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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 10:18

J'ai rencontré Rébecca sur une terrasse de café. Son vrai nom est Xiao Rui, mais elle se fait appeler Rébecca parce que "c'est plus simple". Elle fait une thèse de doctorat en philosophie. Je lui dis que j'ai entendu une théorie étrange à propos des femmes doctorantes. Elle rit, elle sait de quoi je veux parler.

En Chine, on dit des femmes docteur qu'elles appartiennent à un "troisième sexe". Ni femme, ni homme, juste docteur, c'est-à-dire sans aucune attractivité sexuelle. Rébecca, pourtant, est un exemple éclatant du contraire, elle qui, à trente ans passés, jouit d'u pouvoir de séduction dont personne ne doute. Son fiancé pas plus que les autres hommes qui la courtisent : son fiancé l'attend à Pékin et ils se marieront quand elle aura terminé sa thèse.

Dans le cadre de mon reportage sur les femmes célibataires en Chine, je n'ai pas seulement interviewé Rébecca, j'ai aussi eu a chance de recueillir la parole d'un homme, un docteur de l'université. Je pensais que nous serions d'accord pour dire que cette histoire de troisième sexe était une aberration qu'il fallait déconstruire.

"Car, dis-je, il y a beaucoup de femmes docteurs qui sont belles et attirantes...

- Ah, là, m'interrompt-il, je ne peux pas partager cette opinion."

Et de m'expliquer sans détour que les femmes trop intellectuelles n'ont pas ce charme que les hommes attendent des femmes.

Je n'en revenais pas qu'il ose dire cela dans le micro. Nous connaissons pourtant des femmes dans cette situation sociale et maritale. Sa tranquille assurance montre combien les idées reçues se sont imposées dans les pratiques sociales quotidiennes. Un discours conformiste mortifère qui prend les apparences d'une affaire de goût, alors qu'il s'agit d'une mise au pas infernale des femmes.

Une Chine qui voit sa population vieillir ne devrait pas stigmatiser ainsi ses femmes diplômées. Au contraire, elle devrait les montrer en exemple et favoriser les unions à tous âges, les unions interclasses, les unions variées et non traditionnelles.

Aujourd'hui où la Chine tente d'assouplir sa politique de l'enfant unique, afin que les jeunes urbains diplômés, de la classe moyenne, fassent plus d'un enfant, il serait évidemment plus logique de faire un autre message dans le corps social : les femmes docteurs ne sont pas des "femmes en surplus" appartenant à un sexe non identifié, mais elles sont des trésors à découvrir et à chérir.

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Published by Guillaume
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