Je n'avais pas adore ce film de Sophia Coppola qui donnait une image caricaturale des Japonais. Je ne pouvais pas m'identifier au personnage, non plus, perdu dans cette ville impenetrable.

Maintenant que je suis au Japon et que je vois le comportement de certains etrangers, il apparait que Lost In Translation est une assez bonne satire de ce que peuvent etre les Anglo-Saxons dans un pays ou l'on ne parle pas anglais. Qu'on ne parle pas leur langue, cela leur est de plus en plus intolerable, incomprehensible, et cela peut les tetaniser, comme le hero du film qui se cloitre dans son hotel.

L'autre jour, dans une auberge, une fille parlait de la Catalogne et de la volonte d'independance de ses compatriotes. Elle, elle ne militait pas pour l'independance, mais elle voulait seulement que les gens qui vivent en Catalogne comprennent au moins le catalan. Un Anglais l'ecoutait et lui a dit : "Pourquoi attacher autant d'importance aux langues ?" La fille etait sans voix.

Il est vrai que peu de gens parlent anglais parmi les Japonais, mais ou est le probleme ? Cela ne les empeche pas de se developper economiquement et de developper une culture fascinante. Pour nous, il reste plusieurs options. Apprendre le japonais serait la meilleure. Sinon, employer quelques mots strategiques en anglais, compris par tous. Et avec quelques gestes, on se comprend. J'ai demande vingt fois mon chemin hier soir pour aller a un rendez-vous. Les rues n'ayant pas de nom affiche, c'est un peu la croix et la banniere pour trouver un petit restau dans une rue sympa. Vingt personnes m'ont aide sans dire un mot en anglais, et j'ai trouve le restau, presque a l'heure pour mon rendez-vous.

Pour mon premier soir a Tokyo, j'ai dine avec une femme dont j'ai fait la connaissance sur internet. Un Anglais m'avait donne le tuyau d'un site internet  pour les voyageurs : www.couchsurfing.com. Le principe est simple, vous vous inscrivez, vous proposez de loger les voyageurs de passage, ou de les rencontrer pour un cafe, et quand vous etes en vadrouille, vous vous faites heberger par ceux qui sont chez eux. D'ou le nom du site : faire du surf sur les canapes. Ca a des airs de site erotique, mais ce n'en est pas un.

Pour l'instant je n'ai pas eu de logement, mais mon Anglais en a deja profite a plusieurs reprises. Ce qui m'interesse surtout, dans ce concept, c'est de rencontrer des gens du coin qui parlent anglais et qui puissent vous entretenir un peu de leur vie. Je reve, moi, de rencontrer des Japonais. J'en vois partout, mais aucun contact n'est possible. Alors s'il faut passer par internet, pourquoi pas. Et puis c'est vrai que mon canape est disponible a qui en a besoin, a bon entendeur salut.

Jade, qui m'a donne rendez-vous a une station de metro, s'avere ne pas plus japonaise que  vous et moi, mais chinoise de Malaisie. Elle m'a emmene a un restaurant tres sympathique ou l'on a mange beaucoup de petits plats typiques propres a surprendre, voire a degouter les Occidentaux, des langues de je ne sais quels batraciens, des joues, des levres, des choses mouvantes, du tofu, je ne sais plus quoi encore. Jade avait un accent americain, elle m'a peu parle du Japon puisqu'elle n'y connait rien, mais elle m'a tout dit de la Malaisie, alors je n'ai pas tout perdu.

Je suis rentre ravi d'avoir vu que ces sites internet fonctionnent bien. Ils on un petit cote boys scout, petits garcons qui veulent rendre le monde meilleur, un petit cote communautariste, ou il faut toujours faire du contact, creer du lien, s'investir dans la communaute (a les entendre, on a jamais le temps de s'isoler pour bouquiner tranquillement) mais ils sont clairement utiles pour les voyageurs. Je vous le conseille pour votre prochain voyage, pas dans l'objectif d'economiser de l'argent (car il faut inviter a manger, donner un cadeau, etc.) mais dans celui de rencontrer des indigenes.

Avant de quitter Kyoto, je suis alle visiter le temple To-Ji, au sud de la gare. Dans le "sous temple" Kanchi-In, je fus eberlue par un jardin Zen completement farfelu. Meme principe que d'habitude, des pierres, du gravier, de la mousse, mais construit avec une symbolique transparente. Un arrangement de pierres figure un dragon tenant une sphere dans la gueule. Un autre represente un oiseau, ou un poisson volant... Bref, le jardin a des significations claires, parfaites pour chercher ou donner des explications a des touristes, mais l'abstraction est perdue, et avec elle, les possibilite de meditation. Meme le gravier a pour fonction de delimiter chaque massif de pierres, plutot que de donner cette vision de lignes confuses et unificatrices.

C'est la que se voit l'immense diversite du Zen. Si l'on regarde ses differentes applications et manifestations, on est ahuri par sa force de metamorphose. Reprenons quelques etapes :

1- En Chine, le fondateur de la secte etait un provocateur du genre de Diogene le Cynique. Il maniait l'insulte et donnait des coups de baton a ses disciples. Il rejetait et meprisait les temples, les croyances, les rites. Il ne fallait pas, selon lui, suivre un enseignement, mais se convertir, par la grace violente d'un scandale interieur, a la sagesse radicale.

2- Au Japon, les moines Zen, car il y en eut malgre les admonestation du fondateur, developperent un art a la limite de l'abstraction, et jouait sur la "logique du sens". Leurs jardins ont l'air d'avoir un sens mais laissent le visiteur perplexe. Leur discours et leurs questions aussi etaient deroutants : "Quel bruit ca fait, une main qui applaudit toute seule ?" Ils montraient combien le sens et le non-sens etaient entrelaces.

3- Les samourais virent dans ces moines un modele de self control. Quand ils self-controlerent le pays, ils favoriserent la secte, ce qui en fit un mouvement militariste, qu'ils le veuillent ou non. Il fallait sans doute aux samourais un fond religieux nouveau, debarasse des pesanteurs passees. Est-ce que les samourais avaient, de leur cote, un penchant, une inclination, une opinion sur la question de la logique du sens ? Peut-etre. Il faudrait lire quelque chose la-dessus, ou bien regarder les films de Tom Cruise.

Ah! Les capitales, c'est pas pour dire, mais c'est les capitale. Une capitale n'est pas une ville comme les autres en plus gros, c'est une ville ou il y a tout, les plus riches et les plus pauvres, les plus fous et les plus casaniers, meme les plus provinciaux sont a la capitale. Alors que la ville compte autant d'habitants qu'un pays europeen entier, les transports y sont plus facile a utiliser qu'ailleurs. En France, on navigue plus facilement a Paris qu'a Lyon, par exemple, si on ne connait ni l'une ni l'autre ville.

Arrive a Tokyo, je suis alle dans le quartier Asakusa ou l'auberge m'avait reserve un lit. Une auberge dans une vieille maison d'au moins un siecle. Tout en bois a l'interieur, un vieux bois qui craque. La chambre que le manager me montre est une salle vide avec 5 futons replies les uns a cote des autres, des tatamis froids sous les pieds dechausses, une piece tres mal isolee. Il me fait visiter le reste de son auberge, le bain, les toilettes japonaises, les toilettes occidentales, la salle de repos ou personne ne repose jamais tellement elle est sombre et pas accueillante. Il n'y a qu'a Tokyo que je pouvais voir cela.

Sur le chemin du lavomatique, j'ai vu dans les ruelles de ce quartier populaire des bars de vieux, des restaurants deglingues, une atmosphere plus inquietante qui m'a fait du bien. La capitale est toujours plus chere que les villes de province, mais c'est aussi a la capitale qu'on trouvera plus surement des commerces pour gens fauches, et c'est le cas d'Asakusa. Je me suis dit que j'avais bien choisi mon quartier.

Parce que c'est difficile de parler de Tokyo. Comment parler de quelque chose qui n'a pas de centre ? Tokyo est une juxtaposition de quartiers, aux identites marquees, mais il faut certainement y vivre assez longtemps pour en avoir une comprehension generale. J'ai donc decide de me laisser porter et d'aller (un peu) au hasard. Je verrais bien ce que je recolterai. 

Le chateau Nijo-Jo, lui, est tres plaisant a voir, pour une chose presque merveilleuse : le plancher ne grince pas, il couine. Il a ete concu pour produire un cui cui d'oiseau quand on marche dessus, sauf que le bruit produit est entre le couinement d'une souris et le chant d'une hirondelle. Vous marchez, et vous entendez cette rumeur aigue mais vous ne savez pas que c'est vous qui la provoquez. Elle sort de nulle part, des murs, de derriere vous. Comme tous les touristes se dechaussent, on entend aucun bruit de pas, mais un vol d'hirondelle. Et quand un groupe de collegiennes passent en riant, c'est une vraie fantaisie symphonique. En ces temps de paranoia securitaire, voila ce que j'appelle une belle idee de protection.

  

Le chateau de Himeji est a l'exterieur de Kyoto, a une heure et demie de train. C'est un magnifique chateau mais c'est la que je me suis apercu de ce que je n'avais pas envie de visiter au Japon. Une enorme forteresse concue pour etre inexpugnable. L'architecte aurait eu un plaisir infini a diner avec Vauban. Tellement inexpugnable qu'aucune armee ne s'y est jamais frottee. On est loin, a Himeji, tres loin des jardin Zen et de la delicatesse des interieurs douillets et compliques des "sous temples" bouddhistes. Ici, tout n'est que protection et intimidation glaciale. Misa a part la construction generale des remparts, en demi cercles emboites, pour faire parcourir a l'ennemi potentiel un maximum de distance avant de parvenir a la tour centrale, mise a part cette idee, ce lieu ne m'inspire guere.

J'ai suivi la route imposee aux touristes, apprecie les calligraphies et les journaux intimes des membres de la famille regnante du 18eme siecle, les Sakai, et suis parti me promener dans les recents jardins attenants au chateau. Des jardins ou je n'ai pas ressenti d'emotion non plus.

Alors je me suis dit qu'il me fallait me reposer. Arreter de visiter, me poser et lire, par exemple, boire des cafes, essayer d'entrer en contact avec des Japonais dans les cafes, quand ils ne dorment pas.  

On parle peu de la culture des cafes, au Japon. Il y en a partout, les decorations sont variees, ils sont souvent tres confortables, ils portent souvent des noms francais, Cafe la joie, Cafe bonbon, Vie de France, La Gerbe. On en trouve dans les centre villes et dans les ruelles des residences de banlieues, sur les hauteurs, et meme dans les montagnes qui entourent les villes. Ici, les Starbucks font pale figure.

Je me suis arrete, non loin du "Chemin des philosophes", a Kyoto, dans une villa baptisee "Boutique grenier". Le decor est surrealiste, la proprietaire de la maison a transforme son chez soi en salon de the anglais, des nappes en gros tissu a motifs anciens, tout le reste en bois, des fleurs sechees qui pendent partout, des vieux trucs achetes dans des brocantes europeennes. La patronne, la cinquantaine aux cheveux longs de hippy, les vetements en laine aux motifs ethniques et chaussee de sabots, discutait avec une amie grisonnante de choses intellectuelles, ou spirituelles. Elles consultent de gros dictionnaires japonais. De temps en temps elles se marrent, je crois qu'elles se foutent de moi. Elles rient comme des etudiantes. La tenanciere a des allures, le sourire et la dentition d'une ancienne amie de fac.

Pour moi qui suis intoxique au cafe, qui passe une mauvaise journee si je n'en bois pas, c'est une divine surprise que tous ces etablissements.

Mon bon filleul,

C'est aujourd'hui ton anniversaire. Ou c'etait hier, ou ce sera demain, ou dans quelques jours. je te souhaite tout le bonheur envisageable pour ta huitieme annee d'existence. Ou neuvieme annee.

Je t'ecris du Japon, un pays lointain ou il fait generalement froid l'hiver. Tu n'es pas encore a l'age ou tu peux rendre visite a ton parrain pour qu'il t'enseigne les vertus du travail et de la fraternite, mais ce jour viendra et nous irons faire du snowboarding au nord de Hokkaido. Je t'entretiendrai de quelques grands principes republicains dans le red light district de Kabuki cho, a Tokyo. Quand les neons rouges se confonderont avec tes pensees metaphysiques, tu croiras apercevoir un element important de la pensee zen, et il te faudra te mefier de cette illusion. La vie, tu l'apprendras avec joie, est pleine d'illusions et de merveilles.

En attendant, sois sage et bon avec ta mere et rends ton pere fier de toi, 

ton parrain qui pense a toi.

Je suis frappe par le contraste qu'il y a entre la retenue des Japonais, dans la rue, leur maniere  de ne pas se regarder, de ne pas entrer en relation, mon incapacite a capter un regard, ce qui me ramene a l'etat de fantome, et la sexualite lascive, omnipresente, des mangas que tout le monde lit dans le metro, l'hedonisme des affiches publicitaires.

Ici meme ou je vous ecris, ce n'est pas un simple cybercafe, mais une bibliotheque de mangas, il y en a des milliers, peut-etre davantage. On se fait preter un ordinateur portable et on surfe tant qu'on veut dans une ambiance feutree, avec des boissons gratuites. On paie a la fin, un prix exorbitant. En feuilletant ces bande dessinees, j'ai realise combien les fantasmes sexuels sont a fleur de peau. Sous la reserve, juste sous la couche de politesse et de marbre qu'affiche la population la plus respectable du monde, bouillonne une violente envie de jouir comme des betes en rut.

Mais comment se rencontrer ? Un jeune Japonais tres sympa, bien sous tout rapport, m' a dit qu'il allait avec ses amis dans des "girls bars", des bars ou des filles (pas des prostituees) sont payees pour faire la conversation avec les clients. C'est bien, c'est pragmatique, ca avoue clairement que les hommes modernes ne savent plus aborder une femme, qu'ils ne savent plus comment s'y prendre, comment parler a une femme, comment la seduire en pleine lumiere. Cela avoue aussi peut-etre que les femmes modernes ne sont plus la pour cela non plus, qu'elles non plus ne savent plus se laisser aborder par des hommes, se laisser seduire et seduire. La galanterie, ne l'oublions pas, ca marche dans les deux sens.

Les quelques contacts que j'ai avec de jeunes femmes japonaises montrent qu'elles n'ont pas une minute a elles. L'une vient de m'ecrire qu'elle doit rester au bureau jusqu'a minuit car elle a une reunion a 22 heures. L'autre m'avait deja dit qu'elle aimerait me voir le 2 fevrier. Comme je n'etais pas dans sa ville le deux fevrier, elle me propose le neuf. Les autre jours, elle est vraiment trop busy. Mon Dieu, et si je manque le rendez-vous le neuf, pour cause de voyage, que se passera-t-il donc ?

Et pendant qu'ils travaillent tous jusqu'a point d'heure, l'industrie du sexe invente des objets d'un grand raffinement, les sites gentiment porno sont legions et tres propres, ou des jeunes Japonaises sont a la fois esclavagisees et honorees comme des deesses. La jeune Japonaise aux gros seins, ainsi que les images labiales de tout acabit, rendent fous soixante millions d'hommes qui n'ont ni le temps ni le savoir-faire pour faire la cour a la copine de leur femme, a leur voisine ou leur collegue.

Alors bien sur, vous etes contre les 35 heures, vous etes pour, vous vous en fichez, vous votez Sarkozy, Segolene ou Le Pen, moi je m'en balance, mais voudrions-nous, nous Europeens, par amour de la croissance economique, en arriver a ne plus pouvoir boire un verre avec des amis venus de loin, a ne plus savoir parler aux femmes, a ne plus les regarder ? Ne vaut-il pas mieux garder notre mauvaise reputation de faineants, mais essayer de rester en contact encore un peu ?

Voici venu le temps de parler du jardin le plus extraordinaire, celui pour lequel on traverse des mers et gravit des montagnes. Le jardin zen de Ryo-An Ji.

C'est un jardin celebre, mais qui inspire mal les voyageurs et les ecrivains. Il inspire trop ou trop peu. Citons pour exemple un auteur que j'aime, Nicolas Bouvier dans Chronique Japonaise : "Quant au jardin (une des manifestations les plus parfaites de l'esthetique du Zen), c'est quelques rocs aux formes tourmentees choisis avec un soin jaloux par des "specialistes" voila bientot cinq cents ans et merveilleusement disposes sur un eblouissant fond de sable blanc. Cela et cela seulement."

Qui connait Bouvier reconnaitra qu'il n'etait pas inspire. Il nous habitue a mieux. Les rocs "aux formes tourmentees" ? Faux, elles ne sont pas tourmentees du tout, les formes de ces pierres, il confond avec les jardins chinois. Ici, les pierres ont des formes, des couleurs et des tailles differentes, mais elles n'ont rien de tourmente. "Merveilleusement disposes" : c'est ce qu'on dit quand on ne sait pas quoi dire, un peu comme quand on s'exclame que la Chine est fascinante. "Eblouissant fond de sable" : d'abord c'est du gravier (je sais je suis chiant mais c'est plus fort que moi, et si on confond sable et gravier, bordel, mais ou va-t-on ?), et "eblouissant" seulement s'il fait un grand soleil. Sinon c'est gris. Ou plutot c'est noir et blanc.

Bouvier oublie trois choses importantes. Le jardin est entoure d'un mur en terre assez bas, dont la matiere n'est pas indifferente et dont la couleur joue avec celles du jardin. Le gravier est ratisse en stries nettes et droites, sauf autour des massifs de pierres ou les stries fond des ondes comme autour d'un ilot. Et il y a de la mousse autour de certaines pierres, donc du vert, de la vie, de la vie rampante, donc de l'eau. Dans un lieu consacre au vide, si on oublie les details, on risque de ne rien voir du tout. Le jardin est cense condenser l'essence de la nature avec un symbolisme puissant mais dense, rendu a son extreme pauvrete. Un travail abstrait qui n'a de sens que si l'on reste longtemps a le regarder et a s'en impregner.

L'industrie du tourisme est obligee, comme toujours, d'en rajouter sur le symbolisme, de faire croire que l'on peut voir des tigres et des dragons. L'abstraction ne passe toujours pas, en fevrier de l'an 2007.

La simplicite du lieu, la nettete des lignes droites de gravier, les lignes tirees au cordeau, l'evidence et l'indifference aveugles des pierres devant soi reste une realite constamment deroutante.

La force du lieu tient au fait qu'il inspire des desirs de comprehension, il ne laisse pas l'ame en paix, il ne dit pas : "cessez de reflechir, appreciez et taisez-vous!", mais il ne promet aucune explication non plus et vous ne saurez jamais pourquoi les pierres sont la, pourquoi le gravier est strie ainsi, mais vous serez toujours appeles a en chercher la raison.

Il faut en rester a ce que cela offre materiellement a la vue. A l'oblique, de biais, des lignes d'ombre et de blancheur. Verticalement a ces lignes, on revoit une surface plane. En faisant jouer son regard, en le laissant circuler d'avant en arriere, on voit apparaitre et disparaitre ces lignes ; le noir et le blanc se distinguent et se confondent alternativement, et, l'espace de moments tres brefs, simultanement.

J'y suis reste longtemps. Jusqu'a la tombee de la nuit, pour tout dire. Cela ne vous dit rien si vous ne savez pas a quelle heure je suis arrive.

Quelques jours plus tard, Ryo-An Ji reste le plus beau souvenir de Kyoto. Il s'est impose a ma memoire plus clairement que tous les autres sites, tout aussi importants, plus celebres, plus prestigieux que lui. Il s'est impose avec la force de la clarte. Il laisse une impression de blancheur. Une impression de vide, ou de plein, je ne sais plus tres bien.

J'ai vu d'autres lieux tres simples aussi, tres depouilles, mais aucun ne s'est impose avec une telle grace, comme un visage blanc aux yeux clos.

  

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