Quantcast

Catégories

Rechercher

Quand j’ai connu Gregoire (c’etait en 2001), il habitait Wen Ling, charmante bourgade du Zhe Jiang au bord de la mer comptant quelques millions d’ames. L’activite privilegiee du lieu est la degustation de fruits de mer et Greg ne mange pas de fruits de mer. Malgre une vague tentative d’apprentissage du saxophone avec l’ambition de devenir le « Charlie Parker » du coin, Il s’emmerde sec.

Donc, pour se changer les idees, presque tous les wek-ends il vient a Shanghai en bus (c’est long mais c’est pas cher).

On s’est rencontre en soiree. Sa passion pour la musique m’a incite a offrir l’hospitalite a ce barbu esseule et odorant qui ne savait pas ou dormir.

C’est donc assez logiquement qu’il est devenu mon locataire regulier du week-end et que l’on est devenus amis. Cette epoque fut tres festive mais aussi sportive car nous etions adpetes reguliers de parties de petanque ou de billard interminables.

 

Gregoire avait un peu de mal avec les filles. Il faut dire qu’il ne mettait pas toutes les chances de son cote. Il debarquait le vendredi soir muni de son bagage (un sac plastique Carrefour avec a l’interieur une brosse a dent et un bouquin) et le trimbalait de bar en bar toute la soiree. Quand il n’arborait pas fierement son acoutrement prefere (un maillot de l’equipe de France de foot), il s’habillait de Tshirts tellement uses que le col n’etait plus rond.

Et puis ce fut le grand retour vers la France : lui a Limoges (la Wen Ling francaise) et moi a Tours. On se voyait de temps en temps a Tours ou a Paris mais l’ambiance etait differente.

 

A quelques mois pres, nous sommes repartis en Chine en meme temps. Il faut croire que nos destins sont scelles. Nankin la grande est la nouvelle ville d’accueil de Greg. Il s’y plait bien et on le voit peu venir a Shanghai.

Cependant Il demissionne rapidement pour creer sa boite et prend un appart a Shanghai.

Commence alors une courte periode de sa vie un peu douloureuse. Il doit vivre sur ses sous avant de pouvoir eseperer en gagner. Cette notion d’investissement personnel lui est tres desagreable.

On se met a frequenter de maniere tres reguliere le « Face » (helas ferme aujourd’hui). Greg boit ses bierres a credit, nous promettant un remboursement au centuple lorsqu’il sera millionaire en 2008. Il sort un peu moins pour ne pas depenser, passe des nuits entieres en calcon derriere son PC a demarcher des clients par e-mail. L’argent sort de son compte en banque mais ne rentre pas, son esprit comptable s’affole.

 

Une proposition de Smerwick va le liberer de son angoisse. Il en devient le directeur financier.

Greg revit, retourne au restaurant, se remet a sortir. A une soiree au Face tres arrossee a laquelle je n’etais pas (je me demande toujours pourquoi d’ailleurs), il m’annonce avoir rencontre une nana tres « chouette » et qui picole plus que lui. C’etait Caroline. S’ensuit une longue phase amoureuse non depourvue neannmoins de quelques moments de stress comme la foi ou Greg attend un coup de fil de Caro mais il n’a plus de batterie dans son tel mais son chargeur est a son bureau et il est 4h du mat et le bureau est ferme mais il y va quand meme et casse la porte….c’est fou ce que l’amour fait faire.

La transformation de Greg a cette epoque est spectaculaire. Il s’habille fashion, il prend 1/2 kg par semaine, rentre se coucher tot (parfois meme en skipant le verre de l’amitie) pour retrouver Caroline et les 2 enfants : 2 Face et Spiderpig.

 

Un jour, apres un macth de foot visionne au O’malleys et autant de bieres que de joueurs sur la pelouse, Greg rentre chez lui vers 4h du matin, reveille Caroline et la demande en mariage. Elle accepte et nous voila tous ici pour celebrer l’evenement.

 

Il semble Greg, que le million que tu convoitais tant ne soit pas fait de billets de banque comme tu l’imaginais...Tu l’as trouve, il est a cote de toi en la personne de Caroline.

 

Tous nos voeux de bonheur a vous deux.

 

Zhok Lei Moon Hun Fo Fai Log

Nous sommes en plein anniversaire des grandes manifestations de la place Tienanmen. Elles ont eu lieu entre le 15 avril et le 4 juin 1989, il y a exactement 20 ans.
Ce dont nous nous souvenons, nous qui étions assez vieux pour voir la télévision, ce sont les chars que Pékin a envoyés sur les étudiants. Aujourd'hui les étudiants ne sont au courant que de quelques détails et le régime de Pékin a réussi à faire oublier Tienanmen, ou du moins à dégonfler tellement son contenu que les étudiants ne sont au courant que de l'existence de troubles dans les années 80.
Comme je l'écrivais lorsque j'enseignais en Chine, il fallait du temps pour qu'un titre de journal comme "Les enfants de Tienanmen" soit compris. 
Le mot de Tienanmen ne leur faisait pas penser aux massacres de 1989. L'article du Monde faisait le portrait de Hu Jia et sa femme, aujourd'hui en prison et en résidence surveillée. Les étudiants de l'université Fudan acceptaient sans problème que nous parlions de ces choses, mais ça ne résonnait pas très fort dans leur conscience, je dois l'avouer.
C'est peut-être une question de temrinologie. Le pouvoir des mots est essentiel et beaucoup dépend de ceux avec lesquels nous racontons l'histoire. Pour "Tienanmen 1989", faut-il parler de "massacres", de "manifestations", d' "événements", de "viols" ? Là encore, je parlais de ces questions de vocabulaire, par rapport aux grands événements de l'histoire, en 2006 lorsque j'habitais et enseignais en Chine. Je précise cela car je tiens à rappeler que je jouissais d'une liberté de parole totale, dans mes classes et dans mes blogs. J'étais peut-être surveillé, mes paroles étaient peut-être rapportées aux réunions des étudiants du Parti, on me l'a fait comprendre plusieurs fois, mais je n'ai jamais eu besoin de faire de l'autocensure.

Mais mon blog a été bloqué plusieurs fois. Pas le mien seul, mais tous ceux qui appartenaient à over-blog.com. C'est pourquoi j'en ai monté un autre sur lemonde.fr.

Or aujourd'hui, ce sont les blogs de blogspot qui sont bloqués, et ce, probablement, jusqu'à la fin des commémorations des "événements" de Tienanmen. Cela touche Neige et son Pays de Neige, qui ne peut plus être approvisionné. Même chose pour le blog d'Olivier David qui, lui, a monté un nouveau blog sur lemonde.fr.

Je lis dans Le Monde que la Chine débloque 4000 milliards pour des projets intérieurs, afin de relancer la demande intérieure, plutôt que de tout attendre des exportations, qui sont en forte chute.

C'est une bonne nouvelle pour tout le monde et c'est ce que l'on espérait depuis quelques années déjà. Cela devrait donner des emplois à quelques millions de Chinois, aider la population à faire face à la crise et, par extension, stabiliser le pays.

Bien sûr, les Occidentaux espèrent que, la Chine étant stabilisée, elle pourrait faire naître un modèle de croissance économique plus autonome, plus sain, et par suite importer en masse leurs produits, ce qui relancerait l'économie occidentale.

Impossible de savoir se cela va se produire, mais imaginons un instant que cela se produise, et mesurons les conséquences d'un tel événement dans le concert des nations. La Chine serait vue alors comme la seule puissance fiable, les Etats-Unis s'écrouleraient, honnis par le monde entier qui ne verraient en eux qu'un pays profiteur, vivant au crochet des autres.
Dans le même mouvement, je crois qu'il ne faut pas être Nostradamus pour deviner ce qui arriverait à d'autres choses qui accompagnaient notre civilisation hédoniste, profiteuse et endettée: la démocratie, la liberté d'expression, la liberté des moeurs, la liberté de mouvement, le confort de notre minorité anthropologique.



Son nom français est Amélie, je l'ai rencontrée lorsque j'étais son professeur étranger, en 2006. Elle était en deuxième année de français et sa classe s'est avérée une des meilleure classe que l'on pouvait imaginer. Mais j'en ai déjà parlé.
Elle, Amélie, a un destin particulier puisqu'elle est née et a passé son enfance dans la région la plus pauvre et la plus occidentale de la Chine, avant d'arriver, après d'assez nombreuses vicissitudes familiales, à l'université de la ville la plus riche et la plus à l'est de la Chine. Elle a traversé le pays dans ses grandes longueurs et parle un français très précis, à la prononciation impeccable.
Elle voudrait devenir professeur et j'espère qu'elle réalisera ses rêves, même s'il faut mettre en garde les bons élèves : qu'ils se méfient de leurs propres souvenirs d'élèves car il faudra travailler avec des jeunes gens qui ne seront pas aussi soucieux de plaire qu'eux-mêmes l'étaient.
Ecoute bien ton ancien professeur étranger, petite Amélie. Pour être un bon prof, il faut comprendre les mauvais élèves, les réfractaires, les insolents, les cancres, les bornés, les enragés, ceux qui pensent à côté des systèmes mis en place, et ceux qui ne pensent pas du tout. Il faut les comprendre pour qu'ils ne ruinent pas l'ambiance d'une classe, et pour faire éclore les qualités qu'ils ont en eux, s'ils en ont.
Amélie, elle, avait tout de la bonne élève, appliquée, anxieuse d'être dans les temps et dans les clous, toujours enthousiaste et prompte à venir en aide à ses camarades. Une petite perle que j'ai suivie pendant deux ans et qui, de presque enfant, est devenue une quasi chercheuse, capable d'entreprendre un mémoire sur l'identité sexuelle dans Le Rouge et le Noir.
Quelques sites font état d'une information troublante concernant les autorités chinoises : des policiers chinois auraient été à l'origine d'un terrible attentat à Kashgar, juste avant les J.O. de Pékin.
Des touristes américains ont vu des scènes horribles depuis leur hôtel : des policiers chinois tuant et découpant d'autres policiers chinois avec des couteaux, afin de faire croire à l'atrocité des terroristes ouïghours. Voir les photos, commentées par le touriste lui-même sur le site du
New York Times.
Je précise tout de suite que je ne sais pas ce qu'il faut croire et ne pas croire. Par avance, je sais que les Chinois diront que c'est une manipulation d'Occidentaux, que d'ailleurs on ne voit pas de crimes sur les photos, et qu'il n'y a aucune preuve. Les autres diront que cela ne les étonne pas, qu'il est évident que les autorités chinoises font des actes ignobles tout le temps.
C'est cette absolue mésentente qui m'inquiète et me dérange, moi. Je voudrais que les Chinois puissent s'informer et être informés des zones d'ombres de leur Etat et qu'ils développent une pensée critique et constructive sur la politique à mener. Mais je voudrais aussi, et surtout, que les Français ne tombent pas dans l'excès inverse qui est de voir les Chinois comme d'inhumains tortionnaires, tous capables de couper des bras de leurs collègues au couteau pour des raisons de domination territoriale.
C'est toujours la même problématique, il faut informer et chercher la vérité mais sans que la réalité provoque une émotion qui rende incontrôlable la réaction des uns et des autres.
Une information comme celle-ci doit absolument faire l'objet d'un traitement sérieux, et on doit essayer de connaître la vérité. Mais quelle que soit la vérité, il ne faut pas oublier que ces actes atroces ne sont pas proprement chinois. Plutôt que de voir les Chinois comme des assassins, ce qui est une pente perceptible chez un certain nombre de gens, il convient de tenter d'augmenter sa connaissance dans toutes les directions concernant la Chine : ne pas fermer les yeux devant les violences des pouvoirs, mais ouvrir aussi les yeux sur les qualités extraordinaires des populations chinoises.

Le règne de Bush a été responsable d’un grand retard dans la prise de conscience internationale. Avec l’aide des Anglais (de Tony Blair surtout), il a essayé de faire croire que ce qui comptait le plus au monde, c’était Al Qaeda, l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan et le Pakistan. Cela va changer avec Obama qui a nommé des spécialistes de la Chine parmi ses conseillers. Jeffrey Bader, par exemple, qui semble être assez connaisseur de l’empire du milieu pour continuer à observer Taiwan comme un pôle de tension à venir, et qui a dressé un intéressant parallèle entre la situation de Taiwan et celle de la Géorgie dans une note typique des think-tankers de l’institut Brookings. Obama s’est aussi entouré de gens comme Kurt Campbell qui écrivait en 2007 combien il était important de s’intéresser de nouveau à Taiwan, ce qui souligne les risques de conflits armés dans cette région du monde.

Après l’investiture, on attendait Obama sur l’Irak ou l’Afghanistan, c’est bien entendu sur la Chine qu’il est d’emblée intervenu, car les Etats-Unis et la Chine se tiennent, si je puis dire, par les roubignoles, et nos équilibres à nous sont suspendus, si j’ose encore, à ces dernières. Les Etats-Unis dépendent de la volonté des Chinois d’éponger leur déficit en achetant des bons du Trésor. Les Chinois dépendent de la consommation des Américains pour soutenir leurs exportations et garantir leur croissance. Pour le moment, l’administration Obama hausse le ton, faisant planer des menaces. Un mot très fort a été lancé la semaine dernière: manipulation. La Chine a été accusée de “manipuler” le cours du yuan. Ne nous illusionnons pas. Cette gesticulation n’est que le début d’une longue négociation, d’un mano a mano qui va durer des années. Les Américains essaient de commencer les négociations sur une position de force, intimidante, afin de s’adoucir dans quelque temps et d’obtenir une réévaluation significative du cours de la monnaie chinoise. Ce qui est certain, et les Chinois le savent, c’est que les Américains ont besoin que la Chine continue de financer leur déficit. Ce qui est certain aussi, c’est qu’on aura besoin de la Chine sur de nombreux dossiers internationaux, en Afrique, en Asie centrale, en Asie du sud-est et en extrême-Orient.

Stratégiquement, militairement, il faut donc parer au plus pressé. Pour ce qui est de la Chine, et du point de vue de la communauté internationale, le plus pressé n’est pas le Tibet, qui est un problème mal posé et une cause vouée à l’échec (dans les termes posés par les Occidentaux en tout cas). Le plus pressé, c’est Taiwan, que la Chine veut “récupérer” indubitablement, et que les Etats-Unis ne peuvent pas lâcher. Le jour où ils lâcheront Taiwan, ce sera officiellement la fin de l’hyper-puissance, or ce n’est pas l’ambition d’Obama qui, au contraire, veut restaurer le leadership mondial de sont pays.

A notre niveau à nous, de sages précaires, ce qui nous reste à faire est de mieux connaître les deux pays qui sont en train de bipolariser le monde à nouveau. Précaires de tout pays, profitons de la baisse d’activité dans notre vieille Europe et partons en Chine et en Amérique. Nouons des contacts dès maintenant, apprenons le chinois à nos enfants. Ouvrons nos universités aux Asiatiques. Voyageons dans la culture chinoise, apprenons à l’aimer, nous ne serons pas déçus du voyage.


La diplomatie française se réjouit, en cette minute. Espérant que les médias chinois passent en boucle les protestations anti-chinoises que le premier ministre chinois a subies en Angleterre, elle se dit que la Chine va peut-être oublier la France. Après tout, s’il met en balance ce que les Britanniques et ce que les Français ont fait, un nationaliste chinois devrait penser que la Grande Bretagne est plus à punir que la France. Faites le compte:

Le Dalai Lama y a été accueilli officiellement, le Prime Minister a refusé d’assister à la cérémonie d’ouverture des Jeux de Pékin, une chaussure a été lancée à la face de Wen Jiabao à Cambridge, on l’a traité de dictateur, quelques manifestants se sont réunis pour libérer le Tibet.


Ce qui m’amuse dans la
vidéo amateur du lancer de chaussure, c’est l’attitude de la salle. Quasiment que des Chinois, qui applaudissent longuement lorsque Wen reprend la parole, et qui arrêtent les applaudissement lorsque le premier ministre fait signe de la main. Tous ces étudiants ont une habitude bien ancrée des cérémonies officielles de leur pays, qui se déroulent comme sur du papier à musique. Le calme de Wen, d’ailleurs, s’explique par le fait que ce genre d’imprévus lui est tellement étranger qu’il n’a aucune idée de la manière avec laquelle réagir.

Ce qui m’amuse aussi, ce sont les accents des gens qui s’expriment dans le public. Le manifestant qui crie : “Comment cette université peut se prostituer en invitant un tel dictateur ?” est un Anglais, et ceux qui lui répondent : “Honte à toi!” sont tous Chinois. Comment pourrait-il en être autrement ? Il n’y a que des futurs cadres de la Chine autoritaire pour penser que c’est une honte de manifester contre un chef.

Affaire à suivre.

Bonne année du Buffle à tous. Moi qui suis Rat, je vais enfin pouvoir arrêter de porter des sous-vêtement rouge, j'en avais plus qu'assez de ces slips et ces caleçons qui - je le dis tout de suite - n'ont pas eu le succès escompté avec les tigresses d'Orient et d'Occident. C'est aux buffles, maintenant, de les porter, et je leur lègue bien volontier.
En cette nouvelle année chinoise, je crois qu'il faut relancer un appel aux consciences européennes : tournons-nous vers la Chine, cessons de l'ignorer dans nos façons de voir le monde.
Je note qu’il est difficile pour les Européens de se rendre compte de ce que représente la Chine aujourd’hui, et pour leur propre avenir. Depuis que je suis revenu de ce grand pays, je m’aperçois que les gens suivent deux attitudes vis-à-vis de lui, deux attitudes également préoccupantes. L’ignorance et le rejet. Evidemment, les deux s’auto-alimentent : c’est parce qu’on est ignorant qu’on rejette la Chine instinctivement et en bloc ; c’est parce qu’on est méfiant et qu’on en a une mauvaise image qu’on ne cherche pas à la connaître.

Je passe sur les paroles incroyables que j’ai entendues depuis six mois sur tous les aspects du monde chinois, que ce soit dans la presse, dans les médias, en famille et entre amis: tout y est jugé à l’emporte pièce, sans reconnaissance des progrès réalisés par la Chine, sans connaissance de l’histoire et surtout sans conscience de ce qu’est en train de devenir la Chine, un pôle incontournable de la vie mondiale. 

Les gens le savent, mais ils n’en ont pas conscience, ils n’ont pas intégré cette donnée dans leur vision des choses. Comme les Français des années 45-55, peut-être, qui n’avaient pas remarqué qu’ils n’étaient plus grand-chose. Les intellectuels ont mis très longtemps à reconnaître la suprématie de l’Amérique dans (presque) tous les domaines. Tout ceci n’est qu’une impression, une analogie qui doit être prise pour telle. 

Les Européens dénigrent tout ce qui vient de Chine sans discernement: la politique intérieure, la politique extérieure, l’économie, la culture, l’éducation, sans jamais prendre la mesure d’une chose pourtant toute bête, qui est que la Chine s’est imposée ou va s’imposer dans tous ces domaines, et qu’il vaudrait mieux commencer à s’y intéresser dès maintenant, instaurer des partenariats, nouer des contacts. C’est ce que font les dirigeants de nos sociétés, mais voilà, ce sont des dirigeants, qui font des voyages d’affaire et de prise de contact, et les Chinois en voient passer des milliers chaque année. Il nous faut être plus inventifs, plus réactifs, et ne pas tout attendre des dirigeants.

Je me souviendrai toujours d'elle.
Chaque fois que je prononçais les mots "droits de l'homme", elle faisait entendre un petit ricanement. Je la regardais alors, mais son sourire était juste amusé, pas méchant du tout.
Elle était une des meilleures étudiantes de français cette année-là, donc c'était une des meilleures francophones de Chine.
Un jour, nous étudiions des textes d'histoire. Mon but était de faire réfléchir les étudiants sur l'indépendance de la recherche, et donc sur la possibilité pour un historien, et même pour un dirigeant, de critiquer son propre pays. Comme j'étais étonné du fait que les Chinois ne reconnaissaient jamais le moindre tort à la Chine, dans toute son histoire, je voulus montrer qu'à l'école française, on apprend que la France a été coupable. Dans un manuel d'histoire de lycéens, nous étudiâmes la mémoire de la deuxième guerre mondiale en France. En particulier, le discours de Jacques Chirac de 1995, où il reconnaît que l'Etat français a "commis l'irréparable" vis-à-vis de la communauté juive.

"La France, patrie des droits de l'homme..."
Rire de mon étudiante.

Riait-elle de la prétention de la France à se nommer elle-même "patrie des droits de l'homme" ? Riait-elle de la contradiction inhérente à nos peuples, qui disent promouvoir de beaux principes et qui commettent - parfois même au nom de ces principes - les pires atrocités ? Riait-elle de la notion même de droits de l'homme ? Riait-elle par gêne ?

Je n'ai jamais su ce qui la faisait rire. J'aurais dû le lui demander, mais je ne voulais forcer sa timidité et sa discrétion.

Je garde ce souvenir vivace car, par ce rire, elle résistait absolument à mon cours. Elle ne laissait rien pénétrer en elle, elle ne se laissait pas contaminer pas quelque idéologie que ce soit. Elle était du Parti communiste, et son rire était peut-être la meilleure expression de l'indécision qui préside en Chine sur cette question.

D'un côté, on dit que les droits de l'homme ne sont pas une bonne idéologie, qu'ils sont l'émanation de la bourgeoisie et des rapports de production capitalistes (le marxisme est toujours vivant à l'université, contrairement aux apparences que donnent le pays, à l'extérieur).  

D'un autre côté, on dit que les droits de l'homme sont respectés en Chine, autant qu'ailleurs.
D'un autre côté, on dit qu'il faut laisser du temps aux Chinois, qu'ils sont sur la voie de les faire respecter.
D'un autre côté, on dit qu'il faut élaborer une théorie des droits de l'homme "avec des caractéristiques chinoises".
D'un autre côté, on dit que les droits de l'homme ne sont qu'une façade derrière laquelle se cachent des diables et des criminels.
D'un autre côté, on dit que la Chine est le seul pays à avoir respecté le droit des peuples, en 5000 ans d'histoire, et n'a de leçon à recevoir de personne.
D'un autre côté, on dit encore autre chose.

C'est peut-être parce que, dans l'esprit de jeunes Chinois, les mots "droits de l'homme" résonnent de tant de confusions, de tant d'échos contradictoires, que mon étudiante avait choisi le rire.

C'est beau la vie des blogs chinois francophones, finalement. Voilà que grâce à un commentaire sur Pays de Neige, on feuillette et on retrouve des émotions passées, ce qui fait la beauté de la lecture.
En mars 2007, sur un
billet qui parlait des couleurs grises et des couleurs de fleurs, Ben s'est mis à commenter en parlant d'un billet de Neige, un charmant billet qu'elle avait intitulé : "L'art de mourir", en mars 2007 lui aussi.
C'est un peu compliqué, dit comme cela, surtout que ces billets n'ont presque rien en commun. Ce sont des liens que les commentateurs créent, ouvrant sur des poésies, des réflexions sur la mort, des promenades.

En faisant ces promenades à l'envers, je me suis dit que chaque billet ressemblait à une grotte, et les commentaires creusent des galeries à l'intérieur. Les galeries peuvent agrandir la grotte, la décorer, la rendre plus habitable, plus solide ou plus chaleureuse. Mais elles peuvent aussi s'éloigner, prendre leur propre cheminement et faire fuir la grotte. Les galeries peuvent aller retrouver d'autres galeries creusant depuis des grottes éloignées. Elles peuvent enfin creuser jusqu'à d'autres grottes isolées.

C'est ainsi qu'on invente une écriture troglodyte, une écriture de terrier et d'espaces troués.

"Au bord de la mer, au seuil d'une montagne, ils rencontraient une muraille de granit. Alors ils entraient tous dans le granit, ils vivaient, ils aimaient, ils travaillaient, ils mouraient, ils naissaient dans l'ombre, et trois ou quatre siècle après ressortaient à des lieues plus loin, ayant traversé la montagne."
Elie Faure, Histoire de l'art, l'art médiéval

Calendrier

Mai 2013
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Recommander

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés