros dossier à gérer sera de s'assurer du suivi des opérations avec les partenaires. Le risque, dans de tels projets, est que les acteurs locaux soient dans une attitude attentiste, promettant tout ce qu'on veut et accueillant la manne, financière, logistique ou autre, sans véritable contrepartie et avec un investissement minimal.
Ce type d'attitude a amené les Japonais, les Coréens, les Allemands et les Autrichiens à louer des salles à l'intérieur des universités et à créer des centres gérés exclusivement par du personnel originaires de ces pays. Comment vont se débrouiller les Français, c'est ce que vous saurez au prochain épisode..


Le poète a fait une promenade entre les différentes façons de se souvenir et de faire vivre la mémoire, chez Baudelaire, Nerval et Proust. Textes à l'appui, pour éviter d'être trop général, devant un public qui, s'il connaît quelques poèmes de Baudelaire, n'a jamais lu Nerval et ne sait de Proust, généralement, que le fait qu'il était homosexuel et qu'il écrivait des phrases trop longues, Gérard macé a fait un cours de littérature comparée assez magistral. Sans concept technique, sans théorie universitaire, il a intérprété succinctment des passages des uns et des autres pour amener les étudiants à apprendre à lire, dans les mots des autres, leurs propres expériences du sommeil, de la sensation et de la réminiscence.
Ce qui est beau, dans la vie de Macé, c'est qu'il n'a jamais été universitaire. Il a enseigné le français dans un lycée technique, sans avoir à s'encombrer de prose académique, et il a écrit des poèmes, des promenades, des "choses vues" des "choses rapportées", des choses lues. Petit à petit, il s'est fait un nom, puis il a obtenu des prix littéraires (Médicis pour Ex Libris), et il a inspiré des chercheurs et des critiques de premier ordre (J. Starobinsky et J.P. Richard ont écrit sur lui). On a fait appel à lui pour écrire des préfaces.
Ce qui est beau, aussi, c'est sa manière de ne pas écrire. Il n'a jamais de stylo avec lui et ne prend jamais de notes. Il n'a pas écrit ses conférences pour les étudiants de Fudan car il s'en dit incapable. Huang Bei a donc fait l'interpète sans filet, avec pour seule préparation les quelques textes prévus à cet effet. Il ne connaît pas l'angoisse de la page blanche car il ne se met jamais devant une page blanche, sans avoir déjà des phrases qui se sont formées dans son esprit et qu'il peut retenir par coeur. Il se récite des phrases, il les rumine, les remâche, les modèle de l'intérieur avant de les inscrire sur un écran ou sur du papier. Après, dit-il, c'est un travail d'artisan, de finissage et de polissage.
Il n'est pas parti sans offrir au département de français quelques livres. Des recueils de poèmes, des récits de voyage (Illusions sur mesure), des critiques sur Proust (Le manteau de Fortuny) et sur Nerval (Je suis l'autre), et même des livres de Nerval dont il a écrit la préface. Pour nous, au département, ce sont des cadeaux inespérés et précieux, car les universités chinoises ne commandent pas de livres français, et que toute bibliothèque francophone, ici, se constitue par dons, par extractions, par soutirages, par suppliques, et même, parfois, par photocopillages.
Macé, toujours accompagné de sa femme, est ensuite parti pour l'inauguration de la "fondation Victor Segalen", dans un village du Zhejiang. Après quatre jours de conférences et de discussion, il n'aura pas chômé et je serais très surpris qu'il ne soit pas sur les rotules à la fin de ce week-end.  

J’entends souvent dire qu’avec internet, c’est la fin du off, la fin de la séparation entre privé et public, etc. Très bien, alors je vais balancer méchamment.

J’étais au restaurant avec trois amis, mais comme c’est internet, je vais divulguer les noms, je prends le risque.

J’étais chez Jean George, restaurant excellent où je me rendais pour la troisème fois, avec, je cite de mémoire et par ordre alphabétique, Aloïs, Arthur et Grégoire. Voilà, je me fous des conséquences, c’est la force d’internet, c’est le risque des blogs, la splendeur du cyberjournalisme.

J’irai plus loin : Arthur et Aloïs venaient de s’acheter un e-phone et tripotaient leur superbe appareil, tandis que Grégoire, rongé par la jalousie, car il possédait une version vieille de six mois d’un super téléphone pas aussi classe que l’e-phone, gérait comme il pouvait les effluves et les vapeurs, dues à une soirée qui ne s’était terminée que quelques heures auparavant.

Moi, au contraire, je m’étais préparé pour être concentré sur la nourriture et la boisson, car je suis plus attaché qu’un autre aux choses de la fourchette, du palais et de la mécanique gastrique. Je m’étais levé à 7h30, et avais mangé jusqu’à 9h00. J’étais, par conséquent, parfaitement au point pour profiter d’un déjeuner de qualité sur le Bund. A 13h00, la digestion était faite, je n’avais ni trop ni trop peu faim. Le bon équilibre.

Nous demandons à parler au sommelier. Un Français approche et nous parle des fameux vins chinois dont on parle tant. Les vins de « Grace Vineyard » bénéficient d’une bonne réputation. Des collègues m’en ont parlé, un homme d’affaire français y consacre un billet sur son blog, des émissions de télévision ont été faites autour d’eux. Ils concurrencent, paraît-il, les vins européens. Le sommelier est un peu gêné, il nous dit que ces vins sont « bien faits ». Il ne sort pas de ce vocabulaire peu engageant : « Non non, c’est tout à fait sympathique. Il est bien en bouche, il a de la rondeur… Il manque peut-être un peu de structure mais, pour un vin chinois, c’est tout à fait intéressant. Les blancs surtout… Les rouges, c’est autre chose. » Mouais. Qu’est-ce qu’on fait, les mecs ? Je pose quelques questions techniques au sommelier qui ne sort pas de sa réserve polie. « Si vous voulez, dit-il, je peux vous faire goûter le chenin blanc et le chardonnay. Vous pourrez comparer. » Très bien, goûtons voir si le vin est bon.

Le chenin blanc est une exclusivité Jean George. Vous le saurez, si vous voulez boire ce qui se fait de mieux en vin blanc chinois, il faudra venir chez Jean George, ce qui, je vous le dis tout de suite, est plutôt une bonne chose à faire si, comme moi, vous attachez plus d’importance à votre palais qu’à d’autres parties de votre anatomie. Nous goûtons les deux blancs de chez Grace Vineyard et nous prenons le chenin blanc pour l’apéritif. Il est 13h30 et notre sommelier fronce imperceptiblement les sourcils, sans se départir d’un sourire professionnel. Quelque chose lui dit que nous allons rester un peu longtemps.

Grégoire trouve que le vin a des bulles, mais à part cela, tout le monde est satisfait du chenin blanc. Nous commandons. Je conseille à mes amis le foie gras brûlé et le filet de bœuf, que je trouve succulents. Grégoire, dont on ne sait jamais tout à fait s’il est avec nous ou s’il flotte dans les réminiscences des bacardi-cokes étoilés, préfère une soupe aux champignons avant le bœuf. De mon côté, j’opte pour la salade de crabe et une pièce de veau. Je ne serai pas déçu du voyage.

Nous arrosons les plats de résistance d’un rouge du même producteur chinois. Il ne sera pas dit que nous n’avons pas essayé, et j’avoue que j’étais très curieux d’en avoir le cœur net. La bouteille de merlot n’a pas eu le même succès. Arthur l’a trouvé excellent à la première gorgée mais a émis des réserves au fur et à mesure que le repas tirait  vers la fin. Aloïs ne disait rien – mais en même temps, Aloïs ne parle jamais beaucoup, alors son silence est difficile à interpréter – et Grégoire a finalement admis que son gosier était matelassé de telle façon que les liquides ne pouvaient pas être distingués d’un quelconque cocktail de boîte de nuit.

Le dessert a mis tout le monde d’accord. Le grand classique des desserts : le « Jean George Chocolate Cake », qui fond et vous réchauffe le cœur, qui vous rend meilleur homme et plus indulgent avec vous-même, à défaut de l’être avec les autres.

Avec l'intervention du sénateur Jean-Luc Mélanchon, anti Dalai Lama et pro-chinoise, je crois qu'on démontre avec éclat que chacun a le droit de s'exprimer dans un système de presse indépendant.

Il est difficile de défendre les médias officiels chinois pour une raison simple : ils ne font pas ce qu'ils veulent. Les informations qu'ils donnent peuvent être vraies, c'est une possibilité. Mais on ne peut pas se fier à eux car personne ne peut, à l'intérieur de ce système, dénoncer des erreurs éventuelles ou des contre-vérités s'il y en a.
Or, à l'occasion des événements lors de la cérémonie de la flamme olympique, Dieu sait que des Français se sont exprimés pour rejeter les manifestations qu'ils jugent anti-chinoises.
Mélanchon ne dit pas que des bêtises, sur son
blog, je suis assez d'accord pour reprocher à l'idéologie ambiante de cacher une sourde tendance au racisme anti-chinois. Mais je crois qu'il est dommage qu'il présente les faits historiques avec tant de négligence, tant d'ignorance et d'agressivité anti-tibétaine. Son argumentation est brouillonne ; il confond la situation du Tibet avant l'invasion chinoise et la figure actuelle du Dalai Lama, comme si ce dernier avait pour projet de rétablir le servage.  
C'est certainement contre productif, mais cela relance le débat. Le débat a le mérite d'exister même si les termes sont mal posés, et si cela pouvait contribuer à ce que l'on se penche un peu sérieusement sur l'histoire de la Chine, alors tout ne serait pas perdu.

Pendant que l'écrivain parlait, accompagné de sa charmante traductrice, un étudiant juste en face de lui, assis à la table ronde, dormait. La tête renversée en arrière, la bouche ouverte, il n'avait pas cherché à dissimuler sa fatigue.
L'écrivain n'avait pas commencé depuis plus de quinze minutes que je pouvais compter trois dormeurs dans la salle.
C'est alors que m'apparut cette évidence : les Chinois dorment beaucoup dans les lieux d'études. Je m'y étais tellement habitué que je l'avais intégrée à mon rapport avec eux, et l'avais occultée en fin de compte.
Pourquoi personne ne le réveille-t-il pas ? Par pur respect des convenances, je ne sais pas, par politesse pour l'écrivain étranger qui lui fait l'honneur de traverser le monde pour lui parler de Baudelaire. Non, cela ne viendrait pas à l'idée, et c'est très bien comme cela. J'ai toujours détesté qu'on réveille les gens, en classe ou en soirée.
Malgré tout, je me suis demandé ce que l'on penserait si l'on était en Europe. Mettons, en Grande Bretagne. Imaginons trois étudiants en train de dormir, sur une assemblée de cinquante personnes. On penserait de suite que ce sont de jeunes fêtards qui ont trop bu la veille.
En Chine, le dormeur a une autre image. Spontanément, on se figure qu'il a travaillé toute la nuit, penché sur des livres, dans une petite lumière qui lui bousille les yeux. En réalité c'est inexact, les étudiants les meilleurs sont ceux qui savent être en forme quand ils ont cours, mais la réputation et la force de l'image sont là, puissantes et mystérieuses.
Ô, conférenciers qui viendrez à Shanghai et dans les autres provinces fleuries, laissez dormir les jeunes Chinois, qui signent, par cette échappée de la conscience, leur différence culturelle et leur exception française à eux.  

Dans les rues de Shanghai, le voyageur voit des hommes porter des sacs qui leur donnent un air féminin. C’est que l’homme shanghaien porte le sac de sa femme. Quand la femme arbore un air fier et hautain, le couple donne une image où l’homme est dominé. Mais les dominateurs aussi portent le sac de leur poulette, c’est une mode, un modus vivendi. Une manière, peut-être, de montrer qu’on est un vrai mec.

Dans le reste de la Chine, l’homme shanghaien a la réputation d’être peu masculin. D’ailleurs, les hommes de Shanghai que je connais ne revendiquent pas leur appartenance à la ville. Ils disent qu’ils sont nés dans telle ou telle localité, alors même qu’ils parlent shanghaien entre eux. Les hommes ne sont pas fiers d’être de Shanghai, peut-être à cause de cette réputation. Les femmes chinoises, en revanche, les considèrent comme les meilleurs époux du monde. Le portage du sac dans la rue n’est qu’un exemple. Ils participent aux tâches ménagères, ils donnent leur salaire à leur femme qui gère le foyer, ils sont plus courtois et plus attentionnés que les autres Chinois. J’ai connu plusieurs femmes – vivant à Shanghai mais venant d’autres provinces - soupirer : « Hélas, mon mari vient du nord ! »

Une amie m’a assuré qu’elle ne se marierait qu’avec un Shanghaien. Elle prend son père comme exemple, et lui voit toutes les qualités requises. L’accusation de féminité, elle l’évacue d’un geste de la main : « Mon père est très viril et n’a pas besoin d’être un macho pour le prouver. »

Au moment où j’écris ces lignes, deux de mes étudiants passent devant le café sans me voir. Le garçon porte un sac en skaï et la fille traîne un peu les pieds. Elle a l’air fatigué et elle se plaint. Le garçon lui dit quelque chose qui la fait sourire. Quand ils passent à ma hauteur, mon étudiant continue de parler, et mon étudiante, un sourire las aux lèvres, regarde son petit copain avec des yeux remplis d’amour. 

Dans les récits de voyages d’Auguste Haussmann (1843-1845) ou d’A. Raquez (1900), et les chroniques tenues par les rares Français qui font paraître « L’écho de Chine », la ville chinoise de Shanghai est invariablement décrite comme puante et sale. Cela continuera jusqu’à Albert Londres qui proposera de faire fortune en vendant des pinces à linge à l’entrée. Les Occidentaux s’installent non loin avec leurs propres étrangers. Les Anglais ont leurs Sikhs, les Français leurs Annamites. Les Chinois ne sont pas admis dans les concessions étrangères, jusqu'à la révoltes des Taiping qui fait refluer des centaines et des milliers de Chinois qui cherchent refuge dans ces îlots européens surprotégés.
Commencent alors la grande ambigüité, qui ne cessera plus, entre étrangers et Chinois. Shanghai va protéger des Chinois tout en les méprisant, les étrangers vont épauler le gouvernement chinois dans sa lutte contre les Taiping mais en restant plus ou moins ennemis. Shanghai va développer l'économie de la région tout en gardant une mauvaise réputation aux yeux des locaux.
Même acceptés dans les concessions étrangères, les Chinois - même riches - sont exclus de nombreux lieux publics et de lieux de loisirs. Les récits parlent parfois des Chinois de Shanghai avec mépris. Des poèmes s’en moquent même avec racisme et une lourdeur rare. On y lit aussi le récit d'émeutes assez violentes : en 1898, les Chinois qui de la concession français avaient fait un cimetière d'un terrain vague. Quand les promoteurs ont voulu construire, les révoltes durèrent plusieurs jours, il y eu des morts.

La ville européenne n’inspire pas beaucoup plus les plumes de la belle époque. Segalen écrit à sa femme combien il déteste la ville. L’église Xu Jia Hui, et tout le quartier, tout cela le dégoûte. De nombreux esthètes actuels persistent dans ce sentiment : Shanghai, ce n’est pas la Chine éternelle.

Bref, Shanghai coloniale est loin d’être glamour.

Si vous passez par Shanghai la semaine prochaine, vous pourrez venir à l’université Fudan pour assister à des conférences du grand critique, sur Baudelaire, Nerval et Proust.




Je me sens assez verni, pour dire le vrai. Je travaille à l’autre bout du monde, je ne fréquente que des gens charmants, personne ne me cherche de poux et je vois défiler un nombre incroyable de chercheurs, d’écrivains, d’hommes politique, qui viennent parler aux jeunes Chinois.

La semaine dernière, j’ai raté Paule Constant, car des excès de la veille m’interdisaient de me lever, mais je tiens à ne pas rater Gérard Macé.

C’est un des meilleurs critiques de la littérature, parmi les poètes vivants. Un vrai spécialiste de Nerval.


Mardi, mercredi et jeudi après-midi au département de littérature comparée. Conférence d'une heure traduite en chinois par l'excellente Huang Bei.

Vendredi matin au département de français, sans traduction chinoise.

 

Des Français écrivent sur Shanghai depuis les années 1840. Cela nous fait 170 ans de littérature, ce n’est pas peu dire, et savez-vous qu’il n’y a pas une étude digne de ce nom sur le sujet ?

Alors, comme d’habitude, comme chaque fois qu’une bonne idée traîne dans le coin, je m’en charge. Pas tout seul, d’ailleurs, puisque j’encourage des étudiants shanghaiens à se pencher sur cette question. La transformation des images de Shanghai dans la littérature française, j'imagine que cela pourrait être une façon pour eux d’utiliser leur parcours universitaire pour embrasser l'identité  de leur vie urbaine. Il y a une identité française de Shanghai, comme il y a une identité italienne de Lyon, ou une identité juive de Venise.
Il nous reste à créer un centre de recherche international, centré autour de la bibliothèque Zi Ka Wei, qui travaillera sur tous les textes écrits sur la ville, en plus de vingt langues. Cela aussi demande ardemment à être fait. Comparer les images de la ville selon les époques et selon les pays d’origine des auteurs. Imaginez un peu les lettres et les journaux intimes des Japonais, des Polonais, des Africains... Ne me dites pas que cela ne vous fait pas rêver !

Commençons par les Français, et posons l’hypothèse qu’il y a eu quatre grandes époques.

Le temps des colonies, où les étrangers ne se mêlaient pas aux Chinois. Ils apportaient leurs propres étrangers, d'Inde et de Cochinchine, et ne voulaient rien avoir à faire avec la Chine, commerce excepté. 


La Belle époque
, où Segalen rejette cette ville : elle est exclue de la Chine éternelle des esthètes.


Les Années folles
où les Chinois prennent une plus grande importance dans le mythe que nos écrivains sont en train de créer, mythe d'une ville capitaliste, aventurière, immorale et comploteuse.


Les années maoïstes
où les écrivains sont accueillis par le régime en place. Font-ils seulement attention à Shanghai ? C’est à étudier.


La temps de la réouverture
aux étrangers, de 1978 à nos jours, et la reprise du capitalisme, avec une différence de taille : Shanghai est devenue chinoise à part entière. Elle est même devenue un symbole de la Chine éternelle, de sa capacité à se relever, à digérer les conquêtes étrangères et à les siniser.

 
Histoire d'une inclusion. Ou comment une ville est tenue à l'écart de la culture d'un pays avant d'en devenir un symbole et une locomotive.  

Ah oui, avant que j’oublie, je voulais glisser en douce une petite remarque là-dessus, car je sais que beaucoup de gens se bercent d’illusions et se fourvoient dans les plus poussifs des préjugés. Les hommes asiatiques n’ont pas le sexe plus petit que nous, et les femmes asiatiques n’ont pas le vagin plus étroit que les autres. Il fallait que ce soit dit pour des questions pédagogiques et pour dédramatiser toute la question.

J’ai connu des Françaises plus expérimentées et pourtant plus étroites que des Chinoises très respectables.

Il faut donc cesser de fantasmer dans tous les sens et sens dessus dessous. Les femmes asiatiques ne doivent pas avoir peur des étrangers sous cet angle. Les hommes asiatiques ne doivent pas se sentir inférieurs. Les hommes qui se font aimer des femmes blanches et noires ne sont pas forcément bien membrés et ceux qui vont avec des femmes asiatiques ne sont pas forcément dotés d’un petit sexe. Voilà, c’est un peu ridicule à écrire, mais je crois qu’il fallait le dire. Vite fait, comme ça, l’air de rien.

Maintenant, parlons géopolitique. Tibet, si vous voulez, ou Birmanie.

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